vendredi 3 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2201305 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BRL - BAUDUCCO ROTA LHOTELLIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 mai 2022, M. D C et Mme A E, représentés par Me Savi, demandent au tribunal :
1°) d'annuler le permis de construire délivré par le maire de Cogolin le 9 décembre 2021 à la SCCV les Fourches, ensemble la décision du 22 mars 2022 rejetant leur recours gracieux ;
2°) de rejeter toute demande de sursis pour régularisation qui serait formulée au visa des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Cogolin et de la SSCV les Fourches la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable ; ils ont intérêt à agir ; les formalités de notification ont été effectuées ;
En ce qui concerne la légalité externe :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme ; le projet architectural comporte des lacunes ; la notice jointe au dossier de permis de construire (PC4) ne permet pas d'appréhender l'impact du projet de construction sur le quartier avec une absence de développement sur l'insertion avec les bâtiments voisins dont les aspects ne sont pas décrits (hauteur, couleur, ouvertures) ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme ; le volet paysager comporte certes des insertions et photographies mais rien permettant d'appréhender l'impact de ce vaste ensemble sur les constructions uniquement pavillonnaires avoisinantes, les angles de prises de vues choisis étant volontairement trompeurs ;
En ce qui concerne la légalité interne :
- la décision attaquée méconnait le règlement de la zone UEc du plan local d'urbanisme de la commune de Cogolin ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L 121-8 du code de l'urbanisme ; la commission départementale de la nature, des paysages et des sites, n'a pas pu émettre d'avis sur le projet, lequel est situé en zone à forte sensibilité paysagère ;
- elle méconnait l'article 5 du plan local d'urbanisme relatif aux caractéristiques des terrains de la zone UEc ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait l'article 11 du plan local d'urbanisme relatif à l'intérêt des lieux avoisinants.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 août 2022, la commune de Cogolin, représentée par Me Bauducco, conclut au rejet de la requête, à titre principal pour irrecevabilité, à titre subsidiaire pour son caractère infondé, à titre infiniment subsidiaire au caractère régularisable du permis de construire et au prononcé d'un sursis à statuer de six mois aux fins de régularisation des éventuels vices susceptibles d'affecter la demande de permis de construire et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les requérants n'ont pas intérêt pour agir ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 septembre 2022, la SCCV les Fourches, représentée par Me Rosenfeld, conclut au rejet de la requête, à titre principal pour irrecevabilité, à titre subsidiaire sur le fond, à titre infiniment subsidiaire au prononcé d'un sursis à statuer sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ou à une annulation partielle sur le fondement de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les requérants n'ont pas intérêt pour agir ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Une ordonnance a fixé une clôture d'instruction immédiate le 3 janvier 2023, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
Un mémoire enregistré le 5 janvier 2023 pour M. C et Mme E n'a pas été communiqué en application de l'article R. 613-3 du code de justice administrative.
Par un courrier du 23 janvier 2023, les parties ont été invitées à présenter leurs observations sur la possibilité pour le tribunal de surseoir à statuer sur la requête, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, afin de permettre la délivrance éventuelle d'un permis de construire modificatif régularisant le vice tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. En effet, au regard du point III de l'article 42 de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018, applicable en l'espèce s'agissant d'un permis de construire délivré avant le 31 décembre 2021, le maire ne pouvait pas prendre l'arrêté en litige sans obtenir l'accord préalable de l'autorité administrative compétente de l'Etat, après avis de la commission départementale de la nature des paysages et des sites.
Les observations de la commune de Cogolin ont été enregistrées le 24 janvier 2023.
Les observations de M. C et Mme E ont été enregistrées le 26 et 30 janvier 2023.
Les observations de la SCCV Les Fourches ont été enregistrées le 27 janvier 2023.
Par un courrier du 3 février 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence du maire de la commune de Cogolin pour accorder le permis de construire, celui-ci ne pouvant être délivré qu'avec l'accord de l'autorité administrative compétente de l'Etat, conformément aux dispositions transitoires de l'article L.121-8 du code de l'urbanisme applicables jusqu'au 31 décembre 2021 et fixées à l'article 42.III de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique, dès lors que le projet ne se situe pas en " continuité avec les agglomérations et villages existants ", ni avec les " hameaux nouveaux intégrés à l'environnement " au sens des dispositions de l'article L. 121-8 du même code, dans sa version applicable au litige.
Une réponse à ce moyen d'ordre public a été enregistrée le 7 février 2023 pour la SCCV Les Fourches.
