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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2100617

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2100617

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2100617
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantLALLEMENT - DUGARD AVOCATS ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête enregistrée le 10 mars 2021, M. C B, représenté par Me Kieffer, demande au tribunal : 1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 5 février 2021 par laquelle l'inspectrice du travail de l'unité de contrôle n° 1 de l'unité départementale des Alpes-Maritimes de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi de Provence-Alpes-Côte d'Azur (DIRECCTE PACA) a autorisé son licenciement pour défaut de carte professionnelle ; 2°) de mettre à la charge de la DIRECCTE PACA une somme de 2 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ; 3°) de condamner la DIRECCTE PACA aux entiers dépens. Il soutient que la décision attaquée est entachée : - d'illégalité dès lors " qu'il n'est pas justifié de la qualité de son auteur " ; - d'un défaut de base légale dès lors qu'elle est fondée sur une décision de retrait de sa carte professionnelle du 17 octobre 2018 et sur une décision de refus de renouvellement de cette carte du 13 janvier 2021, elles-mêmes illégales au motif d'une méconnaissance du 1° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure et au motif du sort pénal qui a été réservé aux faits qui ont motivé ce retrait. La requête a été communiquée à la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion le 11 mars 2021. Un délai de 2 mois lui a été imparti pour présenter un mémoire. Par un courrier du 19 mai 2021, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a été mise en demeure de produire des observations en défense dans un délai de 30 jours. M. B a produit des pièces, enregistrées le 6 juillet 2022. Par des mémoires enregistrés le 16 décembre 2021, la société Alizé Sécurité, représentée par Me Dugard, conclut : 1°) à titre principal, à la transmission du dossier de la requête au tribunal administratif de Nice ; 2°) à titre subsidiaire, au rejet de la requête ; 3°) à la mise à la charge du requérant d'une somme de 3 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que : - le litige relève de la compétence du tribunal administratif de Nice, par application de l'article R. 312-10 du code de justice administrative. - les moyens de la requête ne sont pas fondés. Par une ordonnance du 4 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 décembre 2022. Par un courrier du 28 mars 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que l'administration se trouvait dans une situation de compétence liée pour autoriser le licenciement de M. B pour défaut de carte professionnelle. Par un courrier du 30 mars 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de l'intervention de la société Alizé Sécurité dès lors que le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion n'a pas présenté d'observations en défense. Par des observations enregistrées le 31 mars 2023, la société Alizé Sécurité soutient, d'une part, que le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité de son intervention n'est pas fondé et, d'autre part, que le moyen relevé d'office tiré de ce que l'administration se trouvait dans une situation de compétence liée pour prendre la décision attaquée est fondé. Par des observations enregistrées le 5 avril 2023, M. B soutient, d'une part, que le moyen relevé d'office tiré de ce que l'administration se trouvait dans une situation de compétence liée pour prendre la décision attaquée n'est pas fondé et, d'autre part, que le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité de l'intervention de la société Alizé Sécurité est fondé. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le code de procédure pénale ; - le code de la sécurité intérieure ; - le code du travail ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Kiecken, premier conseiller, - les conclusions de Mme Wustefeld, rapporteure publique, - les observations de Me Kieffer, pour M. B, - et les observations de M. A, pour la société Alizé Sécurité. Considérant ce qui suit : 1. M. C B, né le 16 octobre 1968, a obtenu la délivrance d'une carte professionnelle l'autorisant à exercer l'activité privée de sécurité de " surveillance humaine ou électronique ", valable du 16 février 2016 au 16 février 2021. Il a été embauché pour une durée indéterminée par la société Alizé Sécurité en qualité d'agent de prévention et de sécurité, à compter du 6 avril 2016. Le 11 février 2019, il a été élu membre titulaire de la délégation du personnel du comité social et économique. Après avoir été informée à la fin de l'année 2020 qu'il n'était plus détenteur de la carte professionnelle l'autorisant à exercer son activité, la société Alizé Sécurité a demandé à l'inspection du travail l'autorisation de le licencier à ce titre. Par la décision attaquée du 5 février 2021, l'inspectrice du travail de l'unité de contrôle n° 1 de l'unité départementale des Alpes-Maritimes de la DIRECCTE PACA, a autorisé le licenciement de M. B pour défaut de carte professionnelle. 2. En premier lieu, la société Alizé Sécurité peut se prévaloir d'un droit auquel le présent jugement est susceptible de préjudicier. Elle aurait dès lors eu qualité pour former tierce opposition si elle n'avait pas présenté d'observations dans la présente instance. Elle doit ainsi être regardée comme partie à l'instance et le moyen relevé d'office tiré de ce que son " intervention " est irrecevable doit donc être écarté (voir arrêt du Conseil d'État du 30 mars 2015, n° 387322, point 3). 3. En deuxième lieu, eu égard à l'intérêt d'une bonne administration de la justice tiré de la nécessité de ne pas retarder davantage le jugement de la présente affaire et à la connexité de la présente instance avec celles introduites par M. B devant le tribunal de céans enregistrées sous les n°s 2100413, 2100415, 2103100 et 2200154, il y a lieu pour le tribunal administratif de Toulon de se déclarer compétent pour statuer sur le présent recours de M. B, alors même que le lieu d'exercice de sa profession se trouvait dans le département des Alpes-Maritimes. L'exception d'incompétence territoriale opposée par la société Alizé Sécurité doit dès lors être écartée (voir arrêt du Conseil d'État du 10 janvier 1992, n° 97476). 