jeudi 21 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2102113 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | REBHUN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 30 juillet 2021, le 20 septembre 2022 et le 10 août 2023, Mme B A, représentée par Me Rebhun, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 52 500 euros en réparation du préjudice moral subi à la suite du décès de M. A, d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter du 2 novembre 2020 et de la capitalisation des intérêts ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 3 433,95 euros au titre des frais d'obsèques de M. A ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 808 066 euros en réparation du préjudice économique subi, d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter du 2 novembre 2020 et de la capitalisation des intérêts ;
4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 110 011 euros en réparation de la perte de chance professionnelle, d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter du 2 novembre 2020 et de la capitalisation des intérêts ;
5°) de surseoir à statuer dans l'attente d'une réponse à sa demande de reconnaissance de faute inexcusable ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- l'action en responsabilité n'est pas prescrite ;
- le harcèlement moral subi par M. A de la part de son supérieur, consistant en des humiliations et agressions verbales répétées, doit être reconnu ; cette situation était connue de l'administration et du corps médical depuis de nombreuses années ;
- l'administration n'a pris aucune mesure de protection ; M. A a été muté sur l'Île du Levant malgré des préconisations médicales contraires et aucune mesure n'a été prise à l'encontre de son agresseur ;
- les conditions de travail difficiles sur le site du Levant, en raison de l'isolement, étaient incompatibles avec l'état de santé de M. A, le médecin de prévention ayant prescrit une surveillance médicale renforcée particulière, et ont contribué à son affaiblissement psychologique ;
- le harcèlement moral, la mutation, vécue comme une sanction déguisée par M. A, et l'isolement sur le site du Levant l'ont plongé dans une dépression sévère en lien avec son travail et l'ont conduit à s'ôter la vie ;
- le décès de M. A a été reconnu comme un accident du travail par une décision du 20 septembre 2021 ;
- l'Etat employeur a commis une faute inexcusable en ne protégeant pas la santé de M. A ;
- son préjudice économie tiré des frais d'obsèques de M. A s'élève à 3 433,95 euros ;
- son préjudice moral doit être indemnisé à hauteur de 52 500 euros ;
- son préjudice économique tiré de la perte de revenus s'élève à 808 066 euros ;
- son préjudice économique tiré de la perte de chance professionnelle s'élève à 110 011 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la juridiction administrative est incompétente ;
- la requête est irrecevable en l'absence de preuve de liaison du contentieux ; elle est également tardive ;
- la demande indemnitaire est infondée dès lors que l'Etat employeur n'a commis aucune faute ; aucune situation de harcèlement moral n'est établie ; si M. A a rencontré en 2015 des difficultés sur son lieu de travail, l'Etat employeur a pris les mesures nécessaires en changeant son affectation et en assurant une surveillance médicale renforcée ; les répercussions des faits de 2015 allégués sur l'état de santé de M. A, quatre ans plus tard, ne sont pas démontrées ; l'affectation sur le site du Levant n'était pas une mutation forcée, au contraire il ressort d'une pièce adverse que M. A y était favorable et même volontaire ;
- le lien entre le décès de M. A et ses conditions de travail sur le site du Levant n'est pas démontré ; les agents affectés sur le site du Levant ont la possibilité de regagner le continent tous les jours grâce à des navettes quotidiennes à leur disposition ; l'affectation sur le site du Levant n'implique donc pas systématiquement d'y rester le soir ; il est fait exception à cette possibilité que pendant les campagnes de tir ;
- il n'est pas établi que M. A ait fait part de difficultés liées à ses conditions de travail.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Montalieu, rapporteure,
- et les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,
- les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né le 15 mai 1964, a été recruté, en septembre 1983, au sein de la direction générale de l'armement en qualité d'ouvrier d'Etat au poste de technicien aéronautique. A compter de 2002, il a été affecté sur le site du Coudon, à Toulon, puis, à compter de 2016, sur le site de l'Île du Levant, appartenant à la commune de Hyères. Le 15 janvier 2019, M. A a mis fin à ses jours sur son lieu de travail durant son service. Par une décision du 20 septembre 2021, le ministre des armées a reconnu le décès de M. A comme un accident du travail au sens des dispositions de l'article L. 411-1 du code de la sécurité sociale. Par sa requête, Mme A demande la réparation des préjudices liés au décès de son époux.