Une réponse à ce moyen d'ordre public a été enregistrée le 9 février 2023 pour
M. C et Mme E.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Helfter-Noah, rapporteure publique,
- les observations de Me Savi représentant M. C et Mme E, de
Me Lhotellier représentant la commune de Cogolin et les observations de Me Cagnol représentant la SCCV les Fourches.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 9 décembre 2021, le maire de la commune de Cogolin a accordé à la SCCV les Fourches un permis de construire concernant les parcelles cadastrées en section AR 107 et AD 69, 107, 322, 369 et 370, représentant une superficie de 22 400m², et portant sur la création de 82 logements, représentant une surface de plancher de 7 467m² sous forme d'habitations individuelles et 34 piscines. M. C et Mme E, propriétaires de la parcelle cadastrée en section AD 352, ont adressé un recours gracieux au maire de Cogolin à l'encontre de cet arrêté qui a été rejeté par une décision du 25 mars 2022. Par la présente requête, les requérants demandent au tribunal l'annulation de l'arrêté du 9 décembre 2021 ainsi que de la décision du 25 mars 2022 par laquelle le maire de Cogolin a rejeté leur recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
S'agissant de l'incompétence de l'auteur de l'acte :
2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire () est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu () ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints () ". Aux termes de l'article L. 2131-1 du même code : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. () Le maire peut certifier, sous sa responsabilité, le caractère exécutoire de ces actes. "
3. L'arrêté du 9 décembre 2021 en litige a été signé par Geoffrey Pecaud, adjoint au maire de Cogolin délégué à l'urbanisme, titulaire d'une délégation de signature à l'effet notamment de signer les décisions pour la délivrance des autorisations d'urbanisme, par un arrêté du maire de Cogolin du 6 juillet 2020. Le maire de Cogolin a attesté, par un certificat daté du
20 octobre 2020, que l'arrêté du 6 juillet 2020 a été régulièrement affiché du 7 juillet au
23 septembre 2020. Cet arrêté a également été publié au recueil des actes administratif n° 3 de la commune. Il ressort enfin des mentions non contestées de cet arrêté qu'il a été transmis au sous-préfet de Draguignan. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
S'agissant de la méconnaissance des dispositions des articles R. 431-8 et R. 431-10 du code de l'urbanisme :
4. Aux termes des dispositions de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ". L'article R. 431-10 du même code ajoute que : " Le projet architectural comprend également : () / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ".
5. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la notice de présentation, PC4-1, précise que les bandes d'habitations sont " calées selon les courbes du niveau du TN de façon à limiter les modifications du relief " et que " Le projet rentre dans le cadre d'une recherche architecturale contemporaine et vise à s'intégrer dans le paysage ". L'intégration du projet ressort également de plusieurs pièces. A ce titre, la pièce PC6-1, intitulée insertion du projet dans son environnement, comporte de très nombreuses photographies qui représentent le projet dans son environnement avant et après travaux. En outre, la planche PC7 présente des photographies du terrain dans son environnement proche et la pièce PC8 dans son environnement lointain. Il ressort de ces mêmes pièces que les angles de vues des photos ont été pris à différents endroits du projet, sans faire ressortir de choix arbitraire ou trompeur contrairement à ce que soutiennent les requérants. La pièce PC 27 de demande de permis de démolir comporte de nouvelles photographies aériennes du projet au regard de son environnement et de la route à créer. Quant aux abords, ils sont également décrits dans la notice paysagère : " le projet s'intègre dans un environnement résidentiel composé d'habitat individuel ", complété par la pièce PC1 plan de situation. Les différentes pièces du projet architectural ont ainsi permis au service instructeur de s'assurer de la bonne insertion du projet, notamment au regard des constructions avoisinantes qui sont de même aspect et gabarit, étant composées d'habitat individuel en R+1. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles R. 431-8 et R. 431-10 du code de l'urbanisme sera donc écarté comme manquant en fait.
S'agissant de la méconnaissance de l'article 5 du plan local d'urbanisme :
7. Aux termes des dispositions de l'article 5 du règlement du plan local d'urbanisme " En UEc : Pour des motifs d'ordonnancement, de composition et d'intégration paysagère, la superficie minimale exigée pour construire est de 2 000 m² pour toute construction ".
