jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2102617 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | VARRON CHARRIER |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 21 octobre 2020, la présidente du tribunal administratif de Nice a, en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Toulon la requête enregistrée le 12 octobre 2020, présentée par Mme B C.
Par cette requête et deux mémoires enregistrés le 18 décembre 2023, Mme C, représentée par Me Varron-Charrier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler, d'une part, le titre de perception dont l'existence a été révélée par la lettre de relance du 18 juin 2020 de la direction départementale des finances publiques des Alpes-Maritimes et, d'autre part, la décision du 13 août 2020 par laquelle cette dernière a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé contre ce titre de perception ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer les sommes réclamées résultant de ce titre de perception ;
3°) d'enjoindre à l'Etat de procéder au remboursement des sommes qu'elle a déjà réglées, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il appartient à l'administration de démontrer que le bordereau concernant le titre exécutoire émis a bien été signé ;
- le titre de perception contesté ne mentionne pas les bases de liquidation de la créance, en méconnaissance des dispositions de l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le titre de perception contesté s'analyse en un retrait d'une décision accordant un avantage financier qui est créatrice de droits au profit de sa bénéficiaire ; ce retrait ne pouvait intervenir que dans un délai de quatre mois ; le titre de perception est donc dépourvu de base légale ;
- le rappel de la somme litigieuse est illégal car le demi-traitement versé au fonctionnaire ayant épuisé ses droits statutaires à congé de maladie jusqu'à l'intervention de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité d'office ou de mise à la retraite pour invalidité, reste acquis au fonctionnaire alors même que cette décision rétroagit à la date de fin de ses congés de maladie ;
- en l'absence de transmission du titre de perception litigieux, elle ignore à quoi correspondent les sommes réclamées et conteste donc la nature de la créance.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 décembre 2023, la rectrice de l'académie de Nice conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 ;
- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le décret n° 2011-1245 du 5 octobre 2011 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 mars 2024 :
- le rapport de M. Cros ;
- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C épouse A était enseignante du second degré au grade de professeure certifiée de classe normale. Alors qu'elle était placée en disponibilité d'office, le recteur de l'académie de Nice, par un arrêté du 6 mai 2019, l'a admise, à sa demande, à la retraite pour invalidité avec effet rétroactif à compter du 29 juin 2018, en raison de son incapacité définitive et absolue d'exercer ses fonctions. Par une lettre du 19 septembre 2019, le recteur de l'académie de Nice l'a informée de la mise en recouvrement prochaine d'une somme de 12 079,37 euros correspondant à un trop-perçu résultant de ce que son traitement lui a été payé à tort au titre de la période du 29 juin 2018 au 31 mai 2019 pendant laquelle elle a été rétroactivement placée en retraite pour invalidité. Afin de recouvrer cet indu de rémunération, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes a pris en charge un titre de perception émis le 20 septembre 2019 contre Mme C pour un montant de 12 079,37 euros correspondant au montant des demi-traitements qui lui avaient été versés entre la date d'effet de son admission à la retraite pour invalidité, le 29 juin 2018, et la fin du mois au cours duquel a été prise la décision prononçant cette admission à la retraite, le 31 mai 2019. A la suite de la réception d'une lettre de relance du 18 juin 2020, l'intéressée, qui soutient que ce titre de perception ne lui a jamais été notifié, a formé contre ce dernier, par un courrier du 16 juillet 2020, une contestation adressée au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conformément aux dispositions du premier alinéa de l'article 118 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique. Par une décision du 11 août 2020, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes a rejeté sa contestation. La requérante demande principalement l'annulation de cette décision et du titre de perception.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 27 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, dans sa rédaction applicable en l'espèce, issue de l'article 1er du décret du 5 octobre 2011 relatif à l'extension du bénéfice du maintien du demi-traitement à l'expiration des droits statutaires à congé de maladie, de longue maladie ou de longue durée des agents de la fonction publique de l'Etat, de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " Lorsque, à l'expiration de la première période de six mois consécutifs de congé de maladie, un fonctionnaire est inapte à reprendre son service, le comité médical est saisi pour avis de toute demande de prolongation de ce congé dans la limite des six mois restant à courir. / Lorsqu'un fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du comité médical : en cas d'avis défavorable, s'il ne bénéficie pas de la période de préparation au reclassement prévue par le décret n° 84-1051 du 30 novembre 1984 pris en application de l'article 63 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat en vue de faciliter le reclassement des fonctionnaires de l'Etat reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions, il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite ".
