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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2102480

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2102480

mardi 26 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2102480
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDUFFAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 août 2021 et 16 mars 2023, M. A B, représenté par Me Duffaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de refus de permis de construire en date du 16 février 2021 par laquelle le maire de la commune de Saint-Tropez lui a refusé la construction d'une maison avec garage, sur un terrain situé 57 chemin du Pinet et cadastré section AO n° 145 d'une superficie de 5 105 mètres carrés sur le territoire communal, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 20 avril 2021 ;

2°) à titre principal d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Tropez de lui délivrer, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision, le permis de construire sollicité, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Tropez de procéder au réexamen de son dossier, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Tropez une somme de 4 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable car l'arrêté litigieux a été notifié le 20 février 2021 et il a effectué un recours gracieux en date du 20 avril 2021 ; le recours contentieux a ensuite été introduit dans le délai de recours contentieux de deux mois ;

- la décision attaquée du 16 février 2021 est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme car elle ne précise pas où sont les espaces partiellement boisés ni le compartiment à dominante naturelle qui justifierait que la parcelle cadastrée section AO n° 145 serait située en dehors des espaces urbanisés de la commune ;

- la décision attaquée est illégale par exception d'illégalité de l'avis défavorable du préfet du Var ;

- la parcelle cadastrée section AO n° 145 se situe dans un compartiment urbanisé de la commune, ainsi que cela ressort du plan cadastral mis à jour par le requérant ; le terrain est entouré de 75 bâtiments dans son environnement le plus immédiat délimité au nord par la route des Salins, au sud par les chemins du Pinet et du Capon, auxquels il convient d'ajouter 32 constructions au nord de la route des Salins ; en outre, les parcelles situées au nord et à l'est du projet accueillent chacune des constructions ; le fait que certaines parcelles avoisinantes soient végétalisées n'empêchent pas de considérer que la parcelle AO n° 145 appartient à une partie actuellement urbanisée de la commune ; en outre, la parcelle litigieuse est située à proximité d'un hôtel, d'un restaurant, d'une poissonnerie et d'une borne de recharge pour véhicules électriques ; le terrain d'assiette est éloigné de la place des Lices de 1,6 kilomètres, et il n'y a pas de rupture de l'urbanisation, d'ouest en est, entre le centre-bourg et le terrain d'assiette du projet ; s'agissant des constructions existant autour du terrain d'assiette du projet, la commune fausse la réalité en déterminant arbitrairement son périmètre d'analyse, les photos présentées étant décentrées ; les parcelles situées au nord et à l'ouest de la parcelle litigieuse sont densément bâties et, contrairement à ce qu'ont estimé le maire de la commune de Saint-Tropez et le préfet du Var, il n'y a pas de coupure d'urbanisation entre le terrain d'assiette du projet et le centre-bourg de la commune ; la parcelle cadastrée section AO n° 145 est contigüe de la zone UD1 créée par la modification du plan local d'urbanisme telle qu'approuvée par une délibération du 8 juillet 2021 ; la parcelle litigieuse n'est pas spécialement boisée, ni grevée d'un espace boisé classé, ni classée en secteur protégé ;

