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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2101199

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2101199

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2101199
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre - Juge Unique
Avocat requérantPARIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 avril 2021, Mme A B, représentée par Me Paris, demande au Tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation de son préjudice matériel, ainsi que de la perte de chance de bénéficier d'un logement stable et indépendant ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 5 000 euros de dommages et intérêts en réparation de son préjudice moral ;

3°) de condamner l'Etat au paiement des intérêts à compter de la demande indemnitaire préalable soit le 10 février 2021 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser directement à Me Paris, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à condition que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable car elle a déposé une demande indemnitaire préalable, suite à l'absence de relogement par le préfet du Var ;

- l'Etat, qui est soumis à une obligation de résultat en matière de droit au logement opposable ainsi qu'à l'obligation d'exécuter les décisions de justice, a commis une double faute de nature à engager sa responsabilité, d'une part, en ne procédant pas à son relogement depuis la décision de la commission de médiation du 2 août 2016 et, d'autre part, en n'exécutant pas le jugement du tribunal administratif de Toulon du 14 avril 2017 enjoignant au préfet du Var d'assurer son relogement avant le 1er juillet 2017 ;

- elle ne s'est vue proposer aucun relogement dans le parc social, ni une offre adaptée à ses besoins et à ses capacités ;

- elle subit un préjudice moral et matériel du fait de ses conditions de vie quotidienne ; elle est en état de dépression en raison de la situation de mal logement ; elle a perdu une chance d'être logée dans un logement adapté à ses besoins ; elle est dans une situation de fragilité en raison de ses conditions de logement dans un logement prévu normalement pour des conditions de vie temporaires ; ses ressources ne lui permettent pas d'accéder au parc des logements privés, elle ne perçoit que le revenu de solidarité active (RSA).

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juin 2021, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il a proposé la candidature de Mme B à Var Habitat mais cette candidature n'a pas été retenue par cet organisme ; le motif de rejet était l'inadéquation entre les ressources de l'intéressée et le coût du logement ;

- la requérante a été interrogée sur le maintien de sa requête au titre du droit opposable en date du 18 août 2018 mais par une ordonnance du tribunal administratif de Toulon du 25 octobre 2018, elle est réputée s'être désistée de sa requête et l'astreinte a été définitivement liquidée par l'ordonnance précitée du 25 octobre 2018 ;

- à la fin de l'année 2019, la requérante a été proposée pour un logement de type 2 à la SAGEM mais elle n'a pas souhaité donner suite à cette proposition.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal de grande instance de Toulon a, par une décision du 19 avril 2021, accordé l'aide juridictionnelle totale à Mme B.

Par une décision du 1er novembre 2022, la présidente du tribunal a désigné M. Bailleux, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 et à l'article R. 778-3 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 10 janvier 2023, le rapport de M. Bailleux, magistrat désigné.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions indemnitaires :

1. Il est constant que Mme B a saisi le 4 mai 2016 la commission de médiation DALO du Var d'un recours en vue d'une offre de logement dans les conditions prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'elle a été déclarée, par une décision du 2 août 2016 de ladite commission, prioritaire et devant être relogée en urgence au motif qu'elle était logée dans un logement de transition, dans un logement foyer. En l'absence de proposition de logement dans les six mois qui ont suivi cette décision, Mme B a saisi le tribunal administratif de Toulon le 8 mars 2017, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, afin d'obtenir que soit ordonné son relogement. Par un jugement du 14 avril 2017, le tribunal administratif de Toulon a enjoint au préfet du Var de pourvoir au relogement de Mme B avant le 1er juillet 2017, sous astreinte, à compter de cette date, de 100 euros par mois de retard, astreinte destinée au fonds national d'accompagnement vers et dans le logement institué en application de l'article L. 300-2 du code de la construction et de l'habitation. Par une lettre reçue le 15 février 2021 par le préfet du Var, Mme B sollicitait du préfet qu'il lui verse la somme de 9 000 euros, en raison de son préjudice subi du fait de l'absence de relogement par le préfet du Var. Le silence du préfet du Var pendant une période de deux mois a fait naître une décision implicite de rejet en date du 15 avril 2021.

