jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2200260 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | GOUARD THOMAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 janvier 2022, l'association syndicale libre (ASL) des propriétaires de la cité lacustre de Port-Gimaud III, représentée par Me Gouard, demande au tribunal :
1°) d'annuler les huit délibérations du 9 décembre 2021 du conseil municipal de Grimaud relatives à la commission extra-municipale des affaires portuaires et à la régie du port de plaisance de Port-Grimaud ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Grimaud la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a intérêt à agir ;
- les délibérations attaquées sont irrégulières dès lors que les conseillers municipaux n'ont pas été régulièrement convoqués ;
- les délibérations fixant les nouveaux tarifs du port et services et le budget primitif pour l'année 2022 sont irrégulières dès lors que les conseillers municipaux n'ont pas reçu une information préalable suffisante ;
- les délibérations attaquées sont illégales par voie d'exception d'illégalité de la délibération du 9 novembre 2021 portant approbation du transfert en régie dotée de la seule autonomie financière pour l'exploitation du port de plaisance ;
- la composition de la commission extra-municipale des affaires portuaires méconnaît les dispositions de l'article L. 2121-22 du code général des collectivités territoriales ; la composition est irrégulière en l'absence de représentant de l'unique association des propriétaires de Port-Grimaud III ;
- les délibérations attaquées sont illégales par voie d'exception d'illégalité de la délibération du 28 septembre 2021 portant résiliation des anciennes concessions.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2022, la commune de Grimaud, représentée par Me Benjamin, demande au tribunal :
1°) de rejeter la requête ;
2°) de demander la communication en son entier de l'acte dont sont issues les pages numérotées E. 14 à E. 17 insérées dans la pièce adverse n° 2 ;
3°) d'écarter du débat la pièce adverse n° 2 ;
4°) de mettre à la charge de l'association syndicale requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable en l'absence de production des délibérations attaquées et pour défaut d'intérêt à agir de l'association syndicale requérante ;
- les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 7 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 22 novembre 2023 à 12h.
Des pièces complémentaires ont été enregistrées le 24 juin 2024 et communiquées aux parties le 25 juin 2024 en application des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Montalieu, conseillère,
- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,
- et les observations de Me Gouard, avocat de l'association syndicale requérante, et de Me Liebaux, substituant Me Benjamin, représentant la commune de Grimaud.
Une note en délibéré, présentée par l'association syndicale requérante, a été enregistrée le 4 juillet 2024.
Considérant ce qui suit :
1. En 1975, 1978 et 1981, l'Etat a concédé, jusqu'au 31 décembre 2025 ou 2028, à l'association syndicale des propriétaires de la cité lacustre de Port-Grimaud, à la société de Navigation de Port-Grimaud (SNPG) et à l'association syndicale libre de Port-Grimaud II l'établissement et l'exploitation d'un port de plaisance chacune sur le territoire de la commune de Grimaud (" Port-Grimaud I ", " Port-Grimaud II " et " Port-Grimaud III "). A compter du 1er janvier 1984, la commune de Grimaud s'est substituée à l'Etat en tant que personne publique délégante. Par une délibération du 28 septembre 2021, le conseil municipal de Grimaud a décidé de résilier les trois concessions portuaires, à effet au 1er janvier 2022. Par une délibération du 9 novembre 2021, ce conseil municipal a approuvé le principe du transfert en régie dotée de la seule autonomie financière pour l'exploitation du port de plaisance à compter du 1er janvier 2022. Par huit délibérations du 9 décembre 2021, le conseil municipal a créé une commission extra-municipale des affaires portuaires et désigné ses membres, a modifié les statuts de la régie existante du port communal, a désigné les représentants des élus et des usagers appelés à siéger au conseil d'exploitation de la régie du port de plaisance, a mis fin aux fonctions du directeur de la régie, a modifié le tableau des effectifs et a créé le poste de directeur du port, a fixé les nouveaux tarifs du port et services pour l'année 2022, a voté la reprise anticipée des résultats 2021 et fixé une prévision d'affectation, et a voté le budget annexe de l'année 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la délibération portant création d'une commission extra-municipale des affaires portuaires :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. Elle est mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée. Elle est transmise de manière dématérialisée ou, si les conseillers municipaux en font la demande, adressée par écrit à leur domicile ou à une autre adresse. ". Aux termes de l'article L. 2121-12 du même code : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. / () Le délai de convocation est fixé à cinq jours francs () ".