8. Les requérants soutiennent que le projet litigieux méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement du plan local d'urbanisme. Il résulte toutefois de la combinaison des dispositions du I et du IV de l'article 157 de la loi pour l'accès au logement et un urbanisme rénové (ALUR) du 24 mars 2014, que les dispositions des plans d'occupation des sols fixant une superficie minimale des terrains constructibles en application des dispositions du 12° de l'article L. 123-1-5 du code de l'urbanisme, dans sa version antérieure à l'entrée en vigueur de la loi ALUR, ne sont plus opposables aux demandes de permis déposées après la publication de cette même loi, soit après le 26 mars 2014. Il s'ensuit que les dispositions de l'article 5 du règlement du plan d'occupation des sols fixant la superficie minimale de 2 000 m² mentionnée ci-dessus n'étaient pas opposables à la demande de permis de construire en litige, laquelle a été accordée le 9 décembre 2021, soit après la publication de la loi ALUR. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté, de même que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant de la méconnaissance des dispositions du règlement de la zone UEc du plan local d'urbanisme de la commune de Cogolin :
9. Aux termes du règlement du PLU et des dispositions applicables à la zone UE : " Caractère de la zone / Il s'agit d'une zone de type résidentiel de faible densité qui comprend secteurs : / UEa correspond aux extensions résidentielles de densité moyenne ; / UEb correspond aux zones résidentielles de la transition entre la ville et le secteur agricole ; / UEbs correspond au secteur dans lequel est localisé la source et les galeries alimentant la fontaine de la place de la mairie ; / UEc correspond aux secteurs résidentiels en discontinuité de la ville à forte sensibilité paysagère ".
10. Si les requérants soutiennent que le projet méconnaît la destination de la zone UEc en ce que le projet prévoit 82 logements, notamment sous forme d'habitations collectives en bande, il ressort au contraire des plans du dossier que le projet ne prévoit aucun logement collectif, mais uniquement des logements sous la forme d'habitations mitoyennes et individuelles, au plus en R+1. Le projet présente d'ailleurs une densité limitée, puisque 50% de son terrain d'assiette est aménagé en espaces verts, de manière assez similaire à la densité du bâti environnant qui présente plusieurs lotissements. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des caractéristiques de la zone UEc du PLU ne peut qu'être écarté, de même que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme :
11. D'une part, aux termes de l'article L. 121-3 du code de l'urbanisme : " () Le schéma de cohérence territoriale précise, en tenant compte des paysages, de l'environnement, des particularités locales et de la capacité d'accueil du territoire, les modalités d'application des dispositions du présent chapitre. Il détermine les critères d'identification des villages, agglomérations et autres secteurs déjà urbanisés prévus à l'article L. 121-8, et en définit la localisation ".
12. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction issue de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants./ Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. / L'autorisation d'urbanisme est soumise pour avis à la commission départementale de la nature, des paysages et des sites. Elle est refusée lorsque ces constructions et installations sont de nature à porter atteinte à l'environnement ou aux paysages ". Le III de l'article 42 de la même loi prévoit que : " Jusqu'au 31 décembre 2021, des constructions et installations qui n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre du bâti existant, ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti, peuvent être autorisées avec l'accord de l'autorité administrative compétente de l'Etat, après avis de la commission départementale de la nature des paysages et des sites, dans les secteurs mentionnés au deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction résultant de la présente loi, mais non identifiés par le schéma de cohérence territoriale ou non délimités par le plan local d'urbanisme en l'absence de modification ou de révision de ces documents initiée postérieurement à la publication de la présente loi ". Le V du même article précise que les mots " en continuité avec les agglomérations et villages existants " - qui remplacent les mots : " soit en continuité avec les agglomérations et villages existants, soit en hameaux nouveaux intégrés à l'environnement " s'appliquent " sans préjudice des autorisations d'urbanisme délivrées avant la publication de la présente loi ". Cette modification de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ne s'applique pas " aux demandes d'autorisation d'urbanisme déposées avant le 31 décembre 2021 ni aux révisions, mises en compatibilité ou modifications de documents d'urbanisme approuvées avant cette date ". La loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique ayant été publiée au Journal officiel de la République française du 24 novembre 2018 et la présente demande de permis d'aménager ayant été déposée le
19 juillet 2019, les dispositions du V précitées sont applicables en l'espèce.