2. Il résulte des dispositions de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat que les ouvriers de l'Etat ne sont pas des fonctionnaires mais ont la qualité d'agents non titulaires.
3. Aux termes des dispositions de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : 1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole ; () ". Aux termes de l'article L. 142-8 de ce code : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : 1° Au contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 () ".
4. En outre, aux termes de l'article L. 451-1 du code de la sécurité sociale, applicable aux ouvriers de l'Etat : " Sous réserve des dispositions prévues aux articles L. 452-1 à L. 452 -5, L. 454-1, L. 455-1, L. 455-1-1 et L. 455-2 aucune action en réparation des accidents et maladies mentionnés par le présent livre ne peut être exercée conformément au droit commun, par la victime ou ses ayants droit ". Aux termes de l'article L. 452-1 du même code : " Lorsque l'accident est dû à la faute inexcusable de l'employeur ou de ceux qu'il s'est substitués dans la direction, la victime ou ses ayants droit ont droit à une indemnisation complémentaire dans les conditions définies aux articles suivants ". L'article L. 452-3 de ce code prévoit que : " () la victime a le droit de demander à l'employeur devant la juridiction de sécurité sociale la réparation du préjudice causé par les souffrances physiques et morales par elle endurées, de ses préjudices esthétiques et d'agrément ainsi que celle du préjudice résultant de la perte ou de la diminution de ses possibilités de promotion professionnelle. () / De même, en cas d'accident suivi de mort, les ayants droit de la victime mentionnés aux articles L. 434-7 et suivants ainsi que les ascendants et descendants qui n'ont pas droit à une rente en vertu desdits articles, peuvent demander à l'employeur réparation du préjudice moral devant la juridiction précitée. () ". Ce dernier article, tel qu'interprété par le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2010-8 QPC du 18 juin 2010, prévoit que, dans le cas d'une faute inexcusable de l'employeur, la victime ou ses ayants droits ont le droit de demander à l'employeur, devant la juridiction de sécurité sociale, la réparation de l'ensemble des dommages non couverts par le livre IV du code de la sécurité sociale qui ont résulté pour elle de l'accident. Aux termes de l'article L. 452-5 de ce code : " Si l'accident est dû à la faute intentionnelle de l'employeur ou de l'un de ses préposés, la victime ou ses ayants droit conserve contre l'auteur de l'accident le droit de demander la réparation du préjudice causé, conformément aux règles du droit commun, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé par application du présent livre ".
5. Il résulte de ces dispositions que, en dehors des hypothèses dans lesquelles le législateur a entendu instituer un régime de responsabilité particulier, un agent non titulaire, dès lors qu'il ne se prévaut pas d'une faute intentionnelle de son employeur ou de l'un des préposés de celui-ci, ne peut exercer contre cet employeur une action en réparation devant les juridictions administratives, conformément aux règles du droit commun, à la suite d'un accident du travail dont il a été la victime.
6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le décès de M. A survenu le 15 janvier 2019 a été reconnu comme étant un accident du travail par le ministre des armées en application de l'article L. 411-1 du code de la sécurité sociale, M. A ayant la qualité d'agent non titulaire de l'Etat. Les dispositions précitées au point 4 font obstacle à ce que Mme A, qui ne se prévaut pas d'une faute intentionnelle de l'employeur, recherche, dans les conditions de droit commun, la responsabilité de l'Etat pour la réparation des préjudices subis à la suite du décès de son époux. Par suite, Mme A ne peut pas intenter devant la juridiction administrative une action en réparation conformément au droit commun.
7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'attendre une réponse à la demande de reconnaissance de faute inexcusable formée auprès du ministre ou du juge judiciaire, qui ne saurait avoir d'influence sur la solution retenue, que l'exception d'incompétence opposée en défense doit être accueillie. Dès lors, les conclusions indemnitaires de Mme A doivent être rejetées comme portées devant un ordre juridictionnel incompétent pour en connaître et, par conséquent, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et en tout état de cause celles relatives aux dépens, ne peuvent qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Harang, président,
M. Karbal, conseiller,
Mme Montalieu, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.
La rapporteure,
Signé
M. MONTALIEU
Le président,
Signé
Ph. HARANG
La greffière,
Signé
A. CAILLEAUX
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026