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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2103187

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2103187

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2103187
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCUNIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 novembre 2021, la SCI Les Chevaux de France, représentée par Me Cunin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2021-2597 du 7 octobre 2021 par lequel le maire de la commune de Fréjus a - au nom de l'Etat - interrompu les travaux réalisés sur la parcelle cadastrée section BS n° 45 sise sur la route départementale n° 7 à Saint Aygulf (83370) ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Fréjus une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'il n'a pas été précédé d'une procédure contradictoire ;

- il est fondé sur un procès-verbal établi le 31 août 2021 qui ne lui a jamais été notifié ni communiqué ;

- il est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il n'est pas établi que les travaux de terrassement réalisés sont destinés à l'installation de caravanes ou d'habitations.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.

Par un mémoire enregistré le 19 mai 2022, la commune de Fréjus, représentée par Me Fürstenheim, présente des observations et demande que soit mise à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ordonnance du 27 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 17 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 avril 2024 :

- le rapport de Mme Le Gars ;

- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;

- et les observations de Mme A, représentant le préfet du Var.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Les Chevaux de France est propriétaire de la parcelle cadastrée section BS n° 45 située au lieu-dit Les Grands Châteaux de Villepey à Fréjus. Le 31 août 2021, un agent assermenté de la commune de Fréjus a dressé un procès-verbal d'infraction pour la réalisation de travaux sur cette parcelle. Par un arrêté du 7 octobre 2021, le maire de Fréjus a interrompu la réalisation de ces travaux. La SCI Les Chevaux de France demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'interruption des travaux prévue par l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme est au nombre des mesures de police qui, conformément à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, ne peuvent intervenir qu'après que son destinataire a été mis à même de présenter ses observations, sauf en cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles. Cette situation d'urgence s'apprécie tant au regard des conséquences dommageables des travaux litigieux que de la brièveté d'exécution de ces travaux.

3. Il ne résulte pas de l'arrêté litigieux ni ne ressort des pièces du dossier que le préfet du Var a préalablement invité la SCI Les Chevaux de France à présenter des observations. Toutefois, il est constant que les travaux de terrassement, d'exhaussement, de clôture et de viabilisation des trois lots créés avec le raccordement aux réseaux d'eau et d'électricité et l'installation d'un système d'assainissement autonome, constatés dans le procès-verbal établi le 31 août 2021, ont été réalisés sans autorisation d'urbanisme. En outre, il ressort des pièces du dossier, ainsi que le préfet du Var le fait valoir dans ses écritures, que le terrain est situé dans une zone d'aléa fort à très fort par le plan de prévention du risque naturel inondation de la commune de Fréjus, tel qu'approuvé par l'arrêté préfectoral du 26 décembre 2014. Enfin, il est constant que l'intéressée est également propriétaire du terrain mitoyen sur lequel sont installées des caravanes et installations légères d'habitat ainsi qu'il est dit au point 5 du présent jugement. A cet égard, il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport de constat établi le 17 novembre 2021, que cinq résidences mobiles de loisirs ont été installées sur le terrain, raccordées aux réseaux et sont habitées. Ainsi, compte-tenu, d'une part, de la brièveté des travaux de terrassement et de viabilisation des terrains, d'autre part, du risque généré par l'installation d'habitation à titre permanent sur un terrain fortement concerné par un risque de crue, le préfet est fondé à soutenir que le maire de Fréjus était dispensé de mettre en œuvre une procédure contradictoire préalable. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure.

4. En deuxième lieu, si, la requérante soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure dès lors que le procès-verbal établi le 31 août 2021 qui fonde l'arrêté ne lui a pas été communiqué, cette obligation ne ressort d'aucune disposition applicable au litige et la requérante n'apporte pas de fondement juridique à ses prétentions qui permet d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen est écarté comme insuffisamment précis.

5. En dernier lieu, la requérante soutient que l'arrêté est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il n'est pas établi avec certitude que les travaux de terrassement sont destinés à l'accueil de caravane ou d'installations légères. Cependant, d'une part, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée est également propriétaire de la parcelle limitrophe cadastrée section BR n° 42, sise sur la commune de Roquebrune-sur-Argens, qui a également fait l'objet d'un arrêté interruptif le 23 septembre 2021 pour des travaux d'exhaussement et de réalisation d'une construction soumise à déclaration préalable. D'autre part, il ressort des rapports de constat établis les 17 novembre et 13 décembre 2021 par un agent de la commune de Fréjus, certes postérieurs à l'arrêté mais révélant une situation de fait antérieure, que cinq résidences mobiles et de loisirs ont été installées sur le terrain en litige, raccordées aux réseaux et sont habitées. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la SCI Les Chevaux de France n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 7 octobre 2021 du maire de Fréjus.

Sur les frais d'instance :

7. D'une part, il résulte des dispositions de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme que les décisions d'interruption de travaux prises par le maire de la commune le sont au nom de l'État. Par suite, les conclusions de la requérante, qui tendent à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Fréjus au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont mal dirigées et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées. Au surplus, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la SCI Les Chevaux de France la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

8. D'autre part, dès lors que le maire agit au nom de l'Etat lorsqu'il prend un arrêté d'interruption de travaux et alors même que la commune de Fréjus a été invitée par le tribunal à présenter des observations, cette dernière n'est pas partie à la présente instance au sens de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, ces dispositions font obstacle à la condamnation de la SCI Les Chevaux de France à lui verser la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

DECIDE

Article 1er : La requête de la SCI Les Chevaux de France est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Fréjus présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Les Chevaux de France, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la commune de Fréjus.

Copie en sera adressée au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 23 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

La rapporteure,

Signé :

H. LE GARS

Le président,

Signé :

J.-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

G. RICCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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