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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2100937

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2100937

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2100937
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantHOFFMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 avril 2021 et le 30 septembre 2021, M. B A, représenté par Me Hoffmann, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet du Var du 24 novembre 2020 ordonnant le dessaisissement des armes et munitions en sa possession, procédant à son inscription au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes et lui retirant son permis de chasser, ensemble la décision du 10 février 2021 rejetant son recours gracieux au titre de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de le radier du fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet du Var de lui restituer son permis de chasser dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'autorité signataire n'était pas compétente pour prendre cette mesure au nom du préfet ;

- le juge administratif exerce un contrôle entier sur les décisions relatives à la police des armes ;

- le préfet du Var a commis une erreur d'appréciation dès lors qu'il n'a été condamné qu'une seule fois et à une peine d'amende pour des faits de violences mineures, sans usage d'une arme ;

- il est titulaire du permis de chasser depuis 1977 et ses chiens de chasse sont régulièrement déclarés ;

- ses armes sont remisées dans un coffre-fort ;

- il s'est toujours comporté comme un chasseur responsable ;

- la décision d'inscription au FNIADA est illégale par voie de conséquence ainsi que la décision lui retirant son permis de chasser.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2021, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 22 octobre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 22 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénal ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de la défense ;

- le code de l'environnement ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Silvy, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Wustefeld, rapporteure publique,

- et les observations de Me Hoffmann, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a souscrit le 3 août 2020 une déclaration d'acquisition d'armes adressée au préfet du Var. Cette autorité a, par la suite, engagé une procédure contradictoire par un courrier du 23 octobre 2020. M. A a fait parvenir des observations au préfet du Var, reçues les 30 octobre et 4 novembre 2020. Par un arrêté du 24 novembre 2020, le préfet du Var a toutefois prononcé le dessaisissement de toutes les armes dont était en possession M. A, une interdiction d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie inscrite au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FNIADA) et a retiré la validation du permis de chasser de celui-ci. Le recours gracieux qu'il a formé le 17 décembre 2020 a été rejeté expressément par un courrier daté du 10 février 2021.

