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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2102778

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2102778

vendredi 15 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2102778
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantVARRON CHARRIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 octobre 2021 et le 2 août 2023, Mme E B, représentée par Me Varron Charrier, doit être regardée comme demandant au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du directeur de la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL) du 11 août 2021 portant brevet de pension et décompte définitif de sa pension en tant qu'il prend effet rétroactivement, qu'il ne prend pas en compte le taux d'invalidité de 15 % relatif à ses troubles psychologiques et qu'il écarte la majoration pour tierce personne ;

2°) - à titre principal, d'enjoindre à la CNRACL de lui reconnaitre le bénéfice d'une rente viagère d'invalidité à hauteur de 33%, outre d'une majoration à tierce personne, de rectifier son brevet de pension et de lui régler les arrérages qui lui sont dus à titre rétroactif, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé le délai d'un mois courant à compter de la notification du jugement à intervenir ;

- subsidiairement, d'enjoindre à la CNRACL de réexaminer sa situation, de rectifier son brevet de pension et de lui régler les arrérages qui lui sont dus à titre rétroactif, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé le délai d'un mois courant à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la CNRACL une somme de 3 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

-la procédure devant la commission de réforme est irrégulière dès lors qu'un médecin spécialiste de la pathologie invoquée était bien nécessaire pour éclairer l'examen de son cas, ce qui l'a privée d'une garantie, en méconnaissance de l'article 1er de l'arrêté du

4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière, et des articles L. 31 et R. 49 du code des pensions civiles et militaires de retraite ;

-la décision attaquée est entachée d'une rétroactivité illégale dès lors que la date d'effet de son droit à pension est fixée au 17 septembre 2020, soit antérieurement à l'avis de la commission de réforme du 16 juin 2021 ;

-elle ne tient pas compte de son trouble psychologique dans le calcul du pourcentage de son taux d'invalidité, qui atteint 15% à ce titre, soit 33% en additionnant 10% pour l'épaule droite et 8% pour l'épaule gauche ;

-elle est entachée d'erreur d'appréciation en ce que la décision attaquée exclut la majoration pour tierce personne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2022, le directeur de la Caisse des dépôts et consignations, gestionnaire de la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- Mme B ne peut se prévaloir des dispositions du code des pensions civiles et militaires de retraite dès lors que ces dispositions ne s'appliquent pas à sa situation, sauf mention expresse de ces textes ;

- l'absence de médecin psychiatre n'entache pas d'irrégularité la décision retenue par la commission de réforme du 16 juin 2021 dès lors qu'une telle participation n'était pas nécessaire ;

- le moyen tiré de la rétroactivité illégale de la décision attaquée n'est pas fondé car la commission de réforme a été réunie à la demande de l'intéressée pour réévaluer les taux d'invalidité ; la commission de réforme ayant donné un avis favorable à la mise à la retraite pour invalidité de l'intéressée le 16 septembre 2020 ;

- le taux d'invalidité retenu ne tient pas compte du trouble psychologique de Mme B car sa demande ne comportait pas d'élément factuel établissant qu'il y avait un lien entre ses souffrances psychologiques et leur incidence directe et certaine sur l'inaptitude de l'intéressée ;

- la demande de majoration pour tierce personne formulée par Mme B est inopérante dans la mesure où elle peut réaliser tous les gestes de la vie quotidienne seule.

Par ordonnance du 18 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 19 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- le décret n°2003-1306 du 26 décembre 2003 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 23 février 2024 :

- le rapport de M. Sauton, président ;

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Varron-Charrier représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, adjointe technique principale de 2ème classe affectée au sein des services de la commune d'Ollioules, a été radiée des cadres et admise à la retraite pour invalidité à compter du 17 septembre 2020 par un arrêté du maire du 4 août 2021. Par une décision du 11 août 2021, la CNRACL a concédé à Mme B un brevet de pension de retraite pour invalidité. L'intéressée doit être regardée comme demandant au Tribunal d'annuler cette décision en tant qu'elle ne prend pas en compte le taux d'invalidité de 15 % relatif à ses troubles psychologiques, qu'elle écarte la majoration pour tierce personne et qu'elle prend effet rétroactivement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la composition de la commission de réforme du 16 juin 2021 :

2. Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière, la commission de réforme " comprend : 1. Deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, s'il y a lieu, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un médecin spécialiste qui participe aux débats mais ne prend pas part aux votes () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la commission de réforme, appelée à se prononcer sur l'imputabilité au service des troubles psychologiques dont souffre Mme B, s'est réunie le 16 juin 2021 et s'est prononcée sans la présence d'un expert psychiatre. Toutefois, il ressort du procès-verbal en date du 16 juin 2021 que la commission de réforme était composée de deux médecins généralistes et qu'elle disposait du rapport d'expertise du 13 avril 2021 du Docteur A, qui conclut à la prise en compte de ses troubles dysthymiques chroniques au titre de son taux d'incapacité permanente partielle de 15% comme Mme B le demande. Par suite, il n'y avait pas lieu de convoquer un médecin spécialiste et ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le taux d'invalidité :

