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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2102649

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2102649

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2102649
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantESCLAPEZ - SINELLE - PILLIARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 27 septembre 2021, 16 novembre 2021 et 19 septembre 2023, M. B et Mme D A, représentés par Me Pilliard, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2021 par lequel le maire de la commune du Pradet a, d'une part, retiré la décision du 7 mai 2021 s'opposant à la déclaration préalable déposée le 19 avril 2021 par M. E C pour la réalisation d'un balcon suspendu sur les parcelles cadastrées section BD n° 344 et 347, sises 624 chemin des Mouettes, 13 A lotissement Notre-Dame des Vignes au Pradet (83220) et, d'autre part, ne s'y est pas opposé ;

2°) de mettre à la charge de la commune du Pradet et de M. E C, solidairement, une somme de 4 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable dès lors qu'ils ont qualité et intérêt pour agir ;

- le dossier de déclaration préalable est insuffisant à l'aune de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions des articles R. 421-14 et R. 421-17 du code de l'urbanisme dès lors que la demande d'autorisation d'urbanisme ne porte pas sur l'ensemble des constructions irrégulières ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UD 6 du règlement du PLU de la commune du Pradet relatives à l'alignement des constructions par rapport aux voies privées ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UD 9 du règlement du PLU de la commune du Pradet relatives à l'emprise au sol ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UD 10 du règlement du PLU de la commune du Pradet relatives à la hauteur des constructions ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UD 11 du règlement du PLU de la commune du Pradet relatives à l'aspect extérieur des constructions ;

- il est entaché de fraude dès lors que le pétitionnaire a sciemment dissimulé l'existence des constructions irrégulières en limite est.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2022, la commune du Pradet, représentée par Me Gravé, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge des requérants la somme de 4 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle oppose une fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir et fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

La requête a été communiquée le 17 novembre 2021 à M. E C qui n'a pas produit de mémoire en défense ni versé de pièces à l'instance.

Par ordonnance du 27 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 17 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme de la commune du Pradet ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 mai 2024 :

- le rapport de Mme Le Gars ;

- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;

- et les observations de Me Martin représentant M. et Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 7 mai 2021, le maire du Pradet s'est opposé à la déclaration préalable formée par M. E C le 19 avril 2021 afin de régulariser la construction d'un balcon suspendu. Le 7 juin 2021, M. C a formé un recours gracieux. Par un arrêté du 28 juillet 2021, le maire du Pradet a retiré son arrêté du 7 mai 2021 et ne s'est pas opposé à la déclaration préalable. M. et Mme A demande l'annulation de l'arrêté du 28 juillet 2021.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'une autorisation d'occupation du sol de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance et à la localisation du projet de construction.

4. Les requérants sont propriétaires de la parcelle 288 et sont dès lors voisins immédiats à l'est du terrain d'assiette du projet. Il ressort des pièces du dossier, notamment du constat d'huissier établi le 13 avril 2021 ainsi que du reportage photographique versés par les requérants à l'instance, que le projet d'escalier extérieur offre, depuis le balcon situé à hauteur de l'égout du toit, une vue en surplomb, au-dessus du faîtage, sur la propriété des requérants et notamment sur l'intérieur de leur maison qui dispose d'ouvertures à l'ouest. Ainsi, la construction en litige est susceptible de porter atteinte aux conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de leur bien par les requérants. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune et tirée du défaut d'intérêt à agir des requérants est écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, d'une part, lorsqu'une construction a été édifiée sans autorisation en méconnaissance des prescriptions légales alors applicables, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble du bâtiment. De même, lorsqu'une construction a été édifiée sans respecter la déclaration préalable déposée ou le permis de construire obtenu ou a fait l'objet de transformations sans les autorisations d'urbanisme requises, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble des éléments de la construction qui ont eu ou auront pour effet de modifier le bâtiment tel qu'il avait été initialement approuvé. Il en va ainsi même dans le cas où les éléments de construction résultant de ces travaux ne prennent pas directement appui sur une partie de l'édifice réalisée sans autorisation. Dans l'hypothèse où l'autorité administrative est saisie d'une demande qui ne satisfait pas à cette exigence, elle doit inviter son auteur à présenter une demande portant sur l'ensemble des éléments devant être soumis à son autorisation. Cette invitation, qui a pour seul objet d'informer le pétitionnaire de la procédure à suivre s'il entend poursuivre son projet, n'a pas à précéder le refus que l'administration doit opposer à une demande portant sur les seuls nouveaux travaux envisagés.

6. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-14 du code de l'urbanisme : " Sont soumis à permis de construire les travaux suivants, exécutés sur des constructions existantes, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires : a) Les travaux ayant pour effet la création d'une surface de plancher ou d'une emprise au sol supérieure à vingt mètres carrés ; () ".

7. La commune fait valoir que les requérants n'apportent aucun commencement de preuve au soutien de leurs allégations. Cependant, d'une part, il ressort du procès-verbal d'huissier établi le 13 avril 2021 que l'annexe à l'est de la construction existait à la date de dépôt de la déclaration préalable. De plus, il ressort du plan de masse du projet joint à la déclaration préalable et annexé à l'arrêté en litige que cette annexe, qui n'a cependant pas été représentée sur le plan, a une superficie au moins supérieure à 20 mètres carrés ainsi qu'il résulte des mesures effectuées par une règle de trois. D'autre part, il n'est pas même allégué par la commune en défense, ni par le pétitionnaire qui n'a pas produit ni versé de pièce à l'instance, que cette construction a fait l'objet d'une autorisation d'urbanisme. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que le maire du Pradet devait inviter M. C à présenter une demande portant sur l'ensemble des éléments devant être soumis à son autorisation et ne pouvait, par suite, légalement retirer sa décision d'opposition à déclaration préalable en date du 7 mai 2021 et ne pas s'opposer à la déclaration préalable.

8. En second lieu, aux termes de l'article UD 11 du règlement du PLU de la commune du Pradet : " Les constructions, de par leur situation, leur dimension ou leur aspect extérieur ne doivent pas être de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants aux sites et aux paysages. () Parements extérieurs : () Dans le cas d'adjonction ou de constructions annexes, les matériaux employés doivent être de même type que l'existant. () ".

9. Il est constant que l'escalier et le balcon en litige sont en matériaux de type métallique et sont adjoints à la maison du pétitionnaire. Il est également constant que la maison existante est maçonnée avec des volets en bois. De plus, il ressort du constat d'huissier établi le 7 octobre 2021 que les propriétés alentours sont de type néoprovençal avec des façades en enduit maçonné vierges de tout ouvrage extérieur ou, le cas-échéant, réalisé en bois. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le maire du Pradet a fait une inexacte application des dispositions de l'article UD 11 précité en autorisant le projet en litige.

10. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens soulevés n'est de nature à entraîner l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur la portée du moyen d'annulation :

11. Lorsque l'autorité administrative, saisie dans les conditions mentionnées au point précédent d'une demande ne portant pas sur l'ensemble des éléments qui devaient lui être soumis, a illégalement accordé l'autorisation de construire qui lui était demandée au lieu de refuser de la délivrer et de se borner à inviter le pétitionnaire à présenter une nouvelle demande portant sur l'ensemble des éléments ayant modifié ou modifiant la construction par rapport à ce qui avait été initialement autorisé, cette illégalité ne peut être regardée comme un vice susceptible de faire l'objet d'une mesure de régularisation en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ou d'une annulation partielle en application de l'article L. 600-5 du même code.

12. Eu égard au premier motif d'annulation retenu, il n'y a pas lieu de faire usage des dispositions des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme. Par suite, M. et Mme A sont fondés à solliciter l'annulation totale de l'arrêté du 28 juillet 2021 par lequel le maire du Pradet a retiré sa décision du 7 mai 2021 et ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par M. C.

Sur les frais d'instance :

13. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de la commune du Pradet une somme de 1 500 euros et à la charge de M. C une somme de 1 500 euros au bénéfice des consorts A.

14. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que réclame la commune du Pradet au titre des frais liés au litige.

DECIDE

Article 1er : L'arrêté susvisé du maire du Pradet en date du 28 juillet 2021 est annulé.

Article 2 : La commune du Pradet et M. C verseront chacun la somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) à M. et Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions présentées par la commune du Pradet sur ce fondement sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et Mme D A, à la commune du Pradet et à M. E C.

Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé :

H. LE GARS

Le président,

Signé :

J.-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

G. RICCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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