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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2200478

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200478

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200478
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantLEXCAP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 février 2022, le 20 mars 2024, le 26 avril 2024 et le 24 mai 2024, la société civile (SC) Carthemis, représentée par Me Rouhaud, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 août 2021 par laquelle le préfet du Var a rejeté sa demande d'autorisation d'occupation temporaire (AOT) du domaine public maritime portant sur une cale de mise à l'eau au droit de la parcelle cadastrée section AS n° 85, située dans le quartier de Font Brun à Carqueiranne, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- le refus de délivrer une AOT pour la cale de mise à l'eau est entaché d'erreur de droit dès lors qu'aucune disposition n'interdit de régulariser l'occupation du domaine publique maritime d'un seul et unique ouvrage ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 2111-4 du code général de la propriété des personnes publiques dès lors que le garage à bateau et les contreforts de soutènement ont été édifiés sur des emprises non recouvertes par les plus hauts flots à la date de leur réalisation et que ces ouvrages ne se trouvent pas sur le domaine public.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 mars 2024, le 8 avril 2024 et le 13 mai 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 4 juin 2024.

Par un courrier du 14 juin 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens d'ordre public, relevés d'office, tirés de la compétence liée du préfet du Var pour refuser la demande d'autorisation d'occupation temporaire présentée par la SC Carthemis dès lors que la cale de mise à l'eau présente un caractère permanent (Conseil d'Etat, 12 mai 1976, Epoux A, n° 85271).

Par un mémoire, enregistré le 19 juin 2024, la société requérante a présenté des observations en réponse au moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Montalieu, rapporteure,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,

- et les observations de M. C, gérant de la société requérante, et de Mme B et de Mme D, représentant le préfet du Var.

Considérant ce qui suit :

1. La SC Carthemis est propriétaire de la parcelle cadastrée section AS n° 85 située dans le quartier Font Brun à Carqueiranne, en bord de mer, sur laquelle est édifiée une maison d'habitation. Le 3 juin 2021, la SC Carthemis a sollicité la délivrance d'une AOT pour maintenir sur le domaine public maritime une cale de mise à l'eau au droit de sa propriété. Par une décision du 30 août 2021, le préfet du Var a rejeté sa demande au motif que sa demande d'AOT devait également porter sur les contreforts de soutènement et le garage à bateau. Par un courrier du 26 octobre 2021, réceptionné le 29 octobre suivant, la SC Carthemis a formé un recours gracieux contre ces mesures, lequel a été implicitement rejeté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 2111-4 du code général de la propriété des personnes publiques : " Le domaine public maritime naturel de L'Etat comprend : / 1° Le sol et le sous-sol de la mer entre la limite extérieure de la mer territoriale et, côté terre, le rivage de la mer. / Le rivage de la mer est constitué par tout ce qu'elle couvre et découvre jusqu'où les plus hautes mers peuvent s'étendre en l'absence de perturbations météorologiques exceptionnelles ; () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. () ". Aux termes de l'article R. 2122-1 du même code : " L'autorisation d'occupation ou d'utilisation du domaine public peut être consentie, à titre précaire et révocable, par la voie d'une décision unilatérale ou d'une convention. ". L'édification d'un ouvrage sur le domaine public maritime présentant un caractère permanent ne peut être autorisée ou régularisée qu'en vertu d'une concession d'occupation.

4. Lorsqu'une personne publique se trouve en situation de compétence liée pour prendre un acte, l'ensemble des moyens soulevés à l'encontre d'un tel acte sont inopérants, à l'exception des moyens susceptibles de remettre en cause l'existence même d'une situation de compétence liée.

5. En l'espèce, la société requérante se borne à faire valoir qu'une cale de mise à l'eau est un ouvrage qui permet aisément un retour du site à l'état naturel. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la cale de mise à l'eau litigieuse consiste en une structure en béton édifiée à même le rivage et le sol de la mer, de sorte que sa solidité et sa durée ne peuvent être regardées comme limitées. Dès lors, cet ouvrage présente un caractère permanent et ne pouvait donc pas faire l'objet d'une autorisation d'occupation temporaire du domaine public maritime. Il en va d'ailleurs de même des contreforts de soutènement et du garage à bateau érigés à proximité immédiate de la cale précitée. Dans ces conditions, le préfet du Var était en situation de compétence liée pour refuser l'autorisation d'occupation temporaire sollicitée. Par suite, les autres moyens invoqués par la société requérante à l'encontre de ce refus, qui ne sont pas susceptibles de remettre en cause l'existence même de la situation de compétence liée du préfet, ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de la SC Carthemis doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SC Carthemis est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SC Carthemis et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

Mme Mathilde Montalieu, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

M. MONTALIEU

Le président,

Signé

Ph. HARANG

La greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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