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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2101472

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2101472

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2101472
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCOMTET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 28 mai 2021, le 16 mars 2022, le

21 mars et le 22 mars 2022, M. B A, représenté par Me Comtet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet du Var du 15 décembre 2020 ordonnant le dessaisissement d'armes, de munitions et de leurs éléments, ensemble la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique adressé au ministre chargé de l'intérieur reçu le 1er février 2021 ;

2°) d'ordonner l'effacement de son inscription au FINADIA ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les faits de violences avec armes commis le 4 août 2013 à Pertuis n'ont pas donné lieu à une condamnation pénale mais à une composition pénale en date du 18 novembre 2013 qui ne figure pas à son casier judiciaire et n'apparaît donc pas sur les bulletins n°1 ou n°2 ;

- une telle procédure alternative aux poursuites aurait dû, en tout état de cause, faire l'objet de la réhabilitation légale après un délai de trois années, soit au plus tard le 18 novembre 2016 ;

- l'exercice par l'autorité préfectorale de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation sur le comportement du requérant méconnaît les indications de l'instruction du ministre du 25 avril 2019 qui prescrit de ne fonder aucune décision de dessaisissement sur le seul fondement d'un traitement automatique de données ;

- le préfet du Var a inexactement apprécié les motifs tenant à l'ordre public ou à la sécurité des personnes pour prendre la décision en cause ;

- la décision en litige est insuffisamment motivée en méconnaissance des prévisions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle ne se fonde que sur une condamnation correctionnelle prononcée le 6 octobre 2009 pour des faits de dégradation de véhicule privé ;

- il ne constitue donc pas un trouble à l'ordre public à la date de l'arrêté en litige ;

- il a bénéficié d'un permis de chasse après cette condamnation, et dans la pratique de cette activité ou en dehors, il n'a jamais adopté un comportement incompatible avec la détention d'une arme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés et demande une substitution de base légale sur le fondement du 2°de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénal ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de la défense ;

- le code de l'environnement ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Silvy, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Wustefeld, rapporteure publique,

- et les observations de Me Comtet, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a souscrit une déclaration d'acquisition d'armes adressée au préfet du Var à la suite de laquelle cette autorité a engagé une procédure contradictoire par un courrier du 19 novembre 2020. M. A a fait parvenir des observations au préfet du Var, reçues le 12 novembre 2020, et a demandé la suspension de la procédure de dessaisissement par un courrier de son conseil daté du 30 novembre 2020 et reçu le 4 décembre 2020. Par un arrêté du 15 décembre 2020, le préfet du Var a toutefois prononcé le dessaisissement de toutes les armes dont était en possession M. A, une interdiction d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie inscrite au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FNIADA) et a retiré la validation du permis de chasser de celui-ci. Le recours hiérarchique dirigé contre cet arrêté reçu par le ministre chargé de l'intérieur le 1er février 2021 a été implicitement rejeté. Par la présente requête, M. A demande, à titre principal, l'annulation de l'arrêté du 15 décembre 2020 et de la décision implicite du ministre de rejet de son recours hiérarchique.

Sur la légalité de l'arrêté du 15 décembre 2020 du préfet du Var et de la décision implicite de rejet du recours hiérarchique :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure dans sa rédaction issue de l'ordonnance n° 2019-610 du 19 juin 2010 : " Sont interdites d'acquisition et de détention d'armes des catégories B et C et d'armes de catégorie D soumises à enregistrement : / 1° Les personnes dont le bulletin n° 2 du casier judiciaire comporte une mention de condamnation pour l'une des infractions suivantes : () 2° Les personnes condamnées à une peine d'interdiction de détenir ou de porter un matériel de guerre, une arme, des munitions et leurs éléments soumis à autorisation ou à déclaration ou condamnées à la confiscation de matériels de guerre, d'armes, de munitions et de leurs éléments dont elles sont propriétaires ou dont elles ont la libre disposition, ou faisant l'objet d'une telle interdiction dans le cadre d'un contrôle judiciaire, d'une assignation à résidence avec surveillance électronique ou de toute autre décision prononcée par l'autorité judiciaire. ". Aux termes de l'article L. 312-3-1 du code de la sécurité intérieure dans sa rédaction issue de l'ordonnance n° 2019-610 du 19 juin 2010 : " L'autorité administrative peut interdire l'acquisition et la détention des armes, munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C aux personnes dont le comportement laisse craindre une utilisation dangereuse pour elles-mêmes ou pour autrui. ". Aux termes de l'article L. 312-11 de ce code, dans sa rédaction alors applicable : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'État dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir. () / Sauf urgence, la procédure est contradictoire. Le représentant de l'État dans le département fixe le délai au terme duquel le détenteur doit s'être dessaisi de son arme, de ses munitions et de leurs éléments. ". Et aux termes de l'article R. 312-67 du même code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : () / 2° Le demandeur ou le déclarant a été condamné pour l'une des infractions mentionnées au 1° de l'article L. 312-3 figurant au bulletin n° 2 de son casier judiciaire ou dans un document équivalent pour les ressortissants d'un État membre de l'Union européenne ou d'un autre État partie à l'accord sur l'Espace économique européen ; / 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ; () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 312-16 du code de la sécurité intérieure : " Un fichier national automatisé nominatif recense : / 1° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments en application des articles L. 312-10 et L. 312-13 ; / 2° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C en application de l'article L. 312-3 ; / 3° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C en application de l'article L. 312-3-1. / 4° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'arme en application de l'article L. 312-3-2. () ". Et aux termes de l'article L. 423-15 du code de l'environnement, dans sa rédaction issue de la loi n° 2019-773 du 24 juillet 2019 : " Ne peuvent obtenir la validation de leur permis de chasser : () / 3° Ceux qui, par suite d'une condamnation, sont privés du droit de port d'armes ; () / 9° Ceux qui sont inscrits au fichier national automatisé nominatif des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes visé à l'article L. 312-16 du code de la sécurité intérieure. () ". Et aux termes de l'article R. 423-24 de ce code : " Lorsque le préfet est informé du fait que le titulaire d'un permis de chasser revêtu de la validation annuelle ou temporaire se trouve dans l'un des cas prévus à l'article L. 423-15 ou à l'article L. 423-25, il procède au retrait de la validation. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté du préfet du Var du