- contrairement à ce qu'indique le préfet du Var, il n'existe pas de coupure d'urbanisation au nord de la parcelle d'implantation du projet ; au contraire, tous les terrains situés au nord de la parcelle cadastrée section AO n° 145 sont bâtis ; cette absence de coupure d'urbanisation apparaît également sur la vue d'insertion du projet dans son environnement ; les deux seules coupures d'urbanisation schématisées dans le plan local d'urbanisme de 2013, tout comme dans la version approuvée en 2021, sont situées à l'est de la commune de Saint-Tropez, et non à proximité du terrain d'assiette du projet ; le secteur d'implantation du projet figure d'ailleurs au sein de l'agglomération existante dans le Plan d'aménagement et de développement durable (PADD) du nouveau plan local d'urbanisme adopté le 8 juillet 2021 ; le projet ne conduira pas à une surdensification de la zone car la maison envisagée représente une surface de plancher de 319 mètres carrés sur deux niveaux ; le terrain restera végétalisé et 84 % de la superficie de la parcelle restera libre de toute artificialisation ; la parcelle litigieuse était située au nord-ouest de la vaste zone UE qui a fait l'objet d'une annulation par le tribunal administratif de Toulon le 1er février 2016 et elle se trouve en limite nord-ouest de la zone N8 créée par le plan local d'urbanisme modifié le 8 juillet 2021 ; dans le rapport de présentation du plan local d'urbanisme, le cap Saint-Pierre a été considéré comme figurant en continuité de l'agglomération, en passant par les quartiers de l'Estagnet et des Canebiers, dont fait partie le terrain d'assiette du projet ; l'actuel plan local d'urbanisme a relevé que le terrain du requérant se situe au sein de l'agglomération.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 novembre 2022, la commune de Saint-Tropez, représentée par Me Bernard-Chatelot, conclut au rejet de la requête et demande à ce qu'il soit mis à la charge du requérant une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 22 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 9 mai 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 octobre 2023 :

- le rapport de M. Bailleux ;

- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;

- et les observations de Me Duffaud, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a déposé une demande de permis de construire une maison d'habitation avec garage sur la parcelle cadastrée section AO n° 145, dont il est constant qu'elle est située dans une zone où s'applique le règlement national d'urbanisme, au moment où le maire s'est prononcé sur cette demande. Après avoir recueilli un avis défavorable conforme du préfet du Var en date du 14 janvier 2021 sur le projet, le maire de la commune de Saint-Tropez a refusé de délivrer le permis de construire sollicité par une décision du 16 février 2021. Dans la présente instance, le requérant demande l'annulation à la fois de la décision implicite du maire de la commune rejetant le recours gracieux du requérant effectué à l'encontre de la décision précitée du 16 février 2021 ainsi que l'annulation de ladite décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune ". Ces dispositions interdisent en principe les constructions implantées en dehors des parties actuellement urbanisées de la commune, c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors des cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune, il est tenu compte de sa proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune ainsi que du nombre et de la densité des constructions projetées.

3. En l'espèce, la parcelle cadastrée section AO n°145 sur laquelle M. B a demandé un permis de construire est située à environ 1,6 kilomètres du centre-bourg de la commune de Saint-Tropez. Ainsi que le soutient l'intéressé, sans être utilement contesté sur ce point, la parcelle en cause fait partie d'un compartiment délimité au nord par la route des Salins et au sud par les chemins du Pinet et du Capon, dans lequel sont recensés 75 bâtiments d'habitation, ainsi que 39 piscines. En outre, à proximité de ce secteur, se trouvent au nord de la route des Salins, 32 bâtiments supplémentaires. Le requérant poursuit en soutenant que les photographies prises en 2020 montrent que des constructions sont présentes sur les terrains situés à l'est et au nord de la parcelle litigieuse. Ainsi, le terrain contigu au nord supporte 3 maisons, le terrain situé à l'ouest comporte 2 maisons, et enfin le terrain à l'est est également bâti. Le requérant soutient encore que la parcelle est située à proximité d'un hôtel, d'une poissonnerie, d'une borne de recharge pour véhicules électriques et d'un restaurant.

4. Enfin, le requérant soutient que le PADD du plan local d'urbanisme adopté le 8 juillet 2021 fait apparaître une carte de synthèse dans laquelle le terrain d'assiette du projet apparaît au sein de l'agglomération existante de la commune de Saint-Tropez. En outre, dans ce même plan local d'urbanisme, il apparaît que 60 % de la parcelle cadastrée section AO n° 145 est contigüe avec la zone UD1. S'il n'est pas contesté que l'approbation de ce document est postérieure à la date à laquelle la décision litigieuse a été prise, cet élément peut être pris en compte car il reflète une situation, à savoir celle de l'état d'urbanisation des parcelles situées autour de la parcelle objet du terrain d'assiette du projet, qui existait déjà au moment de la décision attaquée.