Sur la légalité de l'arrêté du préfet du Var du 24 novembre 2020 :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure dans sa rédaction issue de l'ordonnance n° 2019-610 du 19 juin 2010 : " Sont interdites d'acquisition et de détention d'armes des catégories B et C et d'armes de catégorie D soumises à enregistrement : / 1° Les personnes dont le bulletin n° 2 du casier judiciaire comporte une mention de condamnation pour l'une des infractions suivantes : () / - violences volontaires prévues aux articles 222-7 et suivants dudit code ; () ". Aux termes de l'article L. 312-3-1 du code de la sécurité intérieure dans sa rédaction issue de l'ordonnance n° 2019-610 du 19 juin 2010 : " L'autorité administrative peut interdire l'acquisition et la détention des armes, munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C aux personnes dont le comportement laisse craindre une utilisation dangereuse pour elles-mêmes ou pour autrui. ". Aux termes de l'article L. 312-11 de ce code, dans sa rédaction alors applicable : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'État dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir. () / Sauf urgence, la procédure est contradictoire. Le représentant de l'État dans le département fixe le délai au terme duquel le détenteur doit s'être dessaisi de son arme, de ses munitions et de leurs éléments. ". Et aux termes de l'article R. 312-67 du même code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : () / 2° Le demandeur ou le déclarant a été condamné pour l'une des infractions mentionnées au 1° de l'article L. 312-3 figurant au bulletin n° 2 de son casier judiciaire ou dans un document équivalent pour les ressortissants d'un État membre de l'Union européenne ou d'un autre État partie à l'accord sur l'Espace économique européen ; / 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ; () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 312-16 du code de la sécurité intérieure : " Un fichier national automatisé nominatif recense : / 1° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments en application des articles L. 312-10 et L. 312-13 ; / 2° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C en application de l'article L. 312-3 ; / 3° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C en application de l'article L. 312-3-1. / 4° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'arme en application de l'article L. 312-3-2. () ". Et aux termes de l'article L. 423-15 du code de l'environnement, dans sa rédaction issue de la loi n° 2019-773 du 24 juillet 2019 : " Ne peuvent obtenir la validation de leur permis de chasser : () / 3° Ceux qui, par suite d'une condamnation, sont privés du droit de port d'armes ; () / 9° Ceux qui sont inscrits au fichier national automatisé nominatif des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes visé à l'article L. 312-16 du code de la sécurité intérieure. () ". Et aux termes de l'article R. 423-24 de ce code : " Lorsque le préfet est informé du fait que le titulaire d'un permis de chasser revêtu de la validation annuelle ou temporaire se trouve dans l'un des cas prévus à l'article L. 423-15 ou à l'article L. 423-25, il procède au retrait de la validation. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée M. A avait fait l'objet d'une condamnation à une amende contraventionnelle par le tribunal de police de Toulon du 8 octobre 2019 pour des faits de violence ayant entraîné une incapacité de travail n'excédant pas huit jours commis le 10 mai 2019, infraction qui n'est pas au nombre des infractions listées au 1° de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure et qu'il n'avait fait l'objet d'aucune nouvelle condamnation postérieurement au 8 octobre 2019. Le préfet du Var ne produit pas le bulletin n°2 dont il a eu connaissance avant de prendre les décisions attaquées mais il ne conteste pas utilement que celui-ci ne comportait que cette seule condamnation. L'autorité préfectorale n'était, par suite, pas dans une situation de compétence liée résultant de ces dispositions. Cet événement isolé n'est pas suffisant en lui-même pour que le préfet du Var ait pu estimer que son comportement laissait craindre une utilisation d'armes à feu dangereuse pour lui-même ou pour autrui, alors même que l'existence d'une crise familiale aigüe avec sa fille, établie par le rapport de moralité rédigé par les services de gendarmerie nationale de Hyères n'est pas contestée. Il résulte de ce qui précède que le préfet du Var a inexactement appliqué les dispositions citées au point 2 en estimant que le comportement de M. A était incompatible avec l'acquisition et la détention d'une arme et en lui faisant obligation de restituer la carabine et le fusil dont il avait déclaré l'acquisition. M. A est fondé, par suite, à demander l'annulation de la décision d'interdiction d'acquisition et de détention d'armes et de munitions et de l'obligation de dessaisissement dont elle est assortie.

5. Il résulte, par voie de conséquence de l'annulation de la décision d'acquisition et de détention d'armes prononcée au point 4, que la décision d'inscription au fichier national des interdits d'acquisition et de détention des d'armes prononcée à l'article 5 de l'arrêté en litige ne pouvait être légalement prise sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 312-16 du code de la sécurité intérieure. De même, dès lors que cette mesure d'interdiction d'acquisition et de détention d'armes n'était pas légalement fondée, il résulte de ce qui précède que M. A n'entrait ni dans le champ du 3° ni dans celui du 9° de l'article L. 423-15 précité du code de l'environnement et il est fondé à demander l'annulation par voie de conséquence de la décision retirant la validation de son permis de chasser fondée sur son inscription au FNIADA.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 novembre 2020 en toutes ces dispositions ainsi que de la décision du 10 février 2021 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

8. Eu égard au motif d'annulation retenu au point 4, l'exécution du présent jugement implique que l'autorité préfectorale fasse procéder, par les personnels visés au 2° de l'article R. 312-79 du code de la sécurité intérieure, à la radiation de M. A du fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes prévu à l'article L. 312-16 du code précité et ce dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte. L'annulation de l'article 6 de l'arrêté en litige qui prononçait le retrait de la validation du permis de chasser de M. A n'appelle pas de mesure d'exécution supplémentaire.

Sur les frais de justice :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Var du 24 novembre 2020 portant dessaisissement d'armes, de munitions et de leurs éléments et la décision du 10 février 2021 rejetant son recours gracieux sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de faire procéder, par les personnels visés au 2° de l'article R. 312-79 du code de la sécurité intérieure, à la radiation de M. A du fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Harang, président,

M. Silvy, premier conseiller,

M. Kiecken, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

Le rapporteur,

Signé

J.-A. SILVY

Le président,

Signé

Ph. HARANGLa greffière,

Signé

A. CAILLEAUX

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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