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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2100386

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2100386

vendredi 1 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2100386
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantHBP TOULON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée, 12 février 2021, Mme. H E, représenté par Me Beaugrand, demande au tribunal :

- d'annuler la décision du 3 décembre 2020 par laquelle le directeur de centre hospitalier Henri Guérin a prononcé un blâme à son encontre ;

- de mettre à la charge du centre hospitalier une somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été prise par une personne incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait, les faits reprochés à la requérante n'étant pas suffisamment précis ;

- l'arrêté est entaché d'erreur d'appréciation dès lors qu'il repose sur des faits matériellement inexacts et insuffisamment établis.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er mars 2022, le directeur du centre hospitalier Henri Guérin, représenté par Me Magnaval, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme H E d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la décision a été prise par une autorité compétente ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 14 février 2023 la clôture de l'instruction a été fixée au 14 mars 2023, en application de l'article R 613-1 du code de justice administrative ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n°91-155 du 6 février 1995 ;

- le code de justice administrative ;

.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Karbal,

- et les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,

- et les observations de Me Magnaval pour le centre hospitalier Henri Guérin de Pierrefeu du Var.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 3 décembre 2020, le directeur du centre hospitalier Henri Guérin de Pierrefeu du Var a prononcé un blâme à l'encontre de Mme H E, infirmière psychiatrique affectée, depuis le 10 janvier 2019, au centre pénitentiaire de Toulon-la-Farlède. Par la présente requête, Mme H E demande l'annulation de cette décision.

Sur la légalité de la décision du 3 décembre 2020 :

En ce qui concerne le moyen de légalité externe :

2. Aux termes de l'article D. 6143-33 du code de la santé publique : " Dans le cadre de ses compétences définies à l'article L. 6143-7, le directeur d'un établissement public de santé peut, sous sa responsabilité, déléguer sa signature. ". Aux termes de l'article D. 6143-34 de ce code : " Toute délégation doit mentionner : / () 2° La nature des actes délégués () ". Selon l'article D. 6143-35 du même code : " Les délégations mentionnées à la présente sous-section () sont notifiées aux intéressés et publiées par tout moyen les rendant consultables. () ". Enfin, son article R. 6143-38 dispose, dans sa version applicable au litige, que : " Sans préjudice des obligations de publication prévues par d'autres dispositions du présent code, les décisions des directeurs des établissements publics de santé et les délibérations non réglementaires de leurs conseils de surveillance sont notifiées aux personnes physiques et morales qu'elles concernent. Leurs décisions et délibérations réglementaires sont affichées sur des panneaux spécialement aménagés à cet effet et aisément consultables par les personnels et les usagers. Lorsque ces décisions ou délibérations font grief à d'autres personnes que les usagers et les personnels, elles sont, en outre, publiées au bulletin des actes administratifs de la préfecture du département dans lequel l'établissement a son siège. ".

3. Il résulte des dispositions précitées de l'article R. 6143-38 du code de la santé publique, lequel fixe le régime de publicité des actes des établissements de santé, que, pour être exécutoires, les décisions portant délégation de signature, qui revêtent un caractère réglementaire, doivent faire l'objet d'un affichage dans les conditions précédemment rappelées. Les dispositions également précitées de l'article D. 6143-35 du code de la santé publique ne dérogent pas à l'article R. 6143-38 du même code, qui s'applique sans préjudice des obligations de publication prévues par d'autres dispositions de ce même code.

4. En l'espèce, la décision attaquée a été signée, pour le directeur du centre hospitalier Henri Guérin, par M. A. Selon la décision n° 2020/09/47 du directeur du 1er septembre 2020 relative à la délégation de signature accordée à l'équipe de direction, M. A, en lieu et place de M. F B, directeur, dispose d'une délégation à l'effet de signer " les actes afférents aux missions de la direction des ressources humaines, y compris pour les actes relatifs aux éléments de procédure disciplinaire du 1er groupe comprenant notamment les blâmes. Il ressort en outre de l'instruction que la décision de délégation de signature précitée a été publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du Var le 11 septembre 2020 sous le numéro 92 spécial. Par suite, Mme H E n'est pas fondée à soutenir que la décision du 3 décembre 2020 a été prise par une autorité incompétente.

5. Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre

le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

6. La décision par laquelle le directeur du centre hospitalier a prononcé un blâme à l'encontre de Mme E comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen de légalité interne :

7. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors en vigueur : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". L'article 81 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière prévoit, dans sa version applicable au litige, que : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : Premier groupe : L'avertissement, le blâme, l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; (). ". Par ailleurs, l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors en vigueur : " () / Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe par les dispositions statutaires relatives aux fonctions publiques de l'Etat, territoriale et hospitalière ne peut être prononcée sans consultation préalable d'un organisme siégeant en conseil de discipline dans lequel le personnel est représenté. () ". Aux termes de l'article 83 de la loi du 9 janvier 1986 : " () / Le conseil de discipline est saisi par un rapport de l'autorité investie du pouvoir de nomination. Ce rapport précise les faits reprochés et les circonstances dans lesquelles ils ont été commis. () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière, dans sa rédaction applicable à l'espèce : " Le fonctionnaire contre lequel est engagée une procédure disciplinaire doit être informé qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel et de se faire assister par un ou plusieurs défenseurs de son choix. Il doit être invité à prendre connaissance du rapport mentionné à l'article 83 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée. ".

8. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

9. Il est reproché à Mme. E, d'une part, d'avoir abandonné son poste de travail sans autorisation et d'autre part, d'avoir eu un comportement irrespectueux envers l'encadrement.

10. S'agissant du fait d'abandon de poste de travail sans autorisation, il est reproché à la requérante d'avoir quitté le service le vendredi 16 octobre 2020 afin de se rendre chez son médecin traitant en vue d'obtenir un arrêt de maladie, sans avoir obtenu une validation de la part de son supérieur hiérarchique. Ce fait est mis en évidence par un courriel daté du

19 octobre 2020 rédigé par le docteur C, médecin coordonnateur de l'unité sanitaire du centre pénitentiaire de Toulon-la-Farlède. Pour contester ce fait, Mme E verse trois attestations de ses collègues indiquant que la requérante s'est absentée de son poste avec l'autorisation de son supérieur hiérarchique. Toutefois, ces attestations ne sont pas probantes dès lors que ses collègues n'ont pas été témoins de la scène et qu'ils n'ont retranscrit que les propos qui auraient été tenus par la requérante. Par ailleurs, il ressort du rapport de l'entretien préalable du 20 octobre 2020, que la requérante a admis ne pas avoir prévenu les cadres. Il s'ensuit que la matérialité de l'abandon de poste sans autorisation doit être considérée comme établie, et est constitutive d'une faute de nature à justifier le prononcé d'une sanction.

11. S'agissant du comportement irrespectueux, il est reproché à Mme E d'avoir, à de nombreuses reprises, un comportement irrespectueux envers l'encadrement du service relevant du centre hospitalier. Il ressort des pièces du dossier et notamment du rapport rédigé en mars 2020, que la requérante a eu un comportement agressif et irrespectueux envers Mme D lors d'une réunion portant sur l'organisation du service. Ce rapport fait état d'un refus de respecter les instructions à la suite d'une diffusion d'une note de service. Il ressort également des pièces du dossier notamment du courriel du 27 octobre 2020 rédigé par le docteur G, directeur des soins, que ce comportement inadapté s'est produit à plusieurs reprises. Par suite, ces faits doivent être considérés comme suffisamment établis et constitutifs de manquements de la requérante à ses obligations professionnelles.

12. Compte tenu de la nature des faits reprochés, de son attitude envers sa hiérarchie constatée à plusieurs reprises et sur une longue période, la sanction de blâme n'apparaît pas disproportionnée.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 3 décembre 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier Henri Guérin de Pierrefeu du Var a prononcé un blâme à son encontre.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge le centre hospitalier Henri Guérin de Pierrefeu du Var, qui n'est pas, dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que

Mme E demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme E une somme de 1 200 euros à verser au centre hospitalier sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme. E est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Mme. E versera au centre hospitalier Henri Guérin de Pierrefeu du Var une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme H E et au centre hospitalier Henri Guérin de Pierrefeu du Var.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Harang, président,

M. Karbal, conseiller,

Mme. Montalieu, conseillère.

Rendu publique par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

Z. KARBAL

Le président,

Signé

P. HARANGLa greffière,

Signé

A. CAILLEAUX

La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé, en ce qui le concerne, ou à tous commissaire de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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