13. Il appartient à l'autorité administrative chargée de se prononcer sur une demande d'autorisation d'occupation ou d'utilisation du sol de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de la conformité du projet avec les dispositions du code de l'urbanisme particulières au littoral, notamment celles de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme qui prévoient que l'extension de l'urbanisation ne peut se réaliser qu'en continuité avec les agglomérations et villages existants. A ce titre, l'autorité administrative s'assure de la conformité d'une autorisation d'urbanisme avec l'article L. 121-8 de ce code, compte tenu des dispositions du schéma de cohérence territoriale applicable déterminant les critères d'identification des villages, agglomérations et autres secteurs déjà urbanisés et définissant leur localisation, dès lors qu'elles sont suffisamment précises et compatibles avec les dispositions législatives particulières au littoral. En outre, il résulte des dispositions du premier alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable en l'espèce, que l'extension de l'urbanisation doit se réaliser, dans les communes littorales, soit en continuité avec les agglomérations et les villages existants, soit en hameaux nouveaux intégrés à l'environnement. Constituent des agglomérations ou des villages où l'extension de l'urbanisation est possible, au sens et pour l'application de ces dispositions, les secteurs déjà urbanisés caractérisés par un nombre et une densité significatifs de constructions. En revanche, aucune construction ne peut être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages.
14. En premier lieu, le document d'orientations et d'objectifs (DOO) du schéma de cohérence territoriale (SCoT) du golfe de Saint-Tropez identifie, en application de l'article
L. 121-3 du code de l'urbanisme, Cogolin comme une agglomération existante et l'annexe cartographique du DOO relative au schéma de l'accueil du développement futur dans le SCoT du Golfe de Saint-Tropez délimite avec précision le contour des agglomérations existantes. Il ressort ainsi de cette carte, jointe par la SCCV Les Fourches dans sa réponse au moyen d'ordre public, que le terrain d'assiette du projet est pris en tenaille au Nord-Ouest et au Sud-Est par l'agglomération existante de Cogolin. Si deux poches de parcelles à l'état naturel restent présentes au Nord-Est et au Sud-Ouest du projet, le projet s'inscrit globalement dans un secteur présentant une densité significative de constructions avec, à proximité immédiate, plusieurs lotissements et constructions présentant les mêmes caractéristiques. A ce titre, le projet prévoit la construction de 82 logements sous forme d'habitations individuelles, rapprochées les unes des autres et organisées autour d'un réseau structuré de routes, de trottoirs et de pistes cyclables reliant les habitations entre elles. Les constructions envisagées sont assez proches du type d'habitation de ce secteur pavillonnaire. En outre, ce projet va permettre de relier les secteurs Est et Ouest du secteur du Carry qui sont identifiés par le SCoT du Golfe de Saint Tropez comme faisant partie de l'agglomération de Cogolin. Ainsi, le projet en litige peut être regardé comme s'implantant en continuité avec une agglomération ou un village existant.
15. En second lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, telles qu'éclairées par les travaux parlementaires ayant précédé l'adoption de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique, que le troisième alinéa de cet article, qui prévoit la consultation de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites préalablement à la délivrance d'une autorisation d'urbanisme, porte uniquement sur les autorisations délivrées dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages existants. Par suite, dès lors que le projet en litige aura pour effet d'étendre l'urbanisation en continuité avec l'agglomération de Cogolin, le maire de la commune de Cogolin pouvait délivrer un permis de construire à la SCCV Les Fourches sans l'avis de la commission départementale de la nature des paysages et des sites. Le moyen tiré du défaut de consultation de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites est donc inopérant et doit être écarté.
S'agissant de la méconnaissance des dispositions de l'article 11 du plan local d'urbanisme :
16. Aux termes des dispositions de l'article UC11 du règlement du PLU : " Les constructions doivent présenter un aspect compatible avec le caractère ou l'intérêt des lieux avoisinants, des sites et des paysages ".
17. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel au sens de cet article, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
18. Si les requérants soutiennent que le projet présente un aspect monolithique et des proportions volumineuses, il ressort cependant des pièces du dossier que le quartier dans lequel va s'implanter le lotissement est composé de résidences de type provençal, méditerranéen moderne, sur un étage et que le projet présente des constructions semblables à celles déjà présentes dans le secteur, comme notamment le domaine des Vignes ou encore le hameau de Cogolin. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UC11 du règlement du PLU doit être écarté.
Sur les frais liés au litige :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que la commune de Cogolin et la SCCV les Fourches, qui ne sont pas pas la partie perdante dans la présente instance, supportent la charge des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Cogolin et la SCCV les Fourches sur le fondement de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : la requête de M. C et de Mme E est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Cogolin et de la SCCV les Fourches présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Mme A E, à la commune de Cogolin et à la SCCV les Fourches.
Délibéré après l'audience du 10 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Doumergue, présidente,
Mme Faucher, première conseillère,
M. Quaglierini, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mars 2022.
La rapporteure,
Signé
S. B
La présidente,
Signé
M. FLa greffière,
Signé
B. Ballestracci
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Ou par délégation le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026