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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2102659

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2102659

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2102659
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCAYOL-BINOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 septembre 2021 et 29 novembre 2022, Mme C B, représentée par Me Cayol-Binot, demande au tribunal : 1°) d'annuler la décision du 20 mai 2019 par laquelle le directeur adjoint des Hospices civils de Lyon a rejeté sa demande de versement de l'allocation temporaire d'invalidité ; 2°) d'enjoindre à cet établissement de faire droit à sa demande ; 3°) de mettre à la charge des Hospices civils de Lyon la somme de 2 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que : - la décision a été rendue sans avis préalable de la commission de réforme ni information de recours ; - la consolidation de son état de santé n'a été définitivement fixée que le 10 mai 2019. Par deux mémoires en défense, enregistrés les 4 avril et 9 décembre 2022, le directeur général des Hospices civils de Lyon, représenté par Me Walgenwitz, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il soutient : - à titre principal, que la requête est irrecevable, dès lors que le premier recours gracieux a été rejeté par une décision qui mentionnait les voies et délais de recours ; que le second recours gracieux du 27 mai 2021 n'a pas eu pour effet de proroger le délai de recours contentieux ; que le délai raisonnable pour contester la décision initiale expirait le 21 mai 2020 ; - à titre subsidiaire, que les moyens de la requête ne sont pas fondés. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le décret n° 2005-442 du 2 mai 2005 ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Hélayel, conseiller, - les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public, - les observations de Me Cayol-Binot, représentant Mme B, - les observations de Me Varron-Charrier, substituant Me Walgenwitz, représentant les Hospices civils de Lyon. Une note délibéré, présentée par les Hospices civils de Lyon, a été enregistrée le 18 mars 2024. Considérant ce qui suit : 1. Mme C B, née le 15 octobre 1956, est infirmière à l'hôpital Renée Sabran de Hyères. Le 21 décembre 2008, lors de la réalisation d'un acte de soins, elle a chuté sur son épaule et coude droits. Cette chute a été reconnue comme un accident de service. Le 2 mai 2019, Mme B a demandé au directeur adjoint de l'établissement le versement d'une allocation d'invalidité. Cette demande a été rejetée le 20 mai 2019. Le 6 juin 2019, Mme B a présenté un recours gracieux contre cette décision, qui a été rejeté le 20 juin 2019. L'intéressée a présenté un second recours gracieux par un courrier du 27 mai 2021, qui a été implicitement rejeté. Sur la fin de non-recevoir : 2. Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. " 3. La présentation, dans le délai imparti pour introduire un recours contentieux contre une décision administrative, d'un recours administratif, gracieux ou hiérarchique, contre cette décision a pour effet d'interrompre ce délai. Lorsque le recours administratif fait l'objet d'une décision explicite de rejet, un nouveau délai de recours commence à courir à compter de la date de notification de cette décision. 4. Il ressort des pièces du dossier que, le 6 juin 2019, Mme B a formé un recours gracieux à l'encontre de la décision du 20 mai 2019, lui refusant le versement d'une allocation temporaire d'invalidité. Ce recours gracieux a été rejeté par une décision du 20 juin 2019, laquelle mentionne la possibilité de saisir le tribunal administratif mais également, à tort, celle d'adresser un nouveau recours gracieux auprès de la directrice générale de l'établissement, circonstance de nature à induire en erreur sa destinataire. 5. D'une part, la preuve de la notification du rejet du recours gracieux de Mme B n'est pas rapportée en défense. D'autre part, le premier acte manifestant la connaissance de cette décision par Mme B est la saisine du tribunal administratif de Toulon le 7 avril 2021, afin de voir ordonner une expertise. Or, la requête a été enregistrée le 28 septembre 2021, soit avant l'expiration du délai raisonnable d'un an, courant à compter du 7 avril 2021. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée par le directeur général des Hospices civils de Lyon, tirée de la tardiveté de la requête, doit être écartée. Sur les conclusions à fin d'annulation : 6. Aux termes de l'article 3 du décret du 2 mai 2005, relatif à l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité aux fonctionnaires relevant de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière, dans sa rédaction applicable au présent litige : " La demande d'allocation doit, à peine de déchéance, être présentée dans le délai d'un an à compter du jour où le fonctionnaire a repris ses fonctions après la consolidation de la blessure ou de son état de santé. / Toutefois, lorsque le fonctionnaire n'a pas interrompu son activité ou lorsqu'il atteint la limite d'âge ou est radié des cadres avant de pouvoir reprendre ses fonctions, le droit à l'allocation peut lui être reconnu si la demande d'allocation est présentée dans l'année qui suit la date de constatation officielle de la consolidation de la blessure ou de son état de santé. / Cette date est fixée par la commission de réforme prévue à l'article 31 du décret du 26 décembre 2003 susvisé, lorsque l'accident ou la maladie donne lieu à l'attribution d'un congé au titre du régime statutaire de réparation des accidents du travail applicable à l'agent ou, à défaut, par un médecin assermenté. " 7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a bénéficié d'un arrêt de travail à compter du 22 décembre 2008 et jusqu'au 10 octobre 2010, avant d'être réintégrée dans ses fonctions, dans le cadre d'un temps partiel thérapeutique, à compter du 10 avril 2011 et jusqu'au 9 octobre 2011. Son activité ayant ainsi été interrompue, elle n'est pas fondée à se prévaloir du second alinéa des dispositions de l'article 3 du décret précité. 8. Toutefois, les certificats médicaux des 2 et 11 mars 2011, produits en défense, se bornent à émettre un avis favorable à la reprise d'activité de Mme B. Le procès-verbal de la commission de réforme du 12 mai 2021 ne fait pas davantage état de la date de consolidation de son état de santé. En outre, ce n'est que le 2 octobre 2018, à la remise du rapport du docteur A, qu'une date de consolidation a été fixée, en retenant le 10 avril 2011, date de reprise de l'activité de Mme B. Le rapport d'expertise déposé le 20 septembre 2021 par le médecin désigné par le juge des référés souligne à cet effet qu'aucun certificat final n'a été établi pour Mme B. Au demeurant, dans sa séance du 22 avril 2021, la commission de réforme a émis un avis favorable au versement rétroactif de l'allocation temporaire d'invalidité à la requérante. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, l'hôpital ne pouvait opposer de tardiveté à la demande d'allocation formulée par Mme B, au motif qu'elle devait être présentée dans un délai d'un an à compter du 10 avril 2011. Par suite, l'intéressée est fondée à soutenir que les dispositions de l'article 3 du décret du 2 mai 2005 ont été méconnues. 9. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que la décision du 20 mai 2019 doit être annulée. Sur les conclusions à fin d'injonction : 10. Aux termes de l'article 8 du décret du 2 mai 2005 : " L'allocation, concédée par le directeur général de la Caisse des dépôts et consignations au vu de la décision prévue au second alinéa de l'article 6, est versée dans les conditions prévues par le régime de retraite des agents affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales. " Aux termes de l'article 9 du même décret : " L'allocation temporaire d'invalidité est accordée pour une période de cinq ans. A l'expiration de cette période, les droits du fonctionnaire font l'objet d'un nouvel examen dans les conditions fixées à l'article 6 et l'allocation est soit attribuée sans limitation de durée, sous réserve des dispositions de l'alinéa suivant et des articles 10 et 11, sur la base du nouveau taux d'invalidité constaté, soit supprimée. () ". 11. Le présent jugement implique nécessairement que l'allocation temporaire d'invalidité soit rétroactivement versée à Mme B. Compte tenu des dispositions précitées, il y a lieu d'enjoindre au directeur général des Hospices civils de Lyon d'accorder à Mme B le versement de l'allocation temporaire d'invalidité pour une période de cinq années et de procéder à l'examen de ses droits actuels, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Sur les frais du litige : 12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les Hospices civiles de Lyon demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des Hospices civils de Lyon une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens. D É C I D E :Article 1er : La décision du 20 mai 2019 du directeur adjoint des Hospices civils de Lyon est annulée.Article 2 : Il est enjoint au directeur général des Hospices civils de Lyon d'accorder rétroactivement à Mme B l'allocation temporaire d'invalidité, pour une durée de cinq années et de procéder à un examen de ses droits actuels, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.Article 3 : Les Hospices civils de Lyon verseront à Mme B une somme de 1 500 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.Article 4 : Les conclusions présentées par les Hospices civils de Lyon au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au directeur général des Hospices civils de Lyon.Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :M. Philippe Harang, président, M. Zouhaïr Karbal, conseiller,M. David Hélayel, conseiller. Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024. Le rapporteur,SignéD. HELAYEL Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéF. POUPLY La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière,2N° 2102659

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