lundi 3 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2100360 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | ADDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 février 2021 et 29 juin 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Château Grime, représentée par Me Broca, demande au tribunal :
1°) d'annuler le récépissé de déclaration concernant la création d'une unité de compostage de boues et déchets verts située au lieu-dit " Jas de la maure ", sur le territoire de la commune de Tourrettes, délivré le 9 juin 2020 par le préfet du Var à la société Saur ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle justifie de la propriété d'un terrain voisin à l'installation projetée et en raison des nuisances olfactives générées, elle a intérêt à agir ; dès lors, sa requête est recevable ;
- en l'absence de production d'une délégation de signature, l'arrêté en litige est entaché d'incompétence ;
- les parcelles d'assiette du projet sont boisées et jouxtent un espace boisé classé ; en raison du risque d'incendie généré, le site n'est pas adapté au projet ;
- la voie d'accès au projet n'est pas adaptée pour accueillir l'afflux supplémentaire de véhicules qui l'emprunteront ;
- l'installation en litige, dont les terrains d'assiette sont situés en zone N2 du plan local d'urbanisme de la commune de Tourrettes, n'est pas compatible avec les règles afférentes à cette zone ; par suite, la décision en litige méconnaît le plan local d'urbanisme, rendu opposable par l'article L. 514-6 du code de l'environnement ;
- le projet se situe dans le périmètre d'un monument inscrit, avec lequel il présente une covisibilité ; ainsi, en application des articles L. 621-30, L. 621-32 et L. 632-2 du code du patrimoine, les travaux étaient soumis au dépôt d'une déclaration préalable.
Par un mémoire, enregistré le 28 octobre 2021, la société Saur, représentée par Me Nahmias, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société requérante d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la société requérante ne justifie pas de la propriété d'un terrain voisin au projet d'installation et des conséquences néfastes que ce projet est susceptible d'avoir sur ses intérêts ; par suite, elle n'a pas intérêt à agir ; dès lors, sa requête est irrecevable ;
- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée au préfet du Var, qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique,
- les observations de M. B, pour le préfet du Var,
- et les observations de Me Marjary, substituant Me Nahmias, pour la société Saur.
Considérant ce qui suit :
1. La société Saur a déposé auprès du préfet du Var une déclaration au titre des articles L. 214-1 à L. 214-6 du code de l'environnement, à la rubrique 2.1.5.0 " Rejet d'eaux pluviales dans les eaux douces superficielles ou sur le sol ou dans le sous-sol, la surface totale du projet, augmentée de la surface correspondant à la partie du bassin naturel dont les écoulements sont interceptés par le projet, étant () supérieure à 1 ha mais inférieure à 20 ha ", concernant la création d'une plateforme de compostage de boues et déchets verts d'une superficie de 1,86 hectares située sur les parcelles cadastrées OH 83 et OH 84, sur le territoire de la commune de Tourrettes. Le 9 juin 2020, le préfet du Var a délivré un récépissé concernant le dépôt de cette déclaration. Par un courrier du 3 novembre 2020, la société Château Grime en a sollicité le retrait. Cette demande a été rejetée le 6 janvier 2021. Par la présente requête, la société Château Grime demande au tribunal d'annuler le récépissé de dépôt du dossier de déclaration en date du 9 juin 2020.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 214-1 du code de l'environnement : " Sont soumis aux dispositions des articles L. 214-2 à L. 214-6 les installations, les ouvrages, travaux et activités réalisés à des fins non domestiques par toute personne physique ou morale, publique ou privée, et entraînant des prélèvements sur les eaux superficielles ou souterraines, restitués ou non, une modification du niveau ou du mode d'écoulement des eaux, la destruction de frayères, de zones de croissance ou d'alimentation de la faune piscicole ou des déversements, écoulements, rejets ou dépôts directs ou indirects, chroniques ou épisodiques, même non polluants ". Aux termes de l'article L. 214-3 du même code : " I.-Sont soumis à autorisation de l'autorité administrative les installations, ouvrages, travaux et activités susceptibles de présenter des dangers pour la santé et la sécurité publique, de nuire au libre écoulement des eaux, de réduire la ressource en eau, d'accroître notablement le risque d'inondation, de porter gravement atteinte à la qualité ou à la diversité du milieu aquatique, notamment aux peuplements piscicoles. Cette autorisation est l'autorisation environnementale régie par les dispositions du chapitre unique du titre VIII du livre Ier, sans préjudice de l'application des dispositions du présent titre. II.