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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2200235

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200235

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200235
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantVERPONT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 24 janvier 2022, 10 août 2022 et 12 octobre 2022, M. D A, Mme B A, Mme I C, M. F C, Mme H C et M. E C, représentés par Me Lalanne, demandent au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 septembre 2021 par laquelle le maire de la commune de Le Luc en Provence a délivré à la SCCV Immalliance Les Cyprès un permis de construire un immeuble de 26 logements dont 8 logements sociaux et 3 commerces, après démolition d'un bâtiment existant, sur un terrain situé 9010 route de Nice sur le territoire communal et cadastré section G n° 2015, G n° 2019, G n° 2368, G n° 5234 et G n° 5235 et ensemble la décision du maire de la commune rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la SCCV Immalliance Les Cyprès et de la commune de Le Luc en Provence une somme de 2 000 euros chacune à leur verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

En ce qui concerne la recevabilité de la requête :

- ils disposent d'un intérêt à agir à l'encontre de la décision attaquée du 9 septembre 2021 au regard des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme car ils sont tous propriétaires de biens immobiliers situés à proximité du terrain d'assiette du projet, et sont donc voisins immédiats du projet litigieux ; la propriété des consorts A dispose d'un jardin et d'une piscine à l'arrière de la maison vers le terrain d'assiette du projet ; actuellement, ce terrain est occupé par un ancien bâtiment d'activités sans vues vers le sud ; le bâtiment existant va être remplacé, dans le projet, par un front bâti de près de 12 mètres de hauteur sur environ 50 mètres de large avec des baies vitrées et des balcons vers le sud ; les époux C sont dans une situation comparable à celle des consorts A.

En ce qui concerne la légalité de la décision du 9 septembre 2021 :

- le permis de construire litigieux a été délivré après un premier refus de permis de construire en date du 28 juin 2021 ; le maire de la commune était donc dessaisi de la demande ; la délivrance n'a pas été précédée du retrait de la décision initiale de refus de permis de construire ; les motifs de refus initialement opposés à la demande à laquelle il a été opposé un refus le 28 juin 2021 rendent la décision litigieuse illégale ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 423-50 du code de l'urbanisme ; des pièces ont été annexées à la demande de permis de construire le 15 juillet 2021 et au mois d'août 2021, sans que l'architecte des bâtiments de France (ABF) ne soit consulté à nouveau ; des modifications du projet relatives à l'implantation de la construction et à l'aspect des façades auraient dû amener ABF à donner son avis à nouveau sur le projet ;

- le projet est situé dans le périmètre des abords d'un monument historique et nécessitait l'avis de l'ABF ; le permis de construire a été délivré sur la base d'un projet substantiellement modifié après qu'un avis de l'ABF soit donné, sans que cet avis n'ait été mis à jour ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet en méconnaissance des dispositions des articles R. 431-5, R. 431-7, R. 431-8 et R. 431-10 du code de l'urbanisme ; le dossier de demande de permis de construire comporte des incohérences quant au nombre de places de stationnement du projet ; le projet ne contient aucun plan à l'échelle de la commune ; en outre, le projet ne contient aucun document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages ; des incohérences existent dans le dossier de demande de permis de construire en ce qui concerne la surface commerciale de vente ; le dossier de demande de permis de construire a minoré l'existant, et en particulier la surface des constructions à démolir ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) et de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ; cet accès, qui donne directement sur la RN 7, est susceptible d'exposer les automobilistes utilisant le projet, comme les automobilistes tiers ainsi que les piétons à un risque sur leur sécurité ; le projet est situé à moins de 50 mètres d'un autre accès à des commerces ; la localisation particulière de l'aire de présentation des déchets est de nature à augmenter le risque ; le projet prévoit la création d'un nouvel accès, interdit par les dispositions de l'article UB 3 du règlement du PLU, même si la société pétitionnaire a tenté de masquer cet état de fait ; l'accès actuel au terrain n'est pas situé à l'endroit de l'alignement donné par le conseil départemental le 16 novembre 2020 ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article UB 7-2 du règlement du PLU ; la construction projetée est située en limite séparative dans, puis au-delà de la bande des 25 mètres et excède la hauteur de 4,20 mètres ; les balcons prévus en saillie au sud-est de la parcelle sont situés à une distance trop faible de la limite séparative ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article UB 10 du règlement du PLU car la hauteur maximale de 12 mètres n'est pas respectée en façade sud-est ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article UB 13 du règlement du PLU car les arbres ne sont pas prévus d'être plantés pour végétaliser les aires de stationnement.

