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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2200224

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200224

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200224
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantGUISIANO CABINET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 28 janvier 2022, le 1er août 2022 et le 26 janvier 2024, Mme F E et Mme D B, représentées par Me Guisiano, doivent être regardées comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 août 2021 par laquelle le maire de la commune du Lavandou a refusé de transférer à leur bénéfice les autorisations d'occupation temporaire (AOT) consenties à leurs parents, A et Mme C, pour l'occupation de la cellule n° D10 située dans le bâtiment 2 de la zone commerciale du Port de plaisance et l'exploitation d'une terrasse, ensemble le rejet de leur recours gracieux du 25 novembre 2021 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune du Lavandou de prendre un arrêté portant transfert des AOT consenties à leurs parents, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune du Lavandou la somme de 2 400 euros chacune sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- les AOT du 19 octobre 2012 et du 26 juillet 2013, et par conséquent les décisions attaquées, méconnaissent la délibération du conseil municipal du 29 novembre 2004 en ce qu'elles ne confèrent aucun droit réel à leurs bénéficiaires ;

- elles méconnaissent le principe d'égalité devant la loi dès lors que l'ensemble des titulaires d'AOT de la zone commerciale du port se sont vus concéder des AOT constitutifs de droits réels ;

- la demande de transfert a été transmise à l'agrément de la commune dans le délai de

6 mois à compter du décès de Mme C.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er juillet 2022, le 6 septembre 2022 et le

8 février 2024, la commune du Lavandou, représentée par Me Roi, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérantes la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 29 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 février 2024 à 12h00.

Par un courrier du 8 avril 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de l'exception d'illégalité des autorisations d'occupation temporaire du 19 octobre 2012 et du 26 juillet 2013, dès lors qu'il s'agit d'actes non réglementaires devenus définitifs.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Montalieu, rapporteure,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,

- et les observations de Me Guisiano, avocat des requérantes,

- la commune du Lavandou n'étant ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 19 octobre 2012, M. et Mme C ont été autorisés à occuper l'emplacement n° D10 du bâtiment 2 sur le port de plaisance de la commune du Lavandou, appartenant au domaine public de celle-ci, pour l'exploitation d'une activité commerciale liée au tourisme jusqu'au 31 décembre 2028. Par un arrêté du 26 juillet 2013, ils ont été autorisés à occuper une surface de 12,20 m² devant le local pour l'installation d'une terrasse. M. C est décédé le 2 octobre 2019 et Mme C est décédée le 23 juin 2021. Le 8 août 2021, Mme E et Mme B, les filles du couple, ont informé la commune du décès de leur mère et ont sollicité le transfert à leurs noms des AOT accordées à leurs parents. Par une décision du 10 août 2021, le maire de la commune du Lavandou a rejeté leur demande. Par un courrier du 15 octobre 2021, elles ont formé un recours gracieux contre cette décision, lequel a été rejeté par une décision du 25 novembre 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 1311-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa version applicable au litige : " I. - Les collectivités territoriales peuvent délivrer sur leur domaine public des autorisations d'occupation temporaire constitutives de droits réels, en vue de l'accomplissement, pour leur compte, d'une mission de service public ou en vue de la réalisation d'une opération d'intérêt général relevant de leur compétence. Le titulaire de ce titre possède un droit réel sur les ouvrages, constructions et installations de caractère immobilier qu'il réalise pour l'exercice de cette activité. / Ce droit réel confère à son titulaire, pour la durée de l'autorisation et dans les conditions et les limites précisées dans la présente section, les prérogatives et obligations du propriétaire. / Le titre fixe la durée de l'autorisation, en fonction de la nature de l'activité et de celle des ouvrages autorisés, et compte tenu de l'importance de ces derniers, sans pouvoir excéder soixante-dix ans. () ". Aux termes de l'article L. 1311-6 du code général des collectivités territoriales, dans sa version applicable au litige : " Le droit réel conféré par le titre, les ouvrages, constructions et installations de caractère immobilier ne peuvent être cédés, ou transmis dans le cadre de mutations entre vifs ou de fusion, absorption ou scission de sociétés, pour la durée de validité du titre restant à courir, y compris dans le cas de réalisation de la sûreté portant sur lesdits droits et biens et dans les cas prévus aux premier et deuxième alinéas de l'article L. 1311-6-1, qu'à une personne agréée par les collectivités territoriales, leurs groupements et leurs établissements publics, en vue d'une utilisation compatible avec l'affectation du domaine public occupé. / Lors du décès d'une personne physique titulaire d'un titre d'occupation constitutif de droit réel, celui-ci peut être transmis, dans les conditions prévues à l'alinéa précédent, au conjoint survivant ou aux héritiers sous réserve que le bénéficiaire, désigné par accord entre eux, soit présenté à l'agrément de l'autorité compétente dans un délai de six mois à compter du décès. ".