En ce qui concerne la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". Selon le II de l'article L. 441-2-3 de ce code : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement () / La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département la liste des demandeurs auxquels doit être attribué en urgence un logement. () / Le représentant de l'Etat dans le département désigne chaque demandeur à un organisme bailleur disposant de logements correspondant à la demande. () / En cas de refus de l'organisme de loger le demandeur, le représentant de l'Etat dans le département qui l'a désigné procède à l'attribution d'un logement correspondant aux besoins et aux capacités du demandeur sur ses droits de réservation. () ". L'article R. 441-16-1 du même code dispose que : " A compter du 1er décembre 2008, le recours devant la juridiction administrative prévu au I de l'article L. 441-2-3-1 peut être introduit par le demandeur qui n'a pas reçu d'offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités passé un délai de trois mois à compter de la décision de la commission de médiation le reconnaissant comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence. Dans () les départements comportant au moins une agglomération, ou une partie d'une agglomération, de plus de 300 000 habitants, ce délai est de six mois. ".

3. Ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires qui ont précédé leur adoption, fixent une obligation de résultat pour l'Etat, désigné comme garant du droit au logement décent et indépendant dont peuvent se prévaloir les demandeurs ayant exercé les recours amiable et contentieux prévus par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Il incombe à l'Etat, au titre de cette obligation, de prendre l'ensemble des mesures et de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour que ce droit ait, pour les personnes concernées, un caractère effectif. La carence de l'Etat est susceptible d'engager sa responsabilité pour faute.

4. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, alors même que l'intéressé n'a pas fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.

5. La requérante soutient qu'aucun logement ne lui a été attribué, depuis la décision de la commission de médiation DALO du 2 août 2016 ou depuis le jugement du Tribunal administratif de Toulon du 14 avril 2017 faisant injonction au préfet du Var de lui attribuer un logement répondant à ses besoins et capacités, avant le 1er juillet 2017. Le fait, ainsi que le fait valoir le préfet du Var, qu'il aurait proposé à Var Habitat, et ce à deux reprises, le nom de Mme B pour l'attribution d'un logement correspondant à ses besoins et capacités mais que cet organisme n'aurait ensuite pas attribué de logement à celle-ci, n'exonère pas l'Etat de sa responsabilité à n'avoir proposé aucun logement à Mme B. Toutefois, le préfet du Var fait valoir, sans être contestée sur ce point, qu'il a été demandé à la requérante si celle-ci maintenait sa requête, en date du 18 août 2018 et celle-ci n'a pas donné suite. Le préfet fait encore valoir que le Tribunal administratif de Toulon a ordonné, par une ordonnance du 25 octobre 2018, la liquidation définitive de l'astreinte. Ainsi que le fait valoir le préfet du Var, la requérante doit être considérée comme s'étant désistée de sa requête en date du 25 octobre 2018. Ainsi, la période de responsabilité de l'Etat s'étend donc du 2 février 2017, date d'expiration du délai de six mois imparti au préfet du Var pour assurer le relogement de Mme B à la suite de la décision de la commission de médiation DALO du Var, jusqu'au 25 octobre 2018, date à laquelle la requérante est censée s'être désistée de sa demande de logement opposable DALO, soit une période de 21 mois.

En ce qui concerne le préjudice :

6. Il résulte de l'instruction que Mme B ne s'est pas vue attribuer de logement jusqu'au 25 octobre 2018, date à laquelle elle est censée s'être désistée de sa demande de logement DALO. Par suite, Mme B est donc fondée à demander l'indemnisation dans ses conditions d'existence ayant résulté de la carence fautive de l'Etat, étant donné qu'elle était logée dans des conditions de logement précaires dans une résidence de logement temporaire. Compte tenu de la durée de cette carence du 2 février 2017 au 25 octobre 2018, du motif précité de la commission de médiation DALO du Var pour déclarer la demande de logement prioritaire et urgente, et des conditions de logement de Mme B durant cette période, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature dans les conditions d'existence subis par la requérante, y compris le préjudice moral, en lui allouant une somme de 800 euros.

En ce qui concerne les intérêts :

7. La requérante demande d'assortir la condamnation des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de la demande indemnitaire préalable, soit le 15 février 2021. Il y a donc lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir l'indemnité fixée ci-dessus des intérêts au taux légal à compter du 15 février 2021, date de réception de la demande indemnitaire préalable par le préfet du Var.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi de 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il résulte de l'instruction que Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau du tribunal judiciaire de Toulon du 19 avril 2021. Par suite, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 750 euros à verser directement à Me Paris, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

DECIDE

Article 1er : L'Etat est condamné à payer à Mme B la somme de 800 (huit cents) euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 15 février 2021.

Article 2 : L'Etat versera à Me Paris une somme de 750 (sept cent cinquante) euros au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à Mme A B, à Me Paris, et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 28 mars 2023.

Le Magistrat désigné,

Signé :

F. BAILLEUX

La greffière

Signé :

G. RICCI

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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