vendredi 29 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2201308 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | OREGGIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 mai 2022, M. C B, représenté par Me Oreggia, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 avril 2022 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il est soutenu que :
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet du Var n'a pas saisi pour avis les services de la direction du travail ;
- le préfet du Var, territorialement compétent, saisi d'une demande d'autorisation de travail par un étranger déjà présent sur le territoire français, a méconnu sa compétence en ne répondant pas à cette demande ; l'employeur de M. B, la société CTC 83 a présenté une demande d'autorisation de travail au préfet du Var ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit ; d'une part, la décision de refus d'asile opposée à M. B le 26 janvier 2021 est indifférente s'agissant d'une demande d'admission au séjour en qualité de " salarié " ; d'autre part, le préfet a ajouté une condition non prévue par les textes en liant la présence en France d'attaches familiales à la délivrance d'un titre " salarié " ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant au motif de régularisation présenté par M. B ; le préfet ne peut pas se fonder sur les lignes directrices de la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012 pour rejeter les demandes d'admission exceptionnelles au séjour et s'en affranchir quand ses critères sont remplis ; M. B a bien présenté une demande de carte de séjour provisoire " salarié " et il peut justifier d'une résidence habituelle sur le territoire français de presque cinq ans ; il justifie par ses bulletins de salaire de 21 mois d'activité salariée de juin 2020 à mars 2022 et 12 mois de plus d'activité salariée, soit au total 33 mois de travail sur 3 ans de présence en France et non 18 comme le retient de manière erronée le préfet ; en outre, il a suivi assidûment des cours de français et a largement fait preuve d'intégration sortant de l'ordinaire.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 juin 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- selon la jurisprudence du Conseil d'Etat (CE, 22 mars 2010, n°333679), les ressortissants algériens ne relèvent pas de l'admission exceptionnelle au séjour pour motif professionnel, sauf appréciation discrétionnaire du préfet ; en l'espèce, les différents éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. B ont bien été relevés dans la décision ; le préfet n'était donc pas tenu de saisir la direction du travail ; le moyen tiré d'un vice de procédure sera écarté ;
- le refus de titre de séjour n'est pas seulement fondé sur le seul critère de la nature des liens de M. B avec sa famille mais sur un faisceau d'indices ; aucune erreur de droit n'a été commise ;
- la procédure d'admission exceptionnelle au séjour pour motif professionnel n'est pas applicable aux ressortissants algériens et l'ensemble de la situation du requérant a fait l'objet d'un examen individuel et personnalisé conduisant l'administration à estimer que rien ne justifiait une dérogation aux conditions d'octroi.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique du 21 juin 2022.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né en 1986, est entré régulièrement sur le territoire français le 19 septembre 2017, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour délivré par les autorités françaises et valable du 10 juillet 2017 au 10 octobre 2017. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 5 octobre 2020, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 26 janvier 2021. Le 6 décembre 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié au titre de l'admission exceptionnelle au séjour prévue par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 27 avril 2022, le préfet du Var a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".
3. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent sous réserve des conventions internationales. En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national.
4. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Il appartient seulement au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation personnelle portée sur la situation personnelle de l'intéressé.
5. Enfin, si l'étranger peut, à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir formé contre une décision préfectorale refusant de régulariser sa situation par la délivrance d'un titre de séjour, soutenir que la décision du préfet, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle, serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il ne peut utilement se prévaloir des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu adresser aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation. Les énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne constituent donc pas des lignes directrices dont les intéressés peuvent utilement se prévaloir devant le juge.
6. En premier lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont les dispositions ne lui sont pas applicables en sa qualité de ressortissant algérien.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 28 décembre 1968 modifié stipule que : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " ; cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française " et aux termes de l'article 9 de ce même accord : " () Pour être admis à entrer et à séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7 et 7 bis (lettres a à d), les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. ".
8. Il est constant que M. B ne dispose pas d'un visa de long séjour. Par suite, il ne pouvait obtenir la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 28 décembre 1968 modifié.
9. En troisième lieu, aucune stipulation de l'accord franco-algérien ni aucune disposition législative ou réglementaire n'imposent au préfet, saisi par un étranger déjà présent sur le territoire national et qui ne dispose pas d'un visa de long séjour, d'examiner la demande d'autorisation de travail ou de la faire instruire par les services compétents du ministère du travail, préalablement à ce qu'il soit statué sur la délivrance du certificat de résidence. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.
10. En quatrième lieu, pour refuser de régulariser la situation de M. B au titre de son pouvoir discrétionnaire, le préfet du Var a examiné l'ensemble de la situation personnelle de l'intéressé et ne s'est pas borné à lui opposer les décisions de rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile. Le préfet ne s'est pas davantage crû lié par l'absence d'attaches familiales sur le territoire français. Le moyen tiré d'une erreur de droit doit donc être écarté.
11. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B réside en France depuis 2018 et travaille depuis juin 2020 en qualité de maçon. Il produit à ce titre un contrat à durée déterminée puis un contrat à durée indéterminée, les bulletins de salaire correspondant à la période considérée ainsi qu'une demande d'autorisation de travail établie par l'entreprise de maçonnerie générale qui l'emploie. Il présente ainsi une insertion professionnelle effective. Toutefois, le requérant qui ne peut se prévaloir utilement des énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relatives à l'admission au séjour au titre du travail, comme il a été dit au point 5, ne justifie pas de l'intensité, de l'ancienneté et de la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France, alors qu'il est constant que ses deux parents et l'ensemble de sa fratrie résident en Algérie où il a vécu la majeure partie de sa vie. Il ne justifie pas davantage de son insertion sociale en produisant une seule attestation relative au suivi de cours de français durant une année, lors de son arrivée en France en 2017. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet du Var aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. B, en ne faisant pas usage de son pouvoir de régularisation, doit être écarté.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 avril 2022 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
14. Le présent jugement qui rejette les conclusions principales à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure particulière d'exécution.
Sur les frais liés au litige :
15. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions de M. B tendant à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à sa charge au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
DECIDE
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M C B et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 21 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Privat, président,
M. Riffard, premier conseiller,
M. Bailleux, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 29 juillet 2022.
Le rapporteur,
Signé :
D. A
Le président,
Signé :
J-M. PRIVAT La greffière,
Signé :
G. RICCI
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026