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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2200019

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200019

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200019
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantABEILLE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante : I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2200019 le 5 janvier 2022, M. B A, représenté par Me Magne, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures : 1°) d'annuler la décision du 6 décembre 2021 par laquelle le directeur du Centre hospitalier intercommunal Toulon - La Seyne-sur-Mer (CHITS) a prononcé à son encontre une exclusion temporaire de fonctions pour une durée de 2 ans ; 2°) d'enjoindre au directeur du CHITS de le réintégrer dans les fonctions qu'il occupait préalablement à sa suspension et de lui reverser son traitement intégral, à compter du 9 novembre 2021 ; 3°) de mettre à la charge du CHITS la somme de 2 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les dépens de l'instance. Il soutient que : - la décision attaquée est insuffisamment motivée ; - elle méconnaît le principe de non-rétroactivité ; - les faits reprochés ne sont pas établis ; - la sanction est disproportionnée. Une mise en demeure a été adressée le 14 septembre 2023 au directeur du CHITS, qui n'a pas produire de mémoire en défense. Le 28 février 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer sur la requête, dès lors que la décision attaquée a été retirée. Par un mémoire, enregistré le 29 février 2024, M. A déclare se désister purement et simplement de ses conclusions aux fins d'annulation et d'injonction. Par un mémoire, enregistré le 7 mars 2024, le CHITS, représenté par Me Pontier, soutient qu'il n'y a pas lieu de statuer sur la requête. II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2200179 le 24 janvier 2022 et un mémoire, enregistré le 20 février 2023, M. B A, représenté par Me Magne, demande au tribunal : 1°) d'annuler la décision du 20 janvier 2022 par laquelle le directeur du Centre hospitalier intercommunal Toulon - La Seyne-sur-Mer (CHITS) a prononcé à son encontre une exclusion temporaire de fonctions pour une durée de 2 ans ; 2°) d'enjoindre au directeur du CHITS de le réintégrer dans les fonctions qu'il occupait préalablement à sa suspension et de lui reverser son traitement intégral, à compter du 20 janvier 2022 ; 3°) de mettre à la charge du CHITS la somme de 5 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les dépens de l'instance. Il soutient que : - la décision attaquée est insuffisamment motivée ; - la matérialité des faits reprochés n'est pas établie ; - les faits relatés dans le courrier du 16 août 2018 et le rapport d'incident du 25 juin 2018 sont prescrits ; - il a déjà été sanctionné pour des faits relatifs à un incident avec M. D, de sorte qu'il ne peut être sanctionné à nouveau pour les mêmes faits ; - la sanction est disproportionnée. Par deux mémoires en défense, enregistrés les 15 février et 15 mars 2023, le Centre hospitalier intercommunal Toulon - La Seyne-sur-Mer, représenté par Me Pontier, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés. Vu : - les autres pièces des dossiers ; - l'ordonnance n° 2200193 du 9 février 2022 du juge des référés. Vu : - la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Hélayel, conseiller, - les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public, - les observations de Me Magne, représentant M. A, - les observations de Me Haddad, substituant Me Pontier, représentant le CHITS. Considérant ce qui suit : 1. M. B A, né le 22 septembre 1972, est agent d'entretien au sein du Centre hospitalier intercommunal Toulon - La Seyne-sur-Mer (CHITS). Par une décision du 6 décembre 2021, le directeur de l'établissement l'a exclu temporairement de ses fonctions, pour une période de 2 ans, à compter du 9 novembre 2021. Cette décision a été retirée le 20 janvier 2022. Par une décision du même jour, le directeur du CHITS a prononcé une nouvelle exclusion temporaire de fonctions de 2 ans à son encontre. Par une ordonnance du 9 février 2022, le juge des référés du tribunal a suspendu l'exécution de cette décision et a enjoint au directeur du centre hospitalier de prononcer la réintégration de M. A, à titre provisoire. M. A a été réintégré au sein de l'établissement à compter du 4 avril 2022. Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête n° 2200019 : 2. Le désistement de M. A est pur et simple. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte. Sur la requête n° 2200179 : 3. En premier lieu, en vertu de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur, la décision prononçant une sanction disciplinaire doit être motivée. 4. La décision attaquée vise les textes dont il est fait application et liste l'ensemble des faits reprochés à M. A. Elle mentionne la saisine du procureur de la République près le tribunal judiciaire de Toulon ainsi que l'appréciation portée sur le comportement de l'intéressé. Dès lors, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. 5. En second lieu, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes. 6. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 16 août 2018, le gérant du relais H situé à l'hôpital de Sainte Musse a détaillé les difficultés qu'il rencontrait depuis plusieurs mois avec M. A. Ce courrier témoigne du comportement agressif de l'intéressé, notamment lorsque le personnel est amené à jeter les poubelles, une bagarre avec un vendeur du relais et de provocations constituées par la lecture de journaux sans toutefois l'acheter. 