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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2101924

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2101924

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2101924
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCARLHIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 13 juillet 2021, le 19 mai 2022, le

25 octobre 2022 et le 14 décembre 2022, M. I C, Mme E B,

M. G B et M. A F, représentés par Me Carlhian, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de déclarer recevable les interventions volontaires de Mme H D et du Syndic de copropriété du 13-15 Place du Marché ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2021 du préfet du Var portant traitement de l'insalubrité concernant les immeubles situés n°13 et 15 place du marché, parcelle cadastrée section AB

n° 1355, à Draguignan ;

3°) d'enjoindre au préfet du Var d'informer les copropriétaires de l'immeuble du 13-15 Place du Marché sur la réparation ou toute autre mesure propre à remédier à cette situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête déposée par les copropriétaires est recevable ;

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- l'arrêté a méconnu le principe du contradictoire dès lors que le préfet du Var n'a pas répondu aux observations formulées par les copropriétaires ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 511-11 du code de la construction et de l'habitation, dès lors que le préfet du Var ne démontre pas que des travaux nécessaires à la résorption de l'insalubrité constatée tant dans les parties communes que les parties privatives seraient plus coûteux que la reconstruction d'un immeuble de même surface utile ;

- les désordres affectant les parties communes sont remédiables ;

- l'insalubrité constatée dans les parties communes n'est pas caractérisée ;

- l'interdiction définitive d'habiter dans les logements en cause n'est pas justifiée, dès lors que les désordres constatés ne sont pas irrémédiables.

Par deux mémoires en défenses, enregistrés le 7 octobre 2021 et le 6 septembre 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par un mémoire en intervention, enregistré le 27 décembre 2021, Mme D, et le syndic de copropriété, la Gérance Dracenoise, représentés par Me Carlhian, demandent au tribunal :

- de déclarer recevable leur intervention ;

- d'annuler l'arrêté du 11 mai 2021 du préfet du Var portant traitement de l'insalubrité concernant des immeubles situés n°13 et 15 place du marché, parcelle cadastrée section AB

n° 1355, à Draguignan ;

- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Un mémoire du préfet du Var en réponse à l'intervention a été enregistré le 27 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Karbal, rapporteur,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,

- et les observations de Me De Sousa substituant Me Carlhian représentant les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'une demande du maire de la commune de Draguignan, le directeur général de l'ARS Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) a procédé à l'évaluation de l'état d'insalubrité et de sécurité des immeubles situés n°13-15 Place du marché et a établi son rapport le 30 mars 2021. Par un courrier du 1er avril 2021, le préfet du Var a informé les copropriétaires et l'agence Gérance Dracenoise, syndic de la copropriété, que, compte tenu de la nature et de l'importance des désordres constatés, une procédure de traitement de l'insalubrité allait être mise en œuvre et les a invités à présenter leurs observations. Par un arrêté du 11 mai 2021, le préfet du Var a considéré que les immeubles, situés n°13-15 place du Marché, parcelle cadastrée section AB 1355, se trouvaient en état d'insalubrité, a enjoint au syndic de la copropriété, l'agence Gérance Dracénoise, et aux copropriétaires des immeubles de procéder au relogement des occupants en raison de l'interdiction d'habiter les immeubles à titre définitif à compter du 1er septembre 2021 dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'arrêté.

Sur l'intervention de Mme D et du syndic de copropriété du 13-15 Place du Marché :