Par des mémoires en défense enregistrés les 25 mai 2022 et 5 octobre 2022, la commune de Le Luc en Provence, représentée par Me Reghin, conclut au rejet de la requête à titre principal, à ce qu'il soit prononcé un sursis à statuer en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme dans l'attente de la délivrance d'un permis de construire modificatif et en tout état de cause demande à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable car les requérants ne démontrent pas qu'ils disposent d'un intérêt à agir au regard des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 août 2022, la SCCV Immalliance Les Cyprès, représentée par la SCP Berenger Blanc Burtez-Doucede et Associés, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à l'application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et à surseoir à statuer dans l'attente d'un permis de construire modificatif et en tout état de cause à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 2 000 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison du défaut d'intérêt à agir des requérants, au regard des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ; les requérants n'établissent pas détenir ou occuper régulièrement un bien situé à proximité du terrain d'assiette du projet ;

- ils ne font état d'aucune atteinte susceptible d'affecter directement leurs conditions d'occupation, de jouissance ou d'utilisation de leur bien ;

- la requête est irrecevable faute pour les requérants d'avoir correctement notifié leur recours gracieux et contentieux conformément aux dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- aucun des moyens soulevés par les requérants n'est fondé.

Par une ordonnance en date du 13 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 25 octobre 2022 à 12 heures.

Par un courrier en date du 16 février 2023, les parties ont été averties que le Tribunal était susceptible de retenir les vices tirés de la violation des dispositions du 2e alinéa du 1 de l'article UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme, des dispositions du 1er alinéa du 2 de l'article UB 7 du même règlement, des dispositions du 2nd alinéa du 2 de l'article UB 7 du même règlement et enfin des dispositions des 3e et 4e alinéas de l'article UB 13 du même règlement. Les parties ont été invitées dans ce même courrier à faire part de leurs observations, en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 février 2023 :

- le rapport de M. G ;

- les conclusions de M. Cros, rapporteur public ;

- les observations de Me Lalanne, représentant M. A et autres ;

- les observations de Me Reghin, représentant la commune de Le Luc en Provence ;

- et les observations de Me Reboul, représentant la SCCV Immalliance Les Cyprès.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les fins de non-recevoir :

1. En premier lieu, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. Le présent article n'est pas applicable aux décisions contestées par le pétitionnaire ".

2. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

3. La commune de Le Luc en Provence, ainsi que la SCCV Immalliance Les Cyprès ne contestent pas le statut de voisins immédiats du projet, les consorts A et C justifiant par la production d'actes notariés de leur propriété des biens situés respectivement sur les parcelles cadastrées section G n° 2058, G n° 2059 et G n° 2060. Les défendeurs font valoir toutefois que les requérants ne démontrent pas que le projet litigieux porte atteinte à leurs intérêts personnels ou à leur situation. La commune poursuit en faisant valoir d'une part que le projet s'insère dans un espace déjà fortement urbanisé avec des logements collectifs mais aussi des commerces et d'autre part que le terrain actuel comprend déjà une construction de même emprise que le projet litigieux. Elle indique également que les consorts C n'auront pas de vues immédiates sur le projet car celui-ci ne s'insère pas sur la limite avec leur fonds.

4. Les requérants soutiennent d'abord que le terrain d'assiette du projet est actuellement occupé par un ancien bâtiment d'activités, d'une hauteur limitée et sans vues vers le sud. Les requérants poursuivent en soutenant que le projet prévoit l'édification, après la démolition du bâtiment existant sur la parcelle, d'un bâtiment de près de 12 mètres de hauteur, de 50 mètres de large, immédiatement en limite sud du terrain d'assiette du projet. En outre, les requérants soutiennent que le projet va créer des vues sur leur fonds, et en particulier vers leur jardin, leur piscine et leur terrasse, en raison de l'existence de baies vitrées et de balcons sur la façade sud du projet. Ils indiquent également que l'édification de ce bâtiment, plus élevé que l'ancien bâtiment, va leur obstruer la vue vers un espace naturel et que le projet va créer des nuisances sonores et olfactives, en raison de la proximité de l'emplacement d'une aire de stationnement située au sud-est du terrain d'assiette du projet, juste derrière le jardin des consorts C, et de l'augmentation prévisible du trafic automobile sur la parcelle litigieuse, le projet prévoyant la création de 76 places de stationnement, dont 31 places en extérieur.