-Sont soumis à déclaration les installations, ouvrages, travaux et activités qui, n'étant pas susceptibles de présenter de tels dangers, doivent néanmoins respecter les prescriptions édictées en application des articles L. 211-2 et L. 211-3. Dans un délai fixé par décret en Conseil d'Etat, l'autorité administrative peut s'opposer à l'opération projetée s'il apparaît qu'elle est incompatible avec les dispositions du schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux ou du schéma d'aménagement et de gestion des eaux, ou porte aux intérêts mentionnés à l'article L. 211-1 une atteinte d'une gravité telle qu'aucune prescription ne permettrait d'y remédier. Les travaux ne peuvent commencer avant l'expiration de ce délai () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 214-10 de ce code : " Les décisions prises en application des articles L. 214-1 à L. 214-6 et L. 214-8 peuvent être déférées à la juridiction administrative dans les conditions prévues aux articles L. 181-17 à L. 181-18 ". Aux termes de l'article R. 514-3-1 du même code : " Les décisions mentionnées aux articles L. 211-6 et L. 214-10 et au I de l'article L. 514-6 peuvent être déférées à la juridiction administrative : 1° Par les tiers intéressés en raison des inconvénients ou des dangers que le fonctionnement de l'installation présente pour les intérêts mentionnés aux articles L. 211-1 et L. 511-1 dans un délai de quatre mois à compter du premier jour de la publication ou de l'affichage de ces décisions () ". Aux termes de l'article L. 211-1 du même code : " I.-Les dispositions des chapitres Ier à VII du présent titre ont pour objet une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau ; cette gestion prend en compte les adaptations nécessaires au changement climatique et vise à assurer : 1° La prévention des inondations et la préservation des écosystèmes aquatiques, des sites et des zones humides ; on entend par zone humide les terrains, exploités ou non, habituellement inondés ou gorgés d'eau douce, salée ou saumâtre de façon permanente ou temporaire, ou dont la végétation, quand elle existe, y est dominée par des plantes hygrophiles pendant au moins une partie de l'année ; 2° La protection des eaux et la lutte contre toute pollution par déversements, écoulements, rejets, dépôts directs ou indirects de matières de toute nature et plus généralement par tout fait susceptible de provoquer ou d'accroître la dégradation des eaux en modifiant leurs caractéristiques physiques, chimiques, biologiques ou bactériologiques, qu'il s'agisse des eaux superficielles, souterraines ou des eaux de la mer dans la limite des eaux territoriales ; 3° La restauration de la qualité de ces eaux et leur régénération ; 4° Le développement, la mobilisation, la création et la protection de la ressource en eau ; 5° La valorisation de l'eau comme ressource économique et, en particulier, pour le développement de la production d'électricité d'origine renouvelable ainsi que la répartition de cette ressource ; 5° bis La promotion d'une politique active de stockage de l'eau pour un usage partagé de l'eau permettant de garantir l'irrigation, élément essentiel de la sécurité de la production agricole et du maintien de l'étiage des rivières, et de subvenir aux besoins des populations locales ; 6° La promotion d'une utilisation efficace, économe et durable de la ressource en eau, notamment par le développement de la réutilisation des eaux usées traitées et de l'utilisation des eaux de pluie en remplacement de l'eau potable ; 7° Le rétablissement de la continuité écologique au sein des bassins hydrographiques. () II.-La gestion équilibrée doit permettre en priorité de satisfaire les exigences de la santé, de la salubrité publique, de la sécurité civile et de l'alimentation en eau potable de la population. Elle doit également permettre de satisfaire ou concilier, lors des différents usages, activités ou travaux, les exigences : 1° De la vie biologique du milieu récepteur, et spécialement de la faune piscicole et conchylicole ; 2° De la conservation et du libre écoulement des eaux et de la protection contre les inondations ; 3° De l'agriculture, des pêches et des cultures marines, de la pêche en eau douce, de l'industrie, de la production d'énergie, en particulier pour assurer la sécurité du système électrique, des transports, du tourisme, de la protection des sites, des loisirs et des sports nautiques ainsi que de toutes autres activités humaines légalement exercées () ".