3. Il ressort des mentions du registre des délibérations du conseil municipal de Grimaud que la convocation à la séance du 9 décembre 2021 a été adressée aux conseillers municipaux le 3 décembre 2021, soit dans le respect du délai de cinq jours francs prévu par l'article
L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales. Si l'association syndicale requérante conteste que les convocations aient été faites dans les délais légaux, elle n'assortit ses allégations d'aucun élément circonstancié. Dans ces conditions, ces allégations ne sauraient conduire à remettre en cause les mentions factuelles précises du registre des délibérations qui, au demeurant, font foi jusqu'à preuve contraire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 2121-10 et L. 2121-12 doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale.
5. La délibération portant création d'une commission extra-municipale des affaires portuaires attaquée n'a pas été prise en application de la délibération du 9 novembre 2021 par laquelle le conseil municipal de Grimaud a approuvé le principe du transfert en régie pour l'exploitation du port de Port-Grimaud. Cette délibération n'en constitue pas plus la base légale. Par suite, l'association syndicale requérante ne peut utilement invoquer l'illégalité de la délibération du 9 novembre 2021.
6. De même, la délibération attaquée n'a pas été prise en application de la délibération du 28 septembre 2021 portant résiliation des trois concessions des ports de plaisance de Port-Grimaud I, Port-Grimaud II et Port-Grimaud III. Cette délibération n'en constitue pas plus la base légale. Par suite, l'association syndicale requérante ne peut utilement invoquer l'illégalité de la délibération du 28 septembre 2021.
7. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 2121-22 du code général des collectivités territoriales : " Le conseil municipal peut former, au cours de chaque séance, des commissions chargées d'étudier les questions soumises au conseil soit par l'administration, soit à l'initiative d'un de ses membres. / () Dans les communes de plus de 1 000 habitants, la composition des différentes commissions, y compris les commissions d'appel d'offres et les bureaux d'adjudications, doit respecter le principe de la représentation proportionnelle pour permettre l'expression pluraliste des élus au sein de l'assemblée communale. ". D'autre part, aux termes de l'article L. 2143-2 du même code : " Le conseil municipal peut créer des comités consultatifs sur tout problème d'intérêt communal concernant tout ou partie du territoire de la commune. Ces comités comprennent des personnes qui peuvent ne pas appartenir au conseil, notamment des représentants des associations locales. () ".
8. D'une part, l'association syndicale requérante soutient que la composition de la commission litigieuse est irrégulière dès lors que la création de cette commission est fondée sur l'article L. 2121-22 du code général des collectivités territoriales alors que sa composition est celle d'un comité consultatif défini par l'article L. 2143-2 du même code. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la commission extra-municipale, dont la composition a été fixée à 6 conseillers municipaux et 7 membres extérieurs, doit être regardée comme ayant été créée sur le fondement de l'article L. 2143-2 du code général des collectivités territoriales, visé par la délibération, et que le conseil municipal a choisi, comme il en avait la possibilité, de respecter, en ce qui concerne les élus municipaux, le principe de la représentation proportionnelle défini à l'article L. 2121-22 du même code.