5. Ainsi, les requérants, qui sont des voisins immédiats du projet, et qui font état d'éléments relatifs à la localisation, à la nature et à l'importance du projet litigieux, disposent donc d'un intérêt à agir au regard des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme et de la jurisprudence du Conseil d'Etat. Ainsi, la fin de non-recevoir pour défaut d'intérêt à agir opposée par la commune de Le Luc en Provence et la SCCV Immalliance Les Cyprès doit être écartée.

6. En second lieu, aux termes de l'article R.600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours () ".

7. Les requérants ont effectué, par l'intermédiaire de leur avocat, un recours gracieux en date du 2 novembre 2021, et reçu par le maire de la commune le 4 novembre 2021 à l'encontre de la décision du 9 septembre 2021 par laquelle le maire de la commune de Le Luc en Provence a délivré le permis de construire litigieux. Les requérants ont apporté la preuve de la notification de ce recours gracieux à la société pétitionnaire, la SCCV Immalliance Les Cyprès dans les formes et délais prescrits par les dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme. Les requérants apportent en outre la preuve qu'ils ont correctement notifié leur recours contentieux, à la fois à la commune de Le Luc en Provence et à la société pétitionnaire, la SCCV Immalliance Les Cyprès, dans les formes et délais prescrits par les dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme. Ainsi, la fin de non-recevoir opposée par la société pétitionnaire pour défaut de notification des recours gracieux et contentieux, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme doit être écartée.

En ce qui concerne le fond du dossier :

8. En premier lieu, aux termes de l'article UB 3 du règlement du PLU : " Une autorisation d'urbanisme peut être refusée si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celles des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée, compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration, ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. Tout nouvel accès sur la RDN7 est interdit, sauf pour permettre le regroupement ou le remplacement d'accès existants plus dangereux ". En outre, selon les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

S'agissant de la dangerosité de l'accès :

9. D'abord, il n'est pas contesté ni par la commune ni par la société pétitionnaire que le projet, ainsi que le soutiennent les requérants, est conséquent avec la création de 26 logements, de 3 locaux de commerces ou de services et de 76 places de stationnement. Il ressort en outre des pièces du dossier que les commerces risquent de générer un trafic important, 28 des 31 places de stationnement prévues en aérien étant dédiées aux commerces. En outre, il est constant que le débouché de l'accès se fait directement sur la route nationale 7, qui présente un trafic très important annoncé de 12 500 véhicules par jour sur cet axe. En l'espèce, le rapport de présentation du plan local d'urbanisme indique en page 44 que : " Les comptages de la DDE indiquent un trafic moyen de plus de 12 500 véhicules par jour sur la section Le Luc - Le Cannet ", et également que : " Sur la RDN7, les intersections sont de plus en plus dangereuses en raison du développement des quartiers d'habitations au Sud de l'agglomération. ".

10. Si la commune fait ensuite valoir qu'un espace intermédiaire est situé entre l'accès projeté et la chaussée de la RN 7, afin de permettre aux véhicules de s'insérer en toute sécurité sur la chaussée, il n'est fait mention dans le dossier de demande de permis de construire à aucun moment de cet espace intermédiaire. La commune a produit une photographie de l'existant, extraite du site Google Maps, qui est extérieure au dossier de demande de permis de construire. En particulier, le plan de masse VRD du dossier de demande de permis de construire n'indique pas clairement la configuration de l'espace situé après l'accès. Au surplus, à supposer que cet espace intermédiaire soit existant, il n'est ni aménagé ni balisé et ne comporte pas de trottoirs ou d'aménagements particuliers pour les piétons.

11. Les requérants soutiennent encore que l'accès prévu n'interdit pas aux véhicules sortant du terrain d'assiette du projet de tourner à gauche, ce qui le rend particulièrement accidentogène, en dépit de la vitesse limitée à 50 kilomètres par heure, car des véhicules vont alors être amenés à croiser le flux des véhicules pour emprunter ensuite le tourne-à-gauche et emprunter la route nationale dans l'autre sens.

