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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2103276

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2103276

vendredi 1 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2103276
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre - Juge Unique
Avocat requérantPARIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 décembre 2021, Mme B A, représentée par Me Paris, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 octobre 2021 par laquelle la commission départementale de médiation du Var a rejeté sa demande présentée en application des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, tendant à être reconnue comme prioritaire et devant être logée d'urgence dans un logement social ;

2°) d'enjoindre à la commission départementale de médiation du Var de la reconnaître comme prioritaire et devant être relogée d'urgence dans un logement situé au rez-de-chaussée ou au premier étage avec ascenseur pour personnes à mobilité réduite (PMR) dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Paris au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il est soutenu que :

- par jugement n°2000870 du 23 septembre 2021, le Tribunal administratif de Toulon a enjoint à la commission de médiation DALO du Var de reconnaître Mme A prioritaire et devant être relogée d'urgence dans un logement situé au rez-de-chaussée ou au 1er étage avec ascenseur PMR ; par une nouvelle décision du 7 octobre 2021, la commission de médiation a toutefois rejeté à nouveau la demande de relogement dont elle était saisie en considérant que le 5 août 2021 un logement social situé en rez-de-chaussée, adapté à la composition familiale, avait été attribué à Mme A, situé " les Coquelicots ", 65 rue de la Chaulaine à La Seyne-sur-Mer, et que l'Etat devait être réputé avoir rempli ses obligations de relogement ;

- ayant emménagé le 16 août 2021 dans son nouveau logement et organisé le déménagement de son lit médicalisé, elle a constaté la présence de rats dans ce logement ainsi que dans l'immeuble ; ses voisins l'ont avertie que les rats pénétraient par les fenêtres mais atteinte d'une pathologie respiratoire, elle ne pouvait rester plus longtemps dans un appartement sans pouvoir l'aérer et laisser les fenêtres ouvertes ; de plus, le chauffe-eau ne fonctionnait pas et il y avait des fuites d'eau sous lavabo ; elle a été contrainte de quitter les lieux après y avoir passé seulement deux nuits étant donné la présence de nuisibles et l'absence d'eau chaude dans l'appartement ; son ancien bailleur prenant connaissance de la détresse de sa situation a bien voulu la réintégrer dans son ancien logement ; elle a écrit plusieurs courriers recommandés dès le 19 août 2021 au président de Toulon habitat Méditerranée, le bailleur de l'appartement, ainsi qu'au préfet du var le 23 septembre 2021, afin de leur expliquer sa situation ; elle occupe actuellement un logement à l'étage sans ascenseur et ne peut monter l'escalier, elle est handicapée et bénéficie d'une carte d'invalidité et " mobilité inclusion " comme cela a été reconnu par jugement du Tribunal administratif de Toulon du 23 septembre 2021.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 janvier 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la commission de médiation a constaté que Mme A a bénéficié, en juin 2021, d'une proposition de Toulon Habitat Méditerranée pour un T2 de 52 m² au rez-de-chaussée dans la résidence " Les Coquelicots ", entrée 3, sur la commune de La Seyne-sur-Mer, qui a été suivie d'une attribution et de la signature d'un bail de location le 5 août 2021 ; si l'intéressée n'a pas souhaité demeurer dans ce logement en raison de la présence de rats, de l'absence d'eau chaude et de fuites d'eau sous le lavabo, ces désordres n'ont pas fait l'objet de réserves de sa part lors de la visite du 30 juillet 2021 et Mme A n'apporte aucun commencement de preuve de ces désordres ;

- au jour de la séance de la commission de médiation, Mme A ne possédait plus de numéro unique de demandeur de logement social et ne disposait plus d'une demande de logement en cours de validité, sachant que la demande de logement social est une démarche préalable obligatoire.

Vu :

- le jugement n° 2000870 du 23 septembre 2021 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Riffard en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 4 juillet 2023, le rapport de M. Riffard.