9. D'autre part, en se bornant à faire valoir qu'elle n'est pas représentée au sein de la commission, sans critiquer le profil des membres extérieurs désignés, l'association syndicale requérante ne conteste pas sérieusement la composition de la commission extra-municipale. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de la commission extra-municipale des affaires portuaires doit être écarté en ses deux branches.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir tirés du défaut d'intérêt à agir de l'association syndicale requérante et du défaut de production de l'extrait du registre des délibérations, que les conclusions à fin d'annulation de la délibération portant création d'une commission extra-municipale des affaires portuaires du 9 décembre 2021 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la délibération portant désignation des représentants des élus et des usagers appelés à siéger au conseil d'exploitation de la régie du port de plaisance :
11. Aux termes de l'article R. 2221-4 du code général des collectivités territoriales : " Les statuts fixent les règles générales d'organisation et de fonctionnement du conseil d'administration ou du conseil d'exploitation et les modalités de quorum. / S'agissant des membres du conseil d'administration et du conseil d'exploitation, les statuts fixent notamment : / () 2° Les catégories de personnes parmi lesquelles sont choisis ceux d'entre eux n'appartenant pas au conseil municipal ; () ".
12. Pour établir son intérêt à agir, l'association syndicale requérante fait valoir qu'elle n'est pas représentée au sein du conseil d'exploitation de la régie du port de plaisance. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, en particulier des statuts de la régie, que la composition de ce conseil a été fixée à quatre élus du conseil municipal et trois représentants des usagers. Or, il ressort des statuts de l'association syndicale requérante, et conformément à la vocation d'une telle association tenant à assurer la conservation, la gestion et l'entretien d'équipements communs ainsi que la défense des intérêts collectifs s'y rattachant, qu'elle n'a pas pour objet d'assurer la défense des intérêts des usagers du port de plaisance de Port-Grimaud III. Dans ces conditions, les membres de l'association syndicale requérante ne pouvaient être désignés par la délibération attaquée pour siéger au conseil d'exploitation de la régie du port de plaisance. Par suite, la fin de non-recevoir, tirée du défaut de qualité donnant intérêt pour agir, opposée par la commune doit être accueillie.
13. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir tiré du défaut de production de l'extrait du registre des délibérations, que les conclusions à fin d'annulation de la délibération portant désignation des représentants des élus et des usagers appelés à siéger au conseil d'exploitation de la régie du port de plaisance du 9 décembre 2021 doivent être rejetées comme irrecevables.
Sur les conclusions aux fins d'annulation des six autres délibérations :
14. Pour établir son intérêt à agir, l'association syndicale requérante se prévaut de sa qualité de cocontractante du contrat d'amodiation conclu avec la SNPG en 1981, en application de la convention de concession conclue entre cette société et l'Etat en 1978, et fait valoir que la commune de Grimaud ne s'est pas prononcée, malgré une réclamation adressée le 10 décembre 2021, sur sa substitution à la SNPG dans le cadre de ce contrat d'amodiation et que ses membres, propriétaires-amodiataires, verront leurs titres d'occupation du domaine public, accordés jusqu'en 2028, résiliés puis se verront réclamer des redevances. Toutefois, aucune des six délibérations attaquées n'a pour objet, ni pour effet, de remettre en cause le contrat d'amodiation précité. En tout état de cause, une association syndicale libre ne peut représenter ses membres pour la défense de leurs intérêts particuliers. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir, tirée du défaut de qualité donnant intérêt pour agir, opposée par la commune doit être accueillie.
15. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir tirée du défaut de production de l'extrait du registre des délibérations, que les conclusions aux fins d'annulation des six autres délibérations du 9 décembre 2021 relatives à la régie du port de plaisance de Port-Grimaud doivent être rejetées comme irrecevables.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Grimaud, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande l'association syndicale requérante au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'association syndicale requérante la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Grimaud et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de l'ASL des propriétaires de la cité lacustre de Port-Grimaud III est rejetée.
Article 2 : L'ASL des propriétaires de la cité lacustre de Port-Grimaud III versera à la commune de Grimaud la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la commune de Grimaud est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association syndicale libre des propriétaires de la cité lacustre de Port-Grimaud III et à la commune de Grimaud.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Philipe Harang, président,
Mme Mathilde Montalieu, conseillère,
M. David Hélayel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé
M. MONTALIEU
Le président,
Signé
Ph. HARANG
La greffière,
Signé
F. POUPLY
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026