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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2103105

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2103105

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2103105
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantVARRON CHARRIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 novembre 2021, Mme A Lacalmette, représentée par Me Varron-Charrier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'avis des sommes à payer émis le 21 octobre 2021 par le centre hospitalier (CH) de la Dracénie d'un montant de 1 158,77 euros concernant un trop-perçu de traitement au titre du mois d'octobre 2021 ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;

3°) de mettre à la charge du CH de la Dracénie la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'avis des sommes à payer est irrégulier dès lors qu'il n'est pas signé ;

- il ne comporte pas les bases de liquidation de la créance ;

- le centre hospitalier n'est pas fondé à demander le remboursement d'un trop-perçu de traitement au titre du mois d'octobre 2021 en raison de l'illégalité de la décision du 20 septembre 2021 par laquelle il l'a suspendue de ses fonctions sans rémunération à compter du 15 septembre 2021.

La requête a été communiquée au CH de la Dracénie le 9 décembre 2021, qui n'a pas produit de mémoire en défense malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 16 février 2023 et notifiée le 27 février suivant, sur le fondement des articles R. 612-3 et R. 612-6 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Montalieu, rapporteure,

- et les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme Lacalmette, secrétaire médicale contractuelle employée par le centre hospitalier de la Dracénie (Draguignan) depuis le 1er mars 2018, a été suspendue de ses fonctions sans rémunération à compter du 15 septembre 2021 jusqu'à la présentation des justificatifs requis pour l'exercice de ses fonctions. Par un titre exécutoire émis le 21 octobre 2021, le CH de la Dracénie a mis à sa charge la somme de 1 158,77 euros en raison d'un trop-perçu de rémunération au titre du mois d'octobre 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :

2. D'une part, aux termes de l'article 10 du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " L'agent contractuel en activité bénéficie, sur présentation d'un certificat médical, de congés de maladie pendant une période de douze mois consécutifs ou, en cas de service discontinu, au cours d'une période comprenant trois cents jours de services effectifs, dans les limites suivantes : / 1° Après quatre mois de services, un mois à plein traitement et un mois à demi-traitement ; / 2° Après deux ans de services, deux mois à plein traitement et deux mois à demi-traitement ; / 3° Après trois ans de services, trois mois à plein traitement et trois mois à demi-traitement ".

3. D'autre part, aux termes du I de l'article 12 de la loi du 5 août 2021, relative à la gestion de la crise sanitaire : " Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () ". En vertu du premier alinéa du B du I de l'article 14 de la même loi, à compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté le certificat de statut vaccinal ou le certificat de rétablissement mentionnés au I de l'article 13, un certificat médical de contre-indication ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. Aux termes du III de cet article 14 : " Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit. / () ".

4. Il résulte de ces dispositions que si le directeur d'un établissement de santé public peut légalement prendre une mesure de suspension à l'égard d'un agent qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale contre la covid-19 alors que cet agent est déjà en congé de maladie, cette mesure et la suspension de traitement qui lui est associée ne peuvent toutefois entrer en vigueur qu'à compter de la date à laquelle prend fin le congé de maladie de l'agent en question.

5. Il est constant que le titre exécutoire en litige a été pris par le CH de la Dracénie afin d'obtenir le remboursement d'un trop-perçu de rémunération versée à Mme Lacalmette au titre du mois d'octobre 2021, au motif qu'elle était suspendue de ses fonctions.

6. Il résulte de l'instruction que la requérante a été placée en arrêt maladie du 11 septembre 2021 au 20 novembre 2021, de sorte que l'entrée en vigueur de la décision de suspension du 20 septembre 2021 ne pouvait être antérieure au terme du congé de maladie dont elle devait bénéficier de plein droit. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme Lacalmette est fondée à demander l'annulation de l'avis des sommes à payer du 21 octobre 2021 et la décharge de la somme de 1 158,77 euros.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de la Dracénie une somme de 1 500 euros à verser à Mme Lacalmette sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'avis des sommes à payer émis le 21 octobre 2021 est annulé.

Article 2 : Mme Lacalmette est déchargée de l'obligation de payer la somme 1 158,77 euros au centre hospitalier de la Dracénie.

Article 3 : Le centre hospitalier de la Dracénie versera à Mme Lacalmette une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A Lacalmette et au centre hospitalier de la Dracénie.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

Mme Mathilde Montalieu, conseillère,

M. David Hélayel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

M. MONTALIEU

Le président,

Signé

Ph. HARANG

La greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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