12. Les requérants soutiennent enfin que l'accès sera commun aux véhicules et aux piétons. Si la commune allègue que cet accès disposera d'une largeur de 6 mètres, il ressort toutefois des plans du dossier de demande de permis de construire que cet accès ne mesurera que 5 mètres de large, et devra permettre l'entrée et la sortie des véhicules entrant, des véhicules sortant, parmi lesquels les véhicules des livreurs pour l'approvisionnement des commerces, des piétons et des cyclistes.

13. Enfin, l'arrêté attaqué est dépourvu de prescription sur l'accès, et si le département du Var, consulté sur le projet en qualité de gestionnaire de la voirie, a émis un avis favorable, cet avis n'est pas circonstancié et se borne à renvoyer à une permission de voirie ultérieure le soin de " définir précisément les caractéristiques techniques de cet accès ". Ainsi, à la date de l'arrêté attaqué, à laquelle s'apprécie sa légalité, rien ne garantit que la sécurité sera assurée.

14. Il ressort donc de l'ensemble des pièces du dossier que les requérants sont fondés à soutenir que l'accès au projet méconnaît les dispositions de l'article UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme et R. 111-2 du code de l'urbanisme. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme et R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être accueilli.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme : " IMPLANTATION DES CONSTRUCTIONS PAR RAPPORT AUX LIMITES SEPARATIVES - prévoit que : 1) A l'intérieur d'une bande de 25 mètres de profondeur, à compter de l'alignement des voies existantes ou à la limite de l'emplacement réservé pour voie à élargir ou à créer, la construction de bâtiments joignant les limites séparatives est autorisée. Si la construction ne joint pas les limites séparatives, elle doit être située à une distance de la limite séparative au moins égale à la moitié de sa hauteur avec un minimum de 4 mètres. 2) Au-delà de cette bande des 25 mètres, la construction en limite séparative est possible (sauf pour les piscines) sous réserve de ne pas excéder une hauteur maximale de 4,20 mètres. Si la construction ne joint pas la limite séparative, elle doit être située à une distance de la limite séparative au moins égale à la moitié de sa hauteur avec un minimum de 4 mètres ". En outre, l'article 10 du règlement du plan local d'urbanisme dispose que : " ARTICLE 10 - HAUTEUR DES CONSTRUCTIONS. a) Conditions de mesure des hauteurs La hauteur d'une construction est la différence d'altitude mesurée verticalement entre, d'une part, le point haut de la construction, tel que défini au point b) ci-après et, d'autre part, le niveau du sol naturel ou excavé. Dans le cas de terrains en pente, la hauteur maximale des excavations ne peut excéder 2 mètres, de façon à éviter les terrassements excessifs qui dénaturent la topographie des sites. Les hauteurs maximales indiquées dans chaque zone s'appliquent aussi bien aux constructions neuves qu'aux extensions ou surélévations de constructions existantes. b) Hauteur maximale - Lorsque la construction est recouverte d'une toiture en pente, la hauteur maximale doit être mesurée soit à la corniche soit à l'égout du toit. Dans ce cas, cette hauteur maximale ne se mesure pas sur un mur pignon. - Lorsque la construction est recouverte d'une toiture-terrasse, la hauteur maximale doit être mesurée à l'acrotère () ".

S'agissant de l'implantation en limite Est de la construction :

16. Ainsi que le soutiennent les requérants, la construction s'implante bien en limite Est, ainsi que cela ressort du plan de masse paysager et du plan de coupe BB, et contrairement à ce que font valoir la commune ainsi que la société pétitionnaire. Les défendeurs se fondent sur le plan du rez-de-chaussée qui ne fait pas apparaître les étages au-dessus du rez-de-chaussée, en surplomb de celui-ci, qui doivent être pris en compte pour l'appréciation du respect des règles d'implantation par rapport aux limites séparatives.

17. Ensuite, il n'est ni établi ni même allégué que cette implantation en limite Est, serait située dans la bande des 25 mètres à compter de l'alignement de la voie. En outre, il ressort de l'étude détaillée des plans de masse qu'une partie de cette implantation en limite Est est située au-delà de la bande de 25 mètres de profondeur, rendant ainsi applicables les dispositions du premier alinéa du 2 de l'article UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme, qui impose que la hauteur de la construction implantée en limite soit de 4,20 mètres maximum.