5. Il ressort donc de l'ensemble des pièces du dossier que le requérant est fondé à soutenir que son terrain cadastré section AO n° 145 est situé au sein des parties urbanisées de la commune et donc que le préfet ne pouvait pas, sans entacher son avis d'erreur d'appréciation, se fonder sur la méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme pour formuler son avis défavorable. Ainsi, le motif de l'avis défavorable du préfet du Var du 14 janvier 2021, fondé sur la méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme, est illégal.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa version antérieure à la loi ELAN : " L'extension de l'urbanisation se réalise soit en continuité avec les agglomérations et villages existants, soit en hameaux nouveaux intégrés à l'environnement. ".

7. Ainsi que démontré précédemment, le terrain d'assiette est situé à l'intérieur d'une zone urbanisée de la commune de Saint-Tropez. En outre, contrairement à ce que fait valoir la commune de Saint-Tropez, il n'y a pas de coupure d'urbanisation entre le terrain d'assiette du projet et l'urbanisation de l'agglomération de la commune de Saint-Tropez.

8. Ensuite, ainsi que le soutient le requérant, sans être utilement contesté, le projet en litige, qui consiste à édifier une construction de 319 mètres carrés sur deux niveaux, ne conduira ainsi pas à une surdensification de la zone puisque le terrain restera végétalisé à plus de 84 %. Enfin, les parcelles situées autour de la parcelle litigieuse étant toutes bâties, le projet n'aura pas pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune.

9. Ainsi, il ressort des pièces du dossier que le requérant est également fondé à soutenir que le préfet du Var a entaché son avis défavorable d'une erreur d'appréciation en ce qui concerne le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.

10. Les deux motifs de l'avis défavorable conforme du préfet du Var ayant été censurés, il y a lieu d'accueillir le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cet avis défavorable conforme au soutien de la décision litigieuse. Ce moyen d'annulation conduira à l'annulation de la décision de refus de permis de construire du 16 février 2021 ainsi que de la décision implicite du maire de la commune de Saint-Tropez rejetant le recours gracieux du requérant.

11. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, l'autre moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée n'est pas fondé à conduire à l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 citées au point 2 demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle. L'autorisation d'occuper ou utiliser le sol délivrée dans ces conditions peut être contestée par les tiers sans qu'ils puissent se voir opposer les termes du jugement ou de l'arrêt.

13. Les deux motifs du préfet du Var, qui ont été repris par le maire de la commune de Saint-Tropez dans l'arrêté en litige ont été jugés illégaux. En outre, l'administration n'a pas fait valoir d'autre motif, au cours de l'instruction, qui aurait pu être substitué et justifier le refus de délivrance du permis de construire sollicité par M. B. Enfin, aucune circonstance ou situation de fait existant à la date du présent jugement ne fait obstacle à la délivrance du permis de construire sollicité par M. B dans la présente instance. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Tropez de délivrer le permis de construire sollicité par M. B, en application du règlement national d'urbanisme, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une quelconque astreinte.

Sur les conclusions formulées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saint-Tropez une somme de 2 000 euros à verser au requérant sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, les conclusions de la commune de Saint-Tropez, partie perdante dans la présente instance, formulées sur ce même fondement, doivent être rejetées.

DECIDE

Article 1er : La décision susvisée du maire de la commune de Saint-Tropez du 16 février 2021 refusant de délivrer un permis de construire à M. B est annulée.

Article 2 : La décision implicite de rejet du recours gracieux de M. B du 20 avril 2021 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au maire de la commune de Saint-Tropez de délivrer le permis de construire sollicité par M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 4 : La commune de Saint-Tropez versera une somme de 2 000 (deux mille) euros à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions de la commune de Saint-Tropez sur ce même fondement sont rejetées.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à M. A B et à la commune de Saint-Tropez.

Copie en sera adressée au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Doumergue, présidente,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé :

F. BAILLEUX

La présidente,

Signé :

M. DOUMERGUE La greffière,

Signé :

G. RICCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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