2. Est recevable à former une intervention toute personne qui justifie d'un intérêt suffisant eu égard à la nature et à l'objet du litige. En l'espèce, Mme D, étant propriétaire de l'ensemble immobilier en litige, le syndic de copropriété, étant gérant de l'ensemble immobilier, présentent un intérêt à venir au soutien des écritures des requérants. Leur intervention est donc recevable et doit, en conséquence, être admise.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique : " Tout local, installation, bien immeuble ou groupe de locaux, d'installations ou de biens immeubles, vacant ou non, qui constitue, soit par lui-même, soit par les conditions dans lesquelles il est occupé, exploité ou utilisé, un danger ou risque pour la santé ou la sécurité physique des personnes est insalubre. ( ) ". L'article L. 1331-24 de ce code prévoit que : " Les situations d'insalubrité indiquées aux articles L. 1331-22 et L. 1331-23 font l'objet des mesures de police définies au titre Ier du livre V du code de la construction et de l'habitation. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 1331-26 du code de la santé publique, dans sa rédaction applicable : " Lorsqu'un immeuble, bâti ou non, vacant ou non, attenant ou non à la voie publique, un groupe d'immeubles, un îlot ou un groupe d'îlots constitue, soit par lui-même, soit par les conditions dans lesquelles il est occupé ou exploité, un danger pour la santé des occupants ou des voisins, le représentant de l'Etat dans le département, saisi d'un rapport motivé du directeur général de l'agence régionale de santé ou, par application du troisième alinéa de l'article L. 1422-1, du directeur du service communal d'hygiène et de santé concluant à l'insalubrité de l'immeuble concerné, invite la commission départementale compétente en matière d'environnement, de risques sanitaires et technologiques à donner son avis dans le délai de deux mois : 1° Sur la réalité et les causes de l'insalubrité ; 2° Sur les mesures propres à y remédier. L'insalubrité d'un bâtiment doit être qualifiée d'irrémédiable lorsqu'il n'existe aucun moyen technique d'y mettre fin, ou lorsque les travaux nécessaires à sa résorption seraient plus coûteux que la reconstruction. () ".

5. Enfin, aux termes de l'article L. 511-2 du code de la construction et de l'habitation : " La police mentionnée à l'article L. 511-1 a pour objet de protéger la sécurité et la santé des personnes en remédiant aux situations suivantes : () 4° L'insalubrité, telle qu'elle est définie aux articles L. 1331-22 et L. 1331-23 du code de la santé publique. ". L'article L. 511-7 du code de la construction et de l'habitation énonce par ailleurs que : " L'autorité compétente peut faire procéder à toutes visites qui lui paraissent utiles afin d'évaluer les risques mentionnés à l'article L. 511-2. () ". Aux termes de l'article L. 511-8 du même code : " La situation d'insalubrité mentionnée au 4° de l'article L. 511-2 est constatée par un rapport du directeur général de l'agence régionale de santé ou, par application du troisième alinéa de l'article L. 1422-1 du code de la santé publique, du directeur du service communal d'hygiène et de santé, remis au représentant de l'Etat dans le département préalablement à l'adoption de l'arrêté de traitement d'insalubrité. () ". L'article L. 511-10 du même code : " L'arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité est pris à l'issue d'une procédure contradictoire avec la personne qui sera tenue d'exécuter les mesures : le propriétaire ou le titulaire de droits réels immobiliers sur l'immeuble, le local ou l'installation, tels qu'ils figurent au fichier immobilier ou, dans les départements de la Moselle, du Bas-Rhin ou du Haut-Rhin, au livre foncier, dont dépend l'immeuble. () ". Aux termes de l'article L. 511-11 du même code : " L'autorité compétente prescrit, par l'adoption d'un arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité, la réalisation, dans le délai qu'elle fixe, de celles des mesures suivantes nécessitées par les circonstances : 1° La réparation ou toute autre mesure propre à remédier à la situation y compris, le cas échéant, pour préserver la solidité ou la salubrité des bâtiments contigus ; 2° La démolition de tout ou partie de l'immeuble ou de l'installation ; 3° La cessation de la mise à disposition du local ou de l'installation à des fins d'habitation ; 4° L'interdiction d'habiter, d'utiliser, ou d'accéder aux lieux, à titre temporaire ou définitif.() ". L'arrêté ne peut prescrire la démolition ou l'interdiction définitive d'habiter que s'il n'existe aucun moyen technique de remédier à l'insalubrité ou à l'insécurité ou lorsque les travaux nécessaires à cette résorption seraient plus coûteux que la reconstruction. () ".

6. Le recours dont dispose le propriétaire d'un immeuble contre la décision par laquelle l'autorité préfectorale déclare le logement impropre à l'habitation, en application de ces dispositions, est un recours de plein contentieux. Il appartient par suite au juge saisi d'un tel recours de se prononcer sur le caractère impropre de l'habitation des locaux en cause d'après l'ensemble des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa décision.

7. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport établi le 30 mars 2021 par l'ARS à la suite de la visite sur place du technicien sanitaire, que les immeubles en litige, présentent, d'une part, s'agissant des parties communes, une absence d'entretien des lieux provoquant de nombreux dysfonctionnements, les " puits de lumière ", mitoyens de la cage d'escalier, ne sont pas entretenus, présence de déchets, prolifération de nuisibles, de pigeons et accumulation de fientes dans les combles, les équipements ne sont pas entretenus et aucune maintenance n'est assurée, un défaut d'étanchéité et une vétusté des réseaux de plomberie, une dégradation des éléments structurels (planchers bois, linteaux) liée au défaut d'étanchéité du bâti et de l'impact des dégâts des eaux à répétition, les revêtements intérieurs sont dégradés en raison des infiltrations et des dégâts des eaux. Ces désordres sont de nature à affecter l'ensemble du bâti, l'installation électrique et à mettre en danger les personnes qui pénètrent dans ces locaux. D'autre part, s'agissant des parties privatives, le rapport de l'ARS indique que les locaux vacants situés en fond de parcelles et donnant sur les cages d'escalier, concernant les lots n°07, n°08, n°11, n°15, n°16, n°19, n°20, n°24 et n°26 sont en majorité très dégradés avec des caractéristiques de locaux impropres à l'habitation en raison notamment de l'absence d'ouverture donnant sur l'extérieur et un éclairement naturel insuffisant, les logements occupés (lots n°06, n°10, n°12, n°18, n°21, n°23, n°25) présentent des désordres liés essentiellement à l'impact des infiltrations et dégâts des eaux et à l'absence d'un système de renouvellement de l'air performant et d'une installation électrique ancienne, et le lot n°12 présente également des caractéristiques de locaux impropres à l'habitation en raison notamment de l'absence d'ouverture donnant sur l'extérieur et un éclairement naturel insuffisant. Le rapport indique enfin que ces différents éléments constatés sont de nature à constituer un danger pour la santé des occupants, ces derniers peuvent développer des maladies cardio-vasculaires, des malades pulmonaires, des allergies et des maladies infectieuses ou parasitaires.

8. En second lieu, au regard des dispositions précitées du quatrième alinéa de l'article L. 1331-26 du code de la santé publique, l'insalubrité d'un bâtiment doit être qualifiée d'irrémédiable lorsqu'il n'existe aucun moyen technique d'y mettre fin ou lorsque les travaux nécessaires à sa résorption seraient plus coûteux que la reconstruction. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction, ni des pièces du dossier, qu'il n'existerait aucun moyen technique de mettre fin à l'insalubrité des immeubles, une telle fin étant techniquement envisageable mais au prix d'une restructuration lourde. En retenant, dans l'arrêté du 11 mai 2021, qu'il était impossible de remédier à l'insalubrité de ces immeubles compte tenu des désordres qui les affectaient, tant les parties communes que dans les parties privatives, le préfet du Var doit être regardé comme ayant déclaré les immeubles insalubres à titre irrémédiable non pas au motif qu'il n'existerait aucun moyen technique de mettre fin à l'insalubrité affectant les immeubles, mais au motif que les travaux nécessaires à sa résorption seraient plus coûteux que la reconstruction d'un immeuble de même surface utile. Or, l'arrêté du 11 mai 2021 ne précise pas le coût éventuel d'une reconstruction, et le préfet du Var n'apporte aucun élément de nature à établir, qu'à la date du jugement, le coût des travaux nécessaires à la résorption de l'insalubrité excéderait celui d'une reconstruction. Par suite, c'est à tort que le préfet du Var a retenu, dans son arrêté du 11 mai 2021, que les immeubles situés au n°13-15 place du Marché, parcelle cadastrée section AB 1355 à Draguignan étaient atteints d'une insalubrité irrémédiable.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 11 mai 2021 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Aux termes de l'article 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ".

11. Le motif d'annulation ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er: L'intervention de Mme D et du syndic de copropriété, agence Gérance Dracénoise, est admise.

Article 2 : L'arrêté du préfet du Var en date du 11 mai 2021 est annulé.

Article 3 : L'Etat versera aux requérants une somme totale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. I C, Mme E B,

M. G B, M. A F, Mme D, au syndic de copropriété, agence Gérance Dracénoise, au préfet du Var, et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

Mme Mathilde Montalieu, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

Le rapporteur,

Signé

Z. KARBAL

Le président,

Signé

Ph. HARANG

La greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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