4. Aux termes de l'article 36 du décret du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales : " Le fonctionnaire qui a été mis dans l'impossibilité permanente de continuer ses fonctions en raison d'infirmités résultant de blessures ou de maladies contractées ou aggravées, soit en service, () peut être mis à la retraite par anticipation soit sur sa demande, soit d'office, à l'expiration des délais prévus au troisième alinéa de l'article 30 et a droit à la pension rémunérant les services prévue au 2° de l'article 7 et au 2° du I de l'article L. 24 du code des pensions civiles et militaires de retraite() ". Aux termes de l'article 37 du même décret : " I.- Les fonctionnaires qui ont été mis à la retraite dans les conditions prévues à l'article 36 ci-dessus bénéficient d'une rente viagère d'invalidité cumulable, selon les modalités définies au troisième alinéa du I de l'article 34, avec la pension rémunérant les services prévus à l'article précédent./ Le bénéfice de cette rente viagère d'invalidité est attribuable si la radiation des cadres ou le décès en activité interviennent avant que le fonctionnaire ait atteint la limite d'âge sous réserve de l'application des articles 1er-1 à 1er-3 de la loi du 13 septembre 1984 susvisée et sont imputables à des blessures ou des maladies survenues dans l'exercice des fonctions ou à l'occasion de l'exercice des fonctions, ou résultant de l'une des autres circonstances énumérées à l'article 36 ci-dessus () ".

5. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

6. Il résulte des pièces du dossier que Mme B a été victime d'une tendinopathie de l'épaule gauche en 2014 et d'une tendinopathie de l'épaule droite en 2016, qui ont été reconnues imputables au service. Par un arrêté du 4 août 2021, Mme B a été admise à la retraite pour invalidité à compter du 17 septembre 2020. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser de tenir compte du trouble psychologique de Mme B dans sa rente d'invalidité, la CNRACL a considéré que la demande déposée par Mme B ne comportait pas d'élément factuel établissant qu'il y avait un lien direct et certain entre ses souffrances psychologiques et son inaptitude définitive et absolue à l'exercice de toutes fonctions. Toutefois, dans son rapport d'expertise médicale du 29 mars 2021, le Docteur C, expert psychiatre, énonce que " Nous retenons le lien entre cet état dépressif et les troubles algiques retenus en lien avec le service (MP57A) et évaluons l'IPP psychiatrique à 10% pour névrose dépressive ". Mme B produit également une contre-expertise médicale réalisée à la demande de la mairie d'Ollioules le 13 avril 2021, dans laquelle le Docteur A, médecin généraliste, estime que " les troubles dysthymiques chroniques de Mme B, en rapport sans conteste avec les deux précédents handicaps, justifient la prise en compte de ceux-ci au taux d'incapacité permanente partielle de 15% ". Dans ces conditions et alors qu'elle n'avait manifesté jusque-là aucun trouble d'ordre psychique et que la CNRACL ne verse pas au dossier d'éléments médicaux de nature à remettre en cause ces expertises, la pathologie dont s'agit de Mme B doit être regardée comme imputable au service. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision du 11 août 2021 est entachée d'une erreur dans l'appréciation de l'imputabilité au service de la pathologie psychique de Mme B est fondé.

7. Mme B fait également valoir que son taux d'invalidité doit être fixé à 33% dès lors que le taux d'invalidité de 15% relatif à ses troubles psychologiques doit être ajouté au pourcentage d'invalidité de 18% relatif à ses tendinopathies de l'épaule droite et de l'épaule gauche. Toutefois, comme il a été dit au point précédent, le trouble psychologique dont souffre Mme B résulte de l'aggravation de ses infirmités préexistantes. Ainsi, en application de la règle de la validité restante, dite règle de Balthazar, son taux d'invalidité totale est de 30,30 %.

En ce qui concerne la majoration pour tierce personne :

8. Aux termes de l'article 34 du décret n°2003-1306 du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la CNRACL : " () Si le fonctionnaire est dans l'obligation d'avoir recours d'une manière constante à l'assistance d'une tierce personne pour accomplir les actes ordinaires de la vie, il a droit à une majoration spéciale dont le montant est égal à la valeur de l'indice majoré 227 au 1er janvier 2004 revalorisé dans les conditions prévues à l'article L. 341-6 du code de la sécurité sociale (). ".