4. Un établissement industriel ou commercial ne peut se voir reconnaître la qualité de tiers recevable à contester devant le juge une autorisation délivrée en application de l'article L. 214-1 à une entreprise, fût-elle concurrente, que dans les cas où les effets que les installations, ouvrages, travaux et activités déclarés comportent sur les objectifs protégés par la police de l'eau sont de nature à affecter par eux-mêmes les conditions d'exploitation de cet établissement industriel ou commercial. Il appartient à ce titre au juge administratif de vérifier si ce dernier justifie d'un intérêt suffisamment direct lui donnant qualité pour demander l'annulation de l'autorisation en cause, compte tenu des conséquences directes que présentent pour lui les installations, ouvrages, travaux et activités autorisés, appréciés notamment en fonction de leurs conditions de fonctionnement, de la configuration des lieux ainsi que de l'état de la ressource en eau.
5. La société requérante produit, dans le cadre de son mémoire enregistré le 29 juin 2022, le titre justifiant qu'elle est propriétaire d'une propriété de 478,54 hectares dénommée " Château Grime " située au lieu-dit Le Jas, sur le territoire de la commune de Saint-Paul-en-Forêt, voisin de l'installation concernée de la société Saur. Toutefois, pour justifier de son intérêt à agir, outre sa qualité de voisin, la société requérante allègue que son terrain " supporte l'édification un grande tisse [grande bâtisse] dénommée château Grime lequel a vocation à faire l'objet d'une exploitation commerciale en symbiose avec le Resort de Terre Blanche, complexe de luxe situé non loin (), lequel est exploité par une société dont l'actionnaire n'est autre que celui de la société exposante " et que l'installation de la société Saur est susceptible de générer des nuisances olfactives. Toutefois et d'une part, l'argumentation concernant l'exploitation du Resort de Terre Blanche, qui concerne une société tierce, est inopérante. D'autre part, si la société requérante est propriétaire d'un très vaste domaine voisin de l'installation, elle se borne à se prévaloir, pour contester un récépissé de déclaration délivré au titre de la loi sur l'eau, de nuisances olfactives alors qu'elle n'indique pas concrètement le type d'activité qu'elle exerce, l'usage des terrains situés à proximité de l'installation ou à portée de ses nuisances, et les impacts concrets de ces nuisances sur son activité. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que les effets que les installations, ouvrages, travaux et activités déclarés comportent sur les objectifs protégés par la police de l'eau sont de nature à affecter par eux-mêmes les conditions d'exploitation de la société requérante. Par suite, elle ne justifie pas d'un intérêt suffisamment direct lui donnant qualité pour demander l'annulation du récépissé en litige. En conséquence, la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir de la société requérante doit être accueillie.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête de la société Château Grime n'est pas recevable. Par suite, elle doit être rejetée.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la société Saur, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que la société Château Grime demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la société Château Grime le versement à la société Saur d'une somme de 1 500 euros au titre des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Château Grime est rejetée.
Article 2 : La société Château Grime versera à la société Saur une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Château Grime, à la société Saur et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 13 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bernabeu, présidente,
Mme Carotenuto, première conseillère,
M. Sportelli, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2023.
Le rapporteur,
signé
T. C
La présidente,
signé
M. A
La greffière,
signé
F. OUJABER
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires., en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026