4. En troisième lieu, l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure prévoit, dans sa rédaction applicable à la date de l'abrogation de la carte professionnelle en litige : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () Le respect de ces conditions est attesté par la détention d'une carte professionnelle délivrée selon des modalités définies par décret en Conseil d'Etat. La carte professionnelle peut être retirée lorsque son titulaire cesse de remplir l'une des conditions prévues aux 1°, 2° et 3°. () ". 5. Il ressort de la décision du 17 octobre 2018 portant abrogation de la carte professionnelle qu'elle est motivée par la circonstance que M. B a été " signalisé comme auteur des faits " de recel de bien provenant d'un délai puni d'une peine n'excédant pas 5 ans d'emprisonnement le 25 novembre 2016, de détention non autorisée d'arme, munition ou élément essentiel de catégorie B le 25 novembre 2016 et de vol dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt du 1er janvier 2013 au 14 novembre 2015. 6. D'une part, eu égard à ses motifs de fait, la décision du 17 octobre 2018 doit être regardée comme fondée sur les dispositions du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure. Le requérant ne peut donc utilement se prévaloir des dispositions du 1° de cet article au soutien de l'exception d'illégalité invoquée contre la décision du 17 octobre 2018. Dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner sa recevabilité, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée à ce titre doit être écarté. 7. D'autre part, si le requérant, qui ne conteste pas en être l'auteur, fait valoir que les faits de recel de bien et de vol ont donné lieu à un classement sans suite et que les faits de détention non autorisée d'arme ont donné lieu à une condamnation qui n'a toutefois pas été inscrite au bulletin n° 2 de son casier judiciaire, ces circonstances sont sans incidence sur le bien-fondé du signalement dont il faisait l'objet en 2018. En déduisant de ce signalement que M. B avait eu un comportement de nature à porter atteinte à la sécurité des biens et contraire à l'honneur et à la probité eu égard à ses fonctions d'agent de sécurité, et en décidant d'abroger la carte professionnelle dont il était détenteur, le CNAPS ne peut être regardé comme ayant infligé une sanction disproportionnée au regard des faits reprochés à l'intéressé. Le CNAPS n'a pas davantage entaché d'illégalité sa décision du 13 janvier 2021, par laquelle il a refusé de renouveler sa carte professionnelle et a déclaré l'irrecevabilité de son stage de maintien et d'actualisation des compétences, au motif de l'abrogation de sa carte professionnelle. Dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner sa recevabilité, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée à ce titre doit être écarté (voir arrêt du Conseil d'État du 22 juin 2007, n° 272650 ; arrêt de la cour administrative d'appel de Marseille du 24 janvier 2023, n° 22MA00428, point 6). 8. En dernier lieu, l'article L. 612-21 du code de la sécurité intérieure prévoit que " le contrat de travail du salarié qui cesse de remplir les conditions posées aux 1° à 3° de [l'article L. 612-20] est rompu de plein droit. / Cette rupture ouvre droit au versement, par l'employeur, de l'indemnité légale de licenciement dans les conditions prévues à l'article L. 1234-9 du code du travail, sauf dispositions conventionnelles plus favorables. / Le salarié a également droit au revenu de remplacement dans les conditions prévues à l'article L. 5421-1 de ce code. ". L'article L. 617-7 du même code prévoit : " Est puni de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende : / 1° Le fait d'employer une personne non titulaire de la carte professionnelle mentionnée à l'article L. 612-20, en vue de la faire participer à l'une des activités mentionnées à l'article L. 611-1 () " 9. Il résulte de ces dispositions, d'une part, qu'un salarié qui ne remplit plus l'une des conditions prévues aux 1°, 2° ou 3° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure pour participer à une activité privée de sécurité, doit être regardé comme étant placé dans une situation radicalement incompatible avec un maintien dans ses fonctions et, d'autre part, que l'employeur d'une personne qui participe à une activité privée de sécurité sans être titulaire d'une carte professionnelle à cette fin entre dans le champ d'application de l'incrimination pénale prévue à l'article L. 617-7 du code de la sécurité intérieure. Dès lors, saisie d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié légalement investi de fonctions représentatives qui n'est plus détenteur de la carte professionnelle attestant du respect des conditions d'exercice d'une activité privée de sécurité, l'administration est tenue d'autoriser ce licenciement lorsqu'elle constate la réalité du défaut d'une telle carte professionnelle. Cette simple constatation n'implique l'appréciation d'aucune circonstance de fait. Dans ces conditions, l'administration se trouvait dans une situation de compétence liée pour autoriser le licenciement de M. B pour défaut de carte professionnelle. Le moyen tiré de ce " qu'il n'est pas justifié de la qualité " de l'autrice de la décision attaquée est donc inopérant et doit être écarté (voir arrêt du Conseil d'État du 19 juin 1996, n° 139752, s'agissant d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié investi d'une fonction de représentation du personnel, employé dans les salles de jeux). 10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur sa recevabilité, que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article R. 761-1 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. 11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B la somme demandée par la société Alizé Sécurité au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. D É C I D E :Article 1er : La requête de M. B est rejetée.Article 2 : Les conclusions de la société Alizé Sécurité présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Monsieur C B, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à la société Alizé Sécurité. Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :M. Harang, président, M. Silvy, premier conseiller,M. Kiecken, premier conseiller. Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023. Le rapporteur,SignéA. KIECKEN Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéA. CAILLEAUX La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme, La greffière 2N° 2100617

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