3. Il résulte de ces dispositions que lorsque l'agent a épuisé ses droits à un congé de maladie ordinaire, il appartient à la collectivité qui l'emploie, d'une part, de saisir le comité médical, qui doit se prononcer sur son éventuelle reprise de fonctions ou sur sa mise en disponibilité, son reclassement dans un autre emploi ou son admission à la retraite, et, d'autre part, de verser à l'agent un demi-traitement dans l'attente de la décision du comité médical. La circonstance que la décision prononçant la reprise d'activité, le reclassement, la mise en disponibilité ou l'admission à la retraite rétroagisse à la date de fin des congés de maladie n'a pas pour effet de retirer le caractère créateur de droits du maintien du demi-traitement prévu par cet article. Par suite, le demi-traitement versé au titre de cet article ne présente pas un caractère provisoire et reste acquis à l'agent alors même que celui-ci a, par la suite, été placé rétroactivement dans une position statutaire n'ouvrant pas par elle-même droit au versement d'un demi-traitement.
4. Il résulte de l'instruction que le titre de perception émis le 20 septembre 2019 à l'encontre de Mme C a pour objet de recouvrer le trop-perçu résultant du demi-traitement qui lui avait été versé au titre de la période du 29 juin 2018 au 31 mai 2019. Toutefois, en application des dispositions citées au point 2, ce demi-traitement, qui ne présentait pas un caractère provisoire, reste acquis à Mme C alors même que celle-ci a été rétroactivement admise à la retraite et ne conteste pas avoir perçu des arriérés de pension de retraite au titre de la même période. Par suite, le recteur de l'académie de Nice ne pouvait, sans méconnaître les dispositions précitées, demander à la requérante de reverser les sommes correspondant au demi-traitement ainsi perçu.
5. Il s'ensuit que le titre de perception émis le 20 septembre 2019 et la décision du 11 août 2020 doivent être annulés, sans qu'il soit nécessaire de se prononcer sur les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions à fin de décharge de la somme réclamée :
6. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre.
7. L'annulation prononcée par le présent jugement étant fondée sur un motif mettant en cause le bien-fondé du titre de perception émis le 20 septembre 2019, il y a lieu de décharger Mme C de la somme mise à sa charge par ce titre de perception.
Sur les conclusions à fin d'injonction de remboursement des sommes déjà réglées :
8. L'annulation par une décision juridictionnelle d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme ou de l'incompétence de son auteur n'implique pas nécessairement que les sommes perçues par l'administration sur le fondement du titre ainsi dépourvu de base légale soient immédiatement restituées à l'intéressé, dès lors qu'il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision. Lorsque tout ou partie de l'indu a été recouvré, il appartient au juge, s'il est saisi de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de rembourser la somme déjà recouvrée, de déterminer le délai dans lequel l'administration, en exécution de sa décision, doit procéder à ce remboursement, sauf à régulariser sa décision de récupération si celle-ci n'a été annulée que pour un vice de forme ou de procédure.
9. Il résulte des trois déclarations de recettes du 13 octobre 2022 que le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes a déclaré avoir reçu de Mme C, en règlement du titre de perception en litige, les sommes de 756 euros, 1 008 euros et 10 315,37 euros, soit une somme totale de 12 079,37 euros correspondant au montant de ce titre. Par suite, l'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement, compte tenu de son motif, d'enjoindre à l'Etat de procéder au remboursement de la somme de 12 079,37 euros à Mme C, dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Mme C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le titre de perception émis le 20 septembre 2019 à l'encontre de Mme C et la décision du 11 août 2020 par laquelle le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes a rejeté la contestation formée par cette dernière contre ce titre de perception, sont annulés.
Article 2 : Mme C est déchargée de la somme mise à sa charge par le titre de perception émis le 20 septembre 2019.
Article 3 : Il est enjoint à l'Etat de rembourser la somme de 12 079,37 euros à Mme C, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à Mme C une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C tendant au prononcé d'une astreinte est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse et au directeur départemental des finances publiques du Var.
Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Nice et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 11 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bernabeu, présidente,
M. Cros, premier conseiller,
M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.
Le rapporteur,
Signé
F. CROS
La présidente,
Signé
M. BERNABEU
La greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026