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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2201627

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201627

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201627
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantUGGC & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a rejeté les requêtes de la SAS AGRM, venant aux droits de la SAS Bureau européen d'assurance hospitalière (BEAH), qui demandait la décharge de l'obligation de payer des sommes réclamées par l'ONIAM. Le tribunal a jugé que l'ONIAM était fondé à se substituer à l'assureur défaillant pour indemniser la victime d'une infection nosocomiale, conformément à l'article L. 1142-15 du code de la santé publique. La solution retenue confirme la validité des titres exécutoires émis par l'ONIAM pour recouvrer les sommes versées à la victime et les frais d'expertise.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2201627 le 20 juin 2022 et un mémoire, enregistré le 8 novembre 2023, la société par actions simplifiée (SAS) AGRM, venant aux droits de la SAS Bureau européen d'assurance hospitalière (BEAH), représentée par Me Tamburini-Bonnefoy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer les sommes de 12 756 euros, 68 592,77 euros et 1 873,89 euros, mises à sa charge par les titres exécutoires émis les 31 mars 2022, 26 juillet 2022 et 6 avril 2023 par le directeur de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) ;

2°) de rejeter les conclusions reconventionnelles présentées par l'ONIAM ;

3°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 3 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la prise en charge de M. A doit être assurée par l'ONIAM, en vertu des dispositions du 1° de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique ;

- elle justifiait d'un motif légitime pour refuser de faire une offre d'indemnisation ;

- les intérêts ne pourront courir qu'à compter du dépôt du mémoire en défense de l'ONIAM.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2023, l'ONIAM, représenté par Me Welsch, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à titre reconventionnel, à la condamnation de la société BEAH, d'une part, au versement des intérêts au taux légal de la somme de 12 756 euros à compter du 20 juin 2022, de la somme de 68 592,77 euros à compter du 23 septembre 2022 et de la somme de 1 873,89 euros à compter du 27 juin 2023, ainsi qu'à la capitalisation de ces intérêts et, d'autre part, au versement de la somme de 12 202 euros, au titre de la pénalité prévue à l'article L. 1142-15 du code de la santé publique ;

3°) à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société BEAH, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- la demande de condamnation aux intérêts moratoires repose sur une logique d'équilibre financier ;

- la demande de pénalité est justifiée dès lors que la responsabilité de l'établissement de santé est établie.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2202637 le 23 septembre 2022 et un mémoire, enregistré le 8 novembre 2023, la société par actions simplifiée (SAS) AGRM, venant aux droits de la SAS Bureau européen d'assurance hospitalière (BEAH), représentée par Me Tamburini-Bonnefoy, présente au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, une demande ayant le même objet que dans la requête n° 2201627.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2023, l'ONIAM, représenté par

Me Welsch, conclut au rejet de la requête, pour les mêmes motifs que ceux exposés sous le

n° 2201627, et présente les mêmes conclusions reconventionnelles.

III. Par une requête, enregistrée sous le n° 2303140 le 27 septembre 2023 et un mémoire, enregistré le 8 novembre 2023, la société par actions simplifiée (SAS) AGRM, venant aux droits de la SAS Bureau européen d'assurance hospitalière (BEAH), représentée par Me Tamburini-Bonnefoy, présente au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, une demande ayant le même objet que dans les requêtes n° 2201627 et n° 2202637.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2023, l'ONIAM, représenté par Me Welsch, conclut au rejet de la requête, pour les mêmes motifs que ceux exposés sous les n° 2201627 et n° 2202637, et présente les mêmes conclusions reconventionnelles.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hélayel, rapporteur,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 24 septembre 2018, M. B A a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI), en raison de son état de santé consécutif à sa prise en charge au centre hospitalier de la Dracénie (Draguignan). Le 15 février 2019, cette commission a considéré que la réparation des préjudices de M. A, résultant d'une infection nosocomiale, incombait à l'assureur du centre hospitalier de la Dracénie. Néanmoins, par un courrier du 19 juin 2019, l'assureur du centre hospitalier a refusé de transmettre une offre d'indemnisation. Ainsi, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