10. Il résulte de l'instruction que Mme B, qui a été placée en position de retraite pour invalidité à compter du 17 septembre 2020, a sollicité le bénéfice de la majoration pour tierce personne.

11. Il est constant que Mme B souffre d'une tendinopathie de l'épaule droite et de l'épaule gauche. Par un avis du 16 septembre 2020, la commission de réforme indique que l'intéressée a besoin d'une aide ponctuelle à certains moments de la journée. Cet avis est fondé sur une expertise médicale rendue le 13 juillet 2020 par le Docteur D, dans laquelle ce praticien indique que l'intéressée peut faire sa toilette seule, se vêtir seule, se dévêtir seule, manger et boire seule, marcher seule, utiliser un moyen de transport seule et conclut qu'une aide ponctuelle à certains moments de la journée est suffisante pour des travaux ménagers. Cette assistance concerne ainsi un nombre limité d'actes de la vie courante ne se répartissant pas tout au long de la journée. Ainsi, le rejet de sa demande de majoration spéciale par le directeur de la caisse des dépôts et consignations est fondé.

En ce qui concerne la date d'entrée en vigueur de la pension :

12. En raison des effets qui s'y attachent, l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l'annulation par voie de conséquence des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de l'acte annulé ou qui sont en l'espèce intervenues en raison de l'acte annulé. Il en va ainsi, notamment, des décisions qui ont été prises en application de l'acte annulé et de celles dont l'acte annulé constitue la base légale.

13. Il incombe au juge de l'excès de pouvoir, lorsqu'il est saisi de conclusions recevables dirigées contre de telles décisions consécutives, de prononcer leur annulation par voie de conséquence, le cas échéant en relevant d'office un tel moyen qui découle de l'autorité absolue de chose jugée qui s'attache à l'annulation du premier acte.

14. Par un jugement n°2102688 en date du 15 mars 2024, le tribunal administratif de Toulon a annulé l'arrêté du 4 août 2021 par lequel le maire de la commune d'Ollioules a admis Mme B à la retraite pour invalidité à compter du 17 septembre 2020 en tant qu'il prend effet rétroactivement, à une date antérieure à l'épuisement de ses droits à congés maladie, et a enjoint au maire de la commune d'Ollioules de procéder au réexamen de la situation de Mme B dans un délai de trois mois à compter de la notification de ce jugement.

15. Il en résulte que la décision du 11 août 2021, par laquelle le directeur de la CNRACL a concédé à Mme B un brevet de pension de retraite pour invalidité, n'aurait pu légalement être prise en l'absence de l'effet rétroactif, au 17 septembre 2020, donné à la décision de mise à la retraite du 4 août 2021. Ainsi, l'annulation pour excès de pouvoir de la décision du 4 août 2021 en tant qu'elle rétroagit, doit entraîner celle, par voie de conséquence, du brevet de pension du 11 août 2021 en tant qu'il prend effet antérieurement à la radiation des cadres pour invalidité de Mme B.

16. Il résulte de tout ce qu'il précède que le brevet de pension délivré à Mme B doit être annulé en tant que celui-ci, d'une part, ne tient pas compte de son taux d'invalidité relatif à ses troubles psychologiques dans le versement de la rente viagère d'invalidité, d'autre part, fixe le taux d'invalidité de Mme B à 18% et, enfin, prend effet antérieurement à la radiation des cadres pour invalidité de Mme B.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

17. Le présent jugement implique nécessairement que le directeur de la caisse des dépôts et consignations procède au réexamen de la situation de Mme B, dans un délai de trois mois à compter de la décision à intervenir de la commune d'Ollioules.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

18. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ".

19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la CNRACL une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du directeur de la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales du 11 août 2021 portant brevet de pension et décompte définitif de la pension de Mme B est annulée en tant qu'elle ne tient pas compte de son taux d'invalidité relatif à ses troubles psychologiques dans le versement de la rente viagère d'invalidité et qu'elle prend effet antérieurement à la radiation des cadres pour invalidité.

Article 2 : Il est enjoint au directeur de la CNRACL de procéder au réexamen de la situation de Mme B dans un délai de trois mois à compter de la décision à intervenir de la commune d'Ollioules.

Article 3 : La CNRACL versera à Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B et à la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales.

Copie en sera transmise pour information à la commune d'Ollioules.

Délibéré après l'audience du 23 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2024.

Le président- rapporteur,

Signé

JF. SAUTON

L'assesseur le plus ancien,

Signé

B. QUAGLIERINI

La greffière,

Signé

B. BALLESTRACCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

N°2102778

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