La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience publique, conformément à l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement n° 2000870 du 23 septembre 2021, devenu définitif, le Tribunal administratif de Toulon a annulé pour erreur manifeste d'appréciation la décision du 10 janvier 2020 par laquelle la commission de médiation du Var avait rejeté la demande de Mme A présentée le 12 novembre 2019 en application des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, afin d'être reconnue comme prioritaire et devant être logée d'urgence dans un logement social. Afin d'assurer l'exécution de son jugement, le Tribunal a enjoint à la commission de médiation du Var de reconnaître la demande de Mme A comme prioritaire et urgente et de reloger l'intéressée dans un logement situé au rez-de-chaussée ou au 1er étage avec ascenseur pour PMR, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement. Dans sa séance du 7 octobre 2021, la commission de médiation du Var a réexaminé la demande de Mme A et a pris une nouvelle décision défavorable au motif que l'Etat avait rempli ses obligations de relogement dès lors que le 9 août 2021 un logement social adapté aux besoins et capacités de l'intéressée lui avait été attribuée. Mme A demande principalement au Tribunal d'annuler la décision du 7 octobre 2021.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable () dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 (). ". Aux termes de l'article L. 441-2-3 du même code dans sa rédaction alors applicable : " () / II. - La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. () ". Selon l'article R. 441-14-1 de ce code : " () Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : () -être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus ".

3. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaitre le caractère prioritaire et urgent de sa demande. Toutefois, la commission de médiation peut, alors même que l'intéressé remplirait les critères d'éligibilité énoncés par l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation, refuser de reconnaître sa demande comme prioritaire et urgente en tenant compte des circonstances de l'espèce qui sont de nature à mettre en doute ce caractère prioritaire et urgent. Notamment, la commission peut tenir compte, dans son appréciation, du fait que l'intéressé a, récemment et sans motif légitime, refusé une précédente offre de logement qui lui était faite.

4. Par ailleurs, si l'annulation par le juge d'une décision par laquelle l'autorité administrative a refusé de faire droit à une demande oblige l'administration à statuer à nouveau sur la demande dont elle demeure saisie dans le respect de l'autorité de la chose jugée, l'étendue des obligations pesant sur elle est fonction de la nature du motif de l'annulation prononcée, et dépend en outre, lorsque sa décision n'est pas destinée à combler pour le passé un vide juridique, d'un éventuel changement dans les circonstances de droit et de fait qui serait survenu entre la date d'intervention de la décision initiale qui a été annulée et la date à laquelle l'administration est appelée à prendre une nouvelle décision. L'autorité absolue de chose jugée qui s'attache à l'annulation d'une décision administrative pour excès de pouvoir s'étend au dispositif du jugement devenu définitif, ainsi qu'au motif qui en est le soutien nécessaire.

5. Il ressort des pièces du dossier qu'une proposition de logement de type 2 d'une superficie de 52 m² situé en rez-de-chaussée d'un immeuble sis au 65 rue de Chaulane à La Seyne-sur-Mer a été acceptée par Mme A qui, après avoir notifié le 29 juillet 2021 par lettre recommandée le congé de son ancien appartement, a signé le contrat de location le 5 août 2021 puis a organisé le 16 août 2021 le déménagement de son lit médicalisé. C'est sur le fondement de ces nouveaux éléments que la commission départementale de médiation du Var a refusé de reconnaître la demande de Mme A comme prioritaire et urgente au titre du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction. Si la requérante soutient qu'elle a été contrainte de quitter son nouveau logement dès le 18 août 2021 en raison de la présence de rongeurs aux abords, d'une fuite d'eau sous le lavabo et de l'absence d'eau chaude, elle n'apporte aucun commencement de preuve à l'appui de ses allégations et elle n'a émis aucune réserve auprès du gestionnaire de l'immeuble lors de la visite des lieux effectuée le 30 juillet 2021 ni lors de la signature du bail. En outre, ces désagréments auraient pu être aisément solutionnés par le gestionnaire et ne remettaient pas en cause le caractère adapté du logement aux besoins et capacités de Mme A. Enfin, ces faits qui n'avaient pas été portés à la connaissance du Tribunal lorsqu'il a statué le 23 septembre 2021 bien qu'ils fussent antérieurs au jugement, peuvent être pris en compte pour caractériser un changement dans les circonstances de fait depuis l'intervention de la décision initiale qui a fait l'objet de l'annulation contentieuse. Par suite, la commission départementale de médiation du Var a pu, en présence d'une modification dans les circonstances de fait propres à l'espèce, sans violer l'autorité de chose jugée, refuser de reconnaître la demande de Mme A comme prioritaire et urgente au titre du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction.

6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que l'ensemble des conclusions de la requête y compris celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

DECIDE

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er septembre 2023.

Le magistrat désigné

Signé :

D. RIFFARD

La greffière

Signé :

G. RICCI

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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