15 décembre 2020, M. A n'avait fait l'objet d'aucune condamnation par une juridiction répressive mais que des faits de violence avec arme commis par celui-ci en août 2013 n'ayant pas entraîné d'incapacité totale de travail avait donné lieu à une composition pénale, assortie d'une amende de 300 euros et d'une mesure de confiscation d'arme. Le préfet du Var ne produit pas le bulletin n°2 dont il a eu connaissance avant de prendre les décisions attaquées mais il ne conteste pas utilement que celui-ci était vierge en l'absence de toute condamnation pénale. L'autorité préfectorale n'était, par suite, pas dans une situation de compétence liée résultant des dispositions du 1° de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure. Elle ne peut pas plus solliciter une substitution de la base légale de sa décision de dessaisissement sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure dès lors qu'une composition pénale prévue à l'article 41-2 du code de procédure pénale ne constitue pas une condamnation au sens et pour l'application de cette disposition. Si M. A fait état de l'existence d'une autre altercation avec sa voisine dans un contexte d'agressivité réciproque, ces faits n'ont pas fait l'objet de suites pénales. Dès lors, l'infraction ancienne et isolée sur laquelle s'est fondé le préfet du Var n'est pas suffisante en elle-même pour que cette autorité ait pu estimer que le comportement actuel de M. A laissait craindre une utilisation dangereuse pour lui-même ou pour autrui des armes qu'il détenait ou pouvait acquérir. Il résulte de ce qui précède que le préfet du Var a inexactement appliqué les dispositions de l'article L. 312-3-1 citées au point 2 en estimant que le comportement du requérant était incompatible avec l'acquisition et la détention d'une arme et en lui faisant obligation de restituer les carabines et fusils qu'il détenait. M. A est fondé, par suite, à demander l'annulation de la décision d'interdiction d'acquisition et de détention d'armes et de munition et de l'obligation de dessaisissement dont elle est assortie.

5. Il résulte, par voie de conséquence de l'annulation de la décision d'acquisition et de détention d'armes prononcée au point 4, que la décision d'inscription au fichier national des interdits d'acquisition et de détention des d'armes prononcée à l'article 5 de l'arrêté en litige ne pouvait être légalement prise sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 312-16 du code de la sécurité intérieure. De même, dès lors que cette mesure d'interdiction d'acquisition et de détention d'armes n'était pas légalement fondée, il résulte de ce qui précède que M. A n'entrait ni dans le champ du 3° ni dans celui du 9° de l'article L. 423-15 précité du code de l'environnement et ce dernier est aussi fondé à demander l'annulation par voie de conséquence de la décision retirant la validation de son permis de chasser fondée sur son inscription au FNIADA.

6. Il résulte également de ce qui précède que la décision implicite par laquelle le ministre chargé de l'intérieur a rejeté le recours hiérarchique du requérant doit également être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

8. Eu égard au motif d'annulation retenu au point 4, l'exécution du présent jugement implique que l'autorité préfectorale fasse procéder, par les personnels visés au 2° de l'article R. 312-79 du code de la sécurité intérieure, à la radiation de M. A du fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes prévu à l'article L. 312-16 du code précité et ce dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte. L'annulation de l'article 6 de l'arrêté en litige qui prononçait le retrait de la validation du permis de chasser de M. A n'appelle pas de mesure d'exécution supplémentaire.

Sur les frais de justice :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Var du 15 décembre 2020 portant notamment dessaisissement d'armes, de munitions et de leurs éléments et la décision implicite du ministre chargé de l'intérieur rejetant le recours hiérarchique de M. A dirigé contre cet arrêté sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de faire procéder, par les personnels visés au 2° de l'article R. 312-79 du code de la sécurité intérieure, à la radiation de M. A du fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Harang, président,

M. Silvy, premier conseiller,

M. Kiecken, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

Le rapporteur,

Signé

J.-A. SILVY

Le président,

Signé

Ph. HARANGLa greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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