3. Il résulte des dispositions précitées qu'il ne peut y avoir constitution de droit réel sans la réalisation de travaux par le bénéficiaire de l'autorisation d'occupation temporaire. En l'espèce, il constant que l'autorisation d'occupation temporaire du 19 octobre 2012 mentionnait qu'elle était délivrée à M. et Mme C à titre strictement personnel, qu'elle ne prévoyait aucuns travaux devant être réalisés par les bénéficiaires et qu'elle indiquait qu'aucun droit réel, y compris sur les ouvrages, constructions et installations de caractère immobilier susceptibles d'être réalisés par les bénéficiaires, ne leur était conféré.

4. En premier lieu, les requérantes soutiennent qu'il appartenait à la commune du Lavandou de délivrer à leurs parents une autorisation d'occupation temporaire constitutive de droits réels en application de la délibération du 29 novembre 2004 approuvant le projet de convention-type d'occupation temporaire que le maire a alors été autorisé à conclure avec les amodiataires du port de plaisance du Lavandou. Toutefois, ni cette délibération, ni le courrier du 5 janvier 2006 adressé par le maire du Lavandou aux occupants de l'ensemble commercial du port et indiquant de façon générale, pour regrettable qu'il soit, que ces derniers bénéficiaient " dorénavant de droits réels permettant de céder régulièrement vos droits d'amodiataires jusqu'en 2028 ", ne permettait d'écarter l'application des dispositions précitées au point 2 en vertu desquelles, en l'absence de travaux réalisés pour le compte d'une collectivité et définis par l'autorisation d'occupation temporaire, aucun droit réel ne peut être conféré. Dans ces conditions, et alors qu'il est constant que le local litigieux n'a pas été construit par les époux C et que les travaux d'aménagements à l'intérieur de celui-ci, datant d'avant 2012, ne constituent pas des " ouvrages, constructions et installations de caractère immobilier " réalisés pour le compte de la commune au sens et pour l'application de l'article L. 1311-5 précité, le moyen tiré de la méconnaissance de la délibération du conseil municipal du 29 novembre 2004 doit être écarté en toutes ses branches, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de l'exception d'illégalité des AOT du 19 octobre 2012 et du 26 juillet 2013.

5. En deuxième lieu, les requérantes soutiennent que les décisions attaquées méconnaissent le principe d'égalité devant la loi dès lors que les autres occupants de la zone commerciale du port se sont vus concéder des AOT constitutives de droits réels. Elles produisent, à l'appui de leurs allégations, l'AOT délivrée le 8 novembre 2010 à la SCI MAPI, qui indique que " pour l'exercice de l'activité visée à l'article précédent, le bénéficiaire réalisera le local commercial (sans objet : local déjà existant). / L'emprise au sol dudit local est limitée à 55,15 m² (+ 116,40 m² de terrasse ouverte). Le montant maximum des dépenses que le bénéficiaire de l'autorisation pourra engager pour ces installations est évalué à : Sans objet / Le bénéficiaire aura un droit réel sur les ouvrages, constructions et installations réalisés décrits ci-dessus. () ". Toutefois, et à supposer que les époux C étaient placés dans la même situation que la SCI MAPI, les dernières mentions citées de l'AOT ne sauraient conférer à cette société, en méconnaissance des dispositions précitées au point 2, des droits réels si celle-ci n'a réalisé aucuns travaux. En tout état de cause, le principe d'égalité ne peut être utilement invoqué pour obtenir un avantage illégal. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

6. En dernier lieu, compte tenu de ce qu'il vient d'être dit, les requérantes ne peuvent utilement soutenir qu'elles ont sollicité le transfert des AOT dans le délai de six mois, prévu à l'article L. 1311-6 précité, suivant le décès de leur mère.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 10 août 2021, ensemble le rejet du recours gracieux du 25 novembre 2021, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune du Lavandou, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande les requérantes au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des requérantes une quelconque somme au titre des frais exposés par la commune du Lavandou et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E et de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune du Lavandou sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E, première dénommée pour l'ensemble des requérantes en application du dernier alinéa de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, et à la commune du Lavandou.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

Mme Mathilde Montalieu, conseillère,

M. David Hélayel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

M. MONTALIEU

Le président,

Signé

Ph. HARANG

La greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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