18. Enfin, les requérants soutiennent, sans être aucunement contestés sur ce point, que cette hauteur de la construction sur la limite Est est supérieure à 4,20 mètres. Il ressort donc des pièces du dossier que les requérants sont fondés à soutenir que le projet méconnaît les dispositions de l'article UB 7.2 du règlement du plan local d'urbanisme en ce que la construction est implantée sur la limite séparative à l'Est et dispose d'une hauteur supérieure à 4,20 mètres.

S'agissant de l'implantation du balcon en limite sud :

19. Les requérants soutiennent que les balcons situés à l'Est de la façade sud sont situés à 4,50 mètres de la limite séparative alors que la hauteur de la construction à cet endroit est de 9,66 mètres. La construction aurait donc dû être implantée selon eux à une distance correspondant à la moitié de la hauteur, soit au minimum une distance de 4,83 mètres de la limite séparative.

20. Tout d'abord, il n'est pas contesté que les balcons entrent dans le champ d'application de l'article UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme, dès lors que celui-ci est applicable à la construction dans son ensemble. Ensuite, il n'est pas contesté, ainsi qu'il ressort du plan de masse paysager, que le balcon litigieux est implanté à une distance de 4,50 mètres de la limite séparative Sud, ainsi que le soutiennent les requérants. Enfin, la société pétitionnaire fait valoir qu'il est nécessaire de prendre en compte la hauteur du balcon lui-même. Toutefois, en l'absence de précision contraire à l'article UB 7, il faut se référer, aux conditions de mesure fixées par les dispositions générales de l'article 10 du titre II du règlement, selon lesquelles la hauteur ne se mesure pas aux balcons mais au niveau de la couverture de la construction, c'est-à-dire à l'égout du toit pour une toiture en pente. Dès lors, en l'espèce, il ressort des plans (façade Sud et masse paysager) que la hauteur de la construction, mesurée dans ces conditions, est de 174,82 NGF (la cote de l'égout du toit en pente qui surplombe le balcon litigieux) - 162,82 NGF (côte du TN), soit une hauteur de 12 mètres. Par suite, le recul du balcon litigieux par rapport à la limite séparative aurait dû être de la moitié de la hauteur, soit 6 mètres. Le recul n'étant que de 4,50 mètres, les dispositions de l'article UB 7.2 du règlement du plan local d'urbanisme ont été méconnues sur ce point.

21. Il ressort donc des pièces du dossier que les requérants sont fondés à soutenir que le projet méconnaît les dispositions de l'article UB 7.2 du règlement du plan local d'urbanisme d'une part en raison du fait que la hauteur de la construction implantée en limite séparative Est excède la hauteur maximale de 4,20 mètres et d'autre part en ce que les balcons situés dans la partie Est de la façade Sud sont implantés à une distance inférieure à 6 mètres de cette limite séparative Sud.

22. En troisième et dernier lieu, L'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme dispose que : " Les aires de stationnement doivent être plantées à raison d'un arbre à haute tige pour deux places de stationnement. Pour les constructions à usage commercial, les aires de stationnement doivent être plantées à raison d'un arbre à haute tige pour 4 places de stationnement ".

23. Les requérants soutiennent que si le nombre d'arbres servant à végétaliser les aires de stationnement du projet ont été respectés et ne sont pas en débat, en revanche, la composition paysagère peut être contestée car un certain nombre d'arbres (7 sur les 11 prévus d'être plantés sur le terrain d'assiette du projet) ne sont pas positionnés sur les aires de stationnement mais en dehors.

24. Tout d'abord, il ressort du plan de masse paysager que le projet prévoit un nombre de 28 places de stationnement en extérieur dédiées aux commerces, et 3 places dédiées aux visiteurs. Ainsi, il découle directement des dispositions précitées que le projet nécessite de planter 8 arbres, 7 au titre des places de stationnement dédiées aux commerces et 1 arbre dédié aux places de stationnement visiteurs.

25. La commune en réponse fait valoir que l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme n'indique pas à quel endroit doivent être plantés les arbres et cela ressort d'une appréciation in concreto, en fonction de la configuration des lieux et des caractéristiques du projet. Il ressort toutefois effectivement des dispositions de l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme que les arbres, pour pouvoir être comptabilisées au titre de cet article doivent être situés à proximité immédiate des aires de stationnement.

