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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2100942

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2100942

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2100942
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantFENNECH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 avril 2021, M. B A, représenté par Me Fennech, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision n° 2021-01-14-040 du 28 janvier 2021 de la commission nationale d'agreement et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité portant rejet d'un recours administratif obligatoire et refus de renouvellement d'une carte professionnelle ;

2°) d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer une carte professionnelle dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3 °) à titre subsidiaire, d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité de réexaminer sa demande de renouvellement de sa carte professionnelle d'agent privé de sécurité ;

4°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure judiciaire dont il a fait l'objet a écarté la mention de cette condamnation au volet B2 de son casier judiciaire pour lui permettre de conserver son emploi ;

- la situation familiale est particulièrement difficile alors qu'il assure l'entretien de ses quatre enfants et de son épouse sur son seul salaire ;

- les faits de conduite sans permis étaient liés à la procédure d'échange de son permis de conduire étranger qui n'a abouti qu'en avril 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 décembre 2021, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 13 décembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 14 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code des relations du public avec l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Silvy, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Wustefeld, rapporteure publique,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. La commission locale d'agrément et de contrôle Sud du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé le renouvellement de la carte professionnelle d'agent de sécurité privée à M. B A, par une décision n° CAR-S1-2020-10-08-00089533 du 28 octobre 2020. Celui-ci a introduit un recours administratif le 27 novembre 2020 qui a été rejeté par une délibération n° 2021-01-14-040 du 28 janvier 2021 de la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du CNAPS.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes, d'une part, de l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure : " I. - Les décisions administratives de recrutement, d'affectation, de titularisation, d'autorisation, d'agrément ou d'habilitation, prévues par des dispositions législatives ou réglementaires, concernant soit les emplois publics participant à l'exercice des missions de souveraineté de l'État, soit les emplois publics ou privés relevant du domaine de la sécurité ou de la défense () peuvent être précédées d'enquêtes administratives destinées à vérifier que le comportement des personnes physiques ou morales intéressées n'est pas incompatible avec l'exercice des fonctions ou des missions envisagées. / Ces enquêtes peuvent donner lieu à la consultation de traitements automatisés de données à caractère personnel relevant de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification. Les conditions dans lesquelles les personnes intéressées sont informées de cette consultation sont précisées par décret. () ". Aux termes de l'article L. 611-1 de ce code : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° À fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes ; / 1° bis À faire assurer par des agents armés l'activité mentionnée au 1°, lorsque celle-ci est exercée dans des circonstances exposant ces agents ou les personnes se trouvant dans les lieux surveillés à un risque exceptionnel d'atteinte à leur vie ; () ". Et aux termes de l'article L. 612-20 de ce code, dans sa rédaction issue de l'ordonnance n° 2018-1125 du 12 décembre 2018 alors applicable : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'État territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'État et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () ".

3. Pour rejeter le recours administratif préalable obligatoire de M. A contre la décision par laquelle la commission locale d'agrément et de contrôle Sud du CNAPS avait refusé de lui renouveler sa carte professionnelle en vue de l'exercice d'une activité privée de sécurité, la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS s'est fondée sur la circonstance que l'enquête administrative diligentée au sujet de M. A avait fait apparaître que celui-ci avait été mis en cause pour des faits de vol, de conduite sans permis de conduite et de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance et qu'il avait été condamné pour ces faits à une peine délictuelle de deux mois d'emprisonnement avec sursis par un jugement du 18 juin 2020 du tribunal judiciaire de Toulon. La CNAC a estimé que les éléments reprochés à M. A révèlent des agissements contraires à la probité et de nature à porter atteinte à la sécurité des biens et d'autant plus que les faits de vol se sont produits dans le cadre de ses fonctions.

4. En premier lieu, si la procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité qui a donné lieu à la condamnation du 18 juin 2020 a écarté l'inscription de celle-ci au bulletin n°2 du casier judiciaire de M. A, la CNAC ne s'est pas fondée sur les dispositions précitées du 1° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure mais sur celles du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure et a pu, dès lors, légalement retenir le caractère avéré des agissements répétés contraires à l'honneur et à la probité qui ont donné lieu à cette procédure et ce alors que celui-ci était titulaire d'une carte professionnelle depuis le 18 décembre 2015 au moment des faits.

5. En second lieu, les faits de vols répétés de sacs d'aliments et de jouets au sein du magasin d'alimentation dans lequel il exerçait en octobre 2019 présentent au regard des exigences d'honneur, de probité et de bonnes mœurs, une gravité particulière. C'est par suite sans erreur d'appréciation que la CNAC a pu rejeter le recours de M. A et confirmer le refus de renouvellement de sa carte professionnelle, sans qu'aient incidence à cet égard les infractions liées à la conduite d'un véhicule automobile qui lui avaient également été reprochées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Et aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. "

7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au CNAPS de lui délivrer une carte professionnelle ou de procéder au réexamen de sa situation ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de justice :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

9. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le Tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent, dès lors, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Harang, président,

M. Silvy, premier conseiller,

M. Kiecken, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 06 juillet 2023.

Le rapporteur,

Signé

J.-A. SILVY

Le président,

Signé

Ph. HARANGLa greffière,

Signé

A. CAILLEAUX

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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