7. Le 25 juin 2018, un rapport d'incident fait état d'un comportement inapproprié et vulgaire de M. A à l'encontre de salariées de la société Onet, notamment d'insultes et d'intimidation. Deux attestations jointes à ce rapport relatent ses propos, qualifiant les intéressées de " folle hystérique " ou de " grosse pute ". 8. Un rapport d'incident du 1er janvier 2019 fait état de ce que M. A était mécontent que son absence soit remarquée par un responsable de la logistique, malgré un émargement de sa part, et qu'il a, par suite, adopté un comportement virulent, devant deux témoins. Aux termes de ce rapport, M. A a considéré que son absence ne regardait pas le responsable, qui n'avait pas besoin de le " fliquer ". 9. Il ressort d'un compte-rendu du 6 avril 2020 produit par la société Santalys que des salariés de cette société ont indiqué à M. A que celui-ci ne pouvait pénétrer dans le service et se servir de la nourriture (en l'occurrence du pain) sans autorisation. En réponse à cela, M. A s'est montré désagréable en mentionnant qu'il s'en rappellerait. 10. Enfin, le 18 mars 2021, la société Samsic a dressé un compte-rendu d'entretien avec un de ses salariés, M. C. Celui-ci s'est plaint d'un comportement menaçant et de harcèlement de la part de M. A, notamment pour se faire conduire en voiture afin d'acheter des cigarettes ou rentrer chez lui et après que M. A l'a accusé de lui avoir dérobé 50 euros. Il ressort également des pièces du dossier que M. A a pu appeler M. C, sur son téléphone, avec une grande insistance, les 28 février, 7 mars et 12 mars 2021. 11. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments circonstanciés, concordants, provenant de diverses sources et en l'absence de tout élément de nature à les remettre en cause produit par l'intéressé, la matérialité des faits reprochés à M. A doit être tenue pour établie. 12. M. A soutient néanmoins que les faits relatés dans le courrier du 16 août 2018 et dans le rapport d'incident du 25 juin 2018 sont prescrits. 13. Aux termes du deuxième alinéa de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " Aucune procédure disciplinaire ne peut être engagée au-delà d'un délai de trois ans à compter du jour où l'administration a eu une connaissance effective de la réalité, de la nature et de l'ampleur des faits passibles de sanction. () " Aux termes de l'article 30 de la même loi, alors en vigueur : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. () ". 14. Il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet d'une suspension à titre conservatoire dès le 19 mars 2021. Or, dans cette hypothèse, le conseil de discipline doit être saisi sans délai par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire. Ainsi, la procédure disciplinaire était engagée à l'encontre de M. A dès le 19 mars 2021, soit moins de trois ans après que l'administration a eu connaissance des faits exposés dans le courrier du 16 août 2018 et dans le rapport du 25 juin 2018. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que ces faits étaient prescrits et qu'il ne pouvait pas être sanctionné. 15. En outre, il est constant que M. A a déjà été sanctionné pour l'altercation du 1er janvier 2019. Toutefois, en présence de plusieurs fautes postérieures imputables à M. A, l'hôpital pouvait prendre en compte ces faits pour fixer le degré de la sanction attaquée. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il a été sanctionné deux fois à raison des mêmes faits. 16. Le caractère fautif des faits reprochés à M. A n'est pas contesté. 17. Enfin, M. A fait valoir qu'il n'a jamais fait l'objet de poursuites disciplinaires, en dehors d'un avertissement en 2018, qu'il n'aura pas droit à l'assurance chômage et que la sanction en litige aura des incidences financières catastrophiques. Toutefois, l'intéressé a adopté un comportement inapproprié et irrespectueux à l'égard de ses collègues de travail, à plusieurs reprises en l'espace de quelques années. Compte tenu de la gravité de ces faits et alors au demeurant que l'intéressé n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations, l'autorité disciplinaire n'a pas pris une sanction disproportionnée en infligeant à M. A une exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux ans. 18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête n° 2200179 de M. A doit être rejetée. Sur les frais du litige : 19. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. A présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. A une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le CHITS et non compris dans les dépens. D É C I D E :Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête n° 2200019.Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.Article 3 : M. A versera au Centre hospitalier intercommunal Toulon - La Seyne-sur-Mer la somme de 1 500 euros, au titre dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur du Centre hospitalier intercommunal Toulon - La Seyne-sur-Mer.Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :M. Philippe Harang, président, M. Zouhaïr Karbal, conseiller,M. David Hélayel, conseiller. Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024. Le rapporteur,SignéD. HELAYEL Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéF. POUPLY La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière,2Nos 2200019, 2200179

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