26. Il ressort ainsi du plan RDC du dossier de demande de permis de construire que les 3 arbres situés au nord du terrain d'assiette du projet sont correctement positionnés sur l'aire de stationnement dédiée aux commerces. En outre, deux arbres situés au sud du terrain d'assiette du projet sont également correctement implantés à proximité immédiate de l'aire de stationnement dédiée aux commerces au sud. En revanche, les autres arbres prévus sur le terrain d'assiette du projet ne sont pas positionnés à proximité immédiate des aires de stationnement prévues en aérien sur le terrain d'assiette du projet. Les requérants sont donc fondés à soutenir que le projet méconnaît les dispositions de l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme en ce que 3 arbres sur les 8 nécessités par ces mêmes dispositions ne sont pas positionnés à proximité immédiate des aires de stationnement. Par suite, il y a lieu d'accueillir le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme en ce que 3 arbres ne sont pas prévus d'être plantés à proximité immédiate des aires de stationnement projetées.

Sur l'application des dispositions de l'article L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

27. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ". En outre, selon les dispositions de l'article L. 600-5-1 du même code : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".

28. La présente décision accueille d'une part les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article UB 7.2 et UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme, et ces vices sont relatifs à une partie seulement du projet. Toutefois, la présente décision accueille également le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme et R. 111-2 du code de l'urbanisme, relatif à la dangerosité du projet en raison de l'accès. Ce vice est relatif à la totalité du projet et il ne peut dans ces conditions pas être fait application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme et d'une annulation partielle du projet.

29. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet, en ce qui concerne le vice relatif à l'accès au projet et à la méconnaissance des dispositions de l'article UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme soit régularisable par la délivrance d'un permis de construire modificatif. Par ailleurs, les parties ont été invitées à faire part de leurs observations, en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, par un courrier en date du 16 février 2023 et elles n'ont produit aucune observation sur une régularisation de ce vice. Enfin, les parties présentes à l'audience, n'ont pas indiqué que le vice tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme et R. 111-2 du code de l'urbanisme était régularisable par l'obtention d'un permis de construire modificatif.

30. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le vice tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme n'étant pas régularisable, il y a lieu de procéder à l'annulation totale de l'arrêté du 9 septembre 2021 par laquelle le maire de la commune de Le Luc en Provence a délivré à la SCCV Immalliance Les Cyprès un permis de construire et ensemble la décision du maire de la commune rejetant leur recours gracieux.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

31. Dans les circonstances de l'espèce, il y lieu de mettre à la charge de la commune de Le Luc en Provence et de la SCCV Immalliance Les Cyprès une somme de 1 800 euros chacune à verser aux requérants. En revanche, les conclusions formulées sur le même fondement par la commune de Le Luc en Provence et par la SCCV Immalliance Les Cyprès, parties perdantes dans la présente instance, doivent être rejetées.

DECIDE

Article 1er : Le permis de construire susvisé du 9 septembre 2021 délivré par le maire de la commune de Le Luc en Provence à la SCCV Immalliance Les Cyprès est annulé.

Article 2 : La décision explicite du 16 novembre 2021 de rejet du recours gracieux des requérants est annulée.

Article 3 : La commune de Le Luc en Provence versera une somme de 1 800 euros (mille huit cents euros) à M. D A, Mme B A, Mme I C, M. F C, Mme H C et M. E C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La SCCV Immalliance Les Cyprès versera une somme de 1 800 euros (mille huit cents euros) à M. D A, Mme B A, Mme I C, M. F C, Mme H C et M. E C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les conclusions de la SCCV Immalliance Les Cyprès et de la commune de Le Luc en Provence sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : La présente décision sera notifiée à M. D A en qualité de représentant unique pour l'ensemble des requérants, à la commune de Le Luc en Provence et à la SCCV Immalliance Les Cyprès.

Copie de la présente décision sera transmise sans délai au Procureur de la République auprès du Tribunal judiciaire de Draguignan en application des dispositions de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Riffard, premier conseiller,

M. Bailleux, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 11 avril 2023.

Le rapporteur,

Signé :

F. G

Le président,

Signé :

J-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

G. RICCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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