jeudi 21 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2101883 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | AVOCATS ANTOMARCHI & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 9 juillet 2021 et le 22 octobre 2021, la société C Costruzioni S.R.L, représentée par Me Antomarchi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 mai 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à sa charge les contributions spéciale et forfaitaire pour l'emploi de ressortissants étrangers non autorisés à travailler et séjourner en France ;
2°) de ramener à de plus justes proportion le montant de la contribution spéciale relative à M. G soit à la somme de 7 300 euros ;
3°) de condamner l'OFII à lui verser une somme de 6 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les trois personnes dont la situation a justifié que soient mises à sa charge les contributions spéciale et forfaitaire étaient présentes en France en villégiature ;
- les trois personnes concernées n'étaient pas en action de travail lors du contrôle d'identité et dès lors la matérialité des faits n'est pas établie ;
-qu'il convient de minorer le montant de la contribution spéciale à 2 000 fois le taux horaire minimum garanti à l'encontre de M. G.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société C Costruzioni ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 29 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 29 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations du public avec l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Karbal, conseiller,
- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,
- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1.Le 15 octobre 2020, à 19h00, les services de la gendarmerie nationale de la compagnie départementale de Gassin-Saint Tropez, sur réquisition du procureur de la République près le Tribunal judiciaire de Draguignan, ont procédé au contrôle d'identité de trois ressortissants étrangers qui venaient de garer un véhicule appartenant à la société C Costruzioni. Lors de ce contrôle, ces services ont constaté la présence de trois ressortissants étrangers dépourvus de titre les autorisant à travailler en France, à savoir M. F, de nationalité albanaise, M. D B, de nationalité albanaise et M. E G, de nationalité moldave dans un véhicule appartenant à la société C Costruzioni. Une procédure a été diligentée pour infraction aux dispositions de l'article 8251-1 du code du travail et la contribution spéciale prévue par l'article L 626-1 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). Par une décision du 3 février 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a appliqué à la société C Costruzioni la contribution spéciale pour un montant de 54 750 euros et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 4 796 euros. Le recours gracieux adressé le 10 mars 2021 par cette société a été rejeté par une décision expresse du 5 mai 2021.
Sur la matérialité des faits :
2.D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ". En application de l'article L. 8253-1 du même code, dans sa rédaction issue de la loi n° 2018-1317 du 28 décembre 2018 : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'État. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'État selon des modalités définies par convention. / L'État est ordonnateur de la contribution spéciale. À ce titre, il liquide et émet le titre de perception. () ". Aux termes de l'article L. 8271-17 du même code, dans sa rédaction issue de la loi n° 2016-1088 du 8 août 2016 alors applicable : " Outre les agents de contrôle de l'inspection du travail mentionnés à l'article L. 8112-1, les agents et officiers de police judiciaire, les agents de la direction générale des douanes sont compétents pour rechercher et constater, au moyen de procès-verbaux transmis directement au procureur de la République, les infractions aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler et de l'article L. 8251-2 interdisant le recours aux services d'un employeur d'un étranger non autorisé à travailler. / Afin de permettre la liquidation de la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du présent code et de la contribution forfaitaire mentionnée à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration reçoit des agents mentionnés au premier alinéa du présent article une copie des procès-verbaux relatifs à ces infractions. ". Et aux termes de l'article R. 8253-6 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " Au vu des procès-verbaux qui lui sont transmis, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration décide de l'application de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 et notifie sa décision à l'employeur ainsi que le titre de recouvrement ".
3.D'autre part, aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. / Le montant total des sanctions pécuniaires prévues, pour l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler, au premier alinéa du présent article et à l'article L. 8253-1 du code du travail ne peut excéder le montant des sanctions pénales prévues par les articles L. 8256-2, L. 8256-7 et L. 8256-8 du code du travail ou, si l'employeur entre dans le champ d'application de ces articles, le montant des sanctions pénales prévues par le chapitre II du présent titre. / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et de fixer le montant de cette contribution. À cet effet, il peut avoir accès aux traitements automatisés des titres de séjour des étrangers dans les conditions définies par la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés. () Sont applicables à la contribution forfaitaire prévue au premier alinéa les dispositions prévues aux articles L. 8253-1 à L. 8253-5 du code du travail en matière de recouvrement et de privilège applicables à la contribution spéciale. () ".
4.Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur des sanctions prononcées sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail et de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration.
5.Celle-ci doit apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé et le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution ou en décharger l'employeur.
6.La société C Costruzioni soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait car les procès-verbaux de saisine sont en contradiction avec les procès-verbaux d'audition des trois ressortissants étrangers mis en cause, lesquels, d'après les procès-verbaux de saisine de la gendarmerie, n'étaient pas en action de travailler et qu'ils étaient en France pour y passer des vacances. Il résulte toutefois de l'instruction qu'à la suite du contrôle d'identité, les trois ressortissants étrangers mis en cause ont été convoqués le 16 octobre 2020 à la brigade territoriale de gendarmerie de Grimaud aux fins d'être entendus sur leur situation administrative. Il résulte en outre des procès-verbaux d'audition, dressés le même jour, que les trois ressortissants étrangers mis en cause ont déclaré être employés par la société C Costruzioni pour un travail à Cogolin. Il résulte également de l'instruction que le gérant de la société C Costruzioni, M. A C, a déclaré, lors de son audition du 18 novembre 2020, avoir employé les trois ressortissants étrangers pour assurer le nettoyage d'une maison sur trois jours à Cogolin dans le cadre d'un contrat passé par sa société, et précise par ailleurs qu'aucun de ses employés n'a fait l'objet d'un détachement. Il résulte enfin de l'instruction que les trois ressortissants étrangers n'étaient pas déclarés auprès de l'URSSAF. Les contradictions observées dans les différents actes de la procédure, de même que les conditions d'audition des trois ressortissants étrangers, sont sans incidence sur la constatation des faits reprochés à la société requérante. Dans ces conditions, La société requérante n'est, par suite, pas fondée à soutenir que le directeur de l'OFII aurait commis une erreur de droit pour l'application de ces sanctions.
Sur le quantum de la sanction :
7.Aux termes de l'article R 8253-2 code du travail " I. Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. II.-Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7. () " ;
8. Pour sanctionner la société C Costruzioni, l'OFII a décidé de retenir un montant de contribution spéciale égale à 5 000 fois le taux horaire à l'encontre de M. E G au motif d'infraction de travail dissimulé de détachement d'un salarié sans autorisation. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier l'existence d'autres infractions commises permettant de retenir le taux évoqué. Dans ces conditions, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a entaché sa décision d'une erreur de droit.
9.Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est fondé à demander l'annulation de la décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qu'en tant seulement qu'elle est fondée sur un montant spéciale égal à 5 000 fois le taux horaire, en lieu et place d'un taux de 2000 fois à l'encontre de M. E G.
Sur les frais de justice :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) la somme de 1200 euros à verser au requérant, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en tant qu'elle est fondée sur un montant spéciale égal à 5 000 fois le taux horaire, en lieu et place d'un taux de 2000 fois à l'encontre de M. E G est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions à fin d'annulation présentées la société C Costruzioni est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société C Costruzioni, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Harang, président,
M. Karbal, conseiller,
M. Helayel, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.
Le rapporteur,
Signé
Z. KARBAL
Le président,
Signé
Ph. HARANGLa greffière,
Signé
F. POUPLY
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026