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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2102855

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2102855

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2102855
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantMAUDUIT LOPASSO GOIRAND ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 octobre 2021 et 22 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Lopasso, doit être regardé comme demandant au tribunal : 1°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 208 305,94 euros ainsi que les intérêts au taux légal à compter du 1er juillet 2021 et la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis, en raison de l'absence de versement de l'indemnité différentielle tenant compte d'une prime de rendement de 32%, depuis le 8 septembre 1985 ; 2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il soutient que : - l'administration a commis une illégalité fautive, dès lors que l'indemnité qui lui a été versée a tenu compte d'une prime de rendement au taux moyen de 16%, en méconnaissance de l'article 1 du décret du 23 novembre 1962 ; - cette sous-évaluation lui a causé un préjudice financier évalué à hauteur de 143 305,94 euros ; - il peut prétendre à une indemnité de 60 000 euros, au titre des troubles dans ses conditions d'existence ; - il a subi un préjudice moral qui peut être évalué à hauteur de 5 000 euros. Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête. Il soutient que : - la créance de M. B est prescrite pour la période comprise entre 1985 et 2016 ; - le préjudice financier a été entièrement réparé ; - le lien de causalité entre la faute reprochée à l'administration, de même que la réalité et l'étendue des préjudices ne sont pas établis. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ; - le décret n° 62-1389 du 23 novembre 1962 ; - le décret n° 89-753 du 18 octobre 1989 ; - la décision n° 38846/MA/DPC/CRG du 13 juin 1968 du ministre des armées ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Hélayel, conseiller, - les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public, - les observations de Me Disperati, représentant M. B. Considérant ce qui suit : 1. M. A B a été affecté au sein de l'Etablissement du service d'infrastructure de la défense (ESID) de Toulon à compter du 8 septembre 1985 et appartenait au corps des techniciens supérieurs d'études et de fabrications (TSEF), depuis le 1er novembre 1989. Estimant que sa rémunération avait retenu une prime de rendement erronée, il a, par un courrier du 24 juin 2021, demandé à la ministre des armées de procéder à la régularisation de sa carrière et de lui verser une somme de 208 305,94 euros, afin de réparer, notamment, son préjudice financier. Le silence gardé par son employeur a fait naître une décision implicite de rejet de sa demande. Sur les conclusions indemnitaires : En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat : 2. Aux termes de l'article 1er du décret du 23 novembre 1962 relatif à l'octroi d'une indemnité différentielle à certains techniciens d'études et de fabrications du ministère des armées : " Les techniciens d'études et de fabrications relevant du ministère des armées provenant du personnel ouvrier ou du personnel contractuel régi par le décret du 3 octobre 1949 perçoivent, le cas échéant, une indemnité différentielle ; cette indemnité est égale à la différence entre, d'une part, le salaire maximum de la profession ouvrière à laquelle appartenaient les anciens ouvriers ou le salaire réellement perçu par les anciens contractuels à la date de leur nomination et, d'autre part, la rémunération qui leur est allouée en qualité de fonctionnaire. () ". Aux termes de l'article 6 du décret du 18 octobre 1989 portant attribution d'une indemnité compensatrice à certains techniciens supérieurs d'études et de fabrications du ministère de la défense : " Les dispositions du décret n° 62-1389 du 23 novembre 1962 demeurent applicables : 1° Aux techniciens supérieurs d'études et de fabrications nommés au titre de l'article 15 du décret susvisé qui bénéficiaient de ces dispositions antérieurement à leur nomination dans un corps de techniciens supérieurs d'études et de fabrications ; 2° Aux techniciens supérieurs d'études et de fabrications qui, antérieurement à leur nomination, avaient été admis dans les écoles techniques normales de la délégation générale pour l'armement à la suite des concours d'accès à ces écoles organisés au titre des années 1987 et 1988 ". Aux termes de la décision du 13 juin 1968 relative au taux de la prime de rendement attribuée aux ouvriers du ministère des armées : " A compter du 1er avril 1968, les primes de rendement allouées aux ouvriers et aux techniciens à statut ouvrier des armées varient de 0 à 32 % du salaire du 1er échelon du groupe professionnel auquel ils appartiennent. La moyenne des primes ainsi accordées ne peut dépasser 16 % du salaire minimum de chaque groupe () ". 3. Il résulte de ces dispositions que la rémunération des techniciens d'études et de fabrications relevant du ministère des armées comprend une prime de rendement. Si le taux moyen de cette prime de rendement ne peut dépasser 16% du salaire minimum de chaque groupe, la prime que peut percevoir un ouvrier est de 32 %. 4. En l'espèce, il est constant que l'indemnité différentielle que M. B a perçue entre le 8 septembre 1985 et le mois de janvier 2019 a été calculée sur la base d'une prime de rendement d'un taux de 16 % et non de 32 %. Ce faisant, l'administration a commis une erreur dans la détermination de la prime, de nature à engager la responsabilité de l'Etat. En ce qui concerne l'exception de prescription : 5. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis () ". Aux termes de l'article 3 de la même loi : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement ". 6. Lorsqu'un litige oppose un agent public à son administration sur le montant des rémunérations auxquelles il a droit, le fait générateur de la créance se trouve en principe dans les services accomplis par l'intéressé. Dans ce cas, le délai de prescription de la créance relative à ces services court, sous réserve des cas prévus à l'article 3 de la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968, à compter du 1er janvier de l'année suivant celle au titre de laquelle ils auraient dû être rémunérés. 7. Le fait générateur des créances dont M. B se prévaut à compter du 8 septembre 1985 est constitué par le service fait au cours de cette période. En application des dispositions précitées de la loi du 31 décembre 1968, les délais de prescription des créances nées entre le 8 septembre 1985 et le 31 décembre 2014 étaient expirés le 24 juin 2021, date à laquelle M. B a demandé la révision de son indemnité différentielle. 8. En outre, la détermination du montant de la créance de M. B résulte de l'application directe des textes cités au point 2, lesquels ont été régulièrement publiés. Il était ainsi loisible au requérant de demander la revalorisation de l'indemnité différentielle qu'il percevait, et le cas échéant de contester la décision de l'administration. La circonstance que l'autorité administrative a elle-même commis une erreur dans la liquidation du montant de l'indemnité en litige est, à cet égard, sans incidence. Par suite, M. B ne peut être regardé comme ayant légitimement ignoré l'existence de sa créance, au sens des dispositions précitées de l'article 3 de la loi du 31 décembre 1968. 9. Il résulte de tout ce qui précède que le ministre des armées est fondé à opposer à M. B l'exception de prescription quadriennale, pour les créances nées jusqu'au 31 décembre 2014. En ce qui concerne le préjudice financier : 10. Il résulte de l'instruction que le ministre des armées a procédé à la régularisation de la carrière de M. B en ce qui concerne la période postérieure au 31 décembre 2014, ainsi qu'il ressort du bulletin de paie de l'intéressé du mois de juin 2019. Ainsi, il n'y a pas lieu d'indemniser ce chef de préjudice allégué. En ce qui concerne les troubles dans les conditions d'existence : 11. M. B ne produit aucun élément de nature à établir la réalité des préjudices dont il se prévaut. A les supposer établis, le lien de cause à effet entre l'erreur commise par l'administration et sa situation personnelle, n'est pas avéré. En ce qui concerne le préjudice moral : 12. Le caractère certain du préjudice moral allégué par M. B n'est pas davantage établi. Sa demande doit également être rejetée sur ce point. 13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par M. B doivent être rejetées. Sur les frais du litige : 14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. D É C I D E :Article 1er : La requête de M. B est rejetée.Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées. Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :M. Harang, président, M. Karbal, conseiller,M. Hélayel, conseiller. Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024. Le rapporteur,SignéD. HELAYEL Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéF. POUPLY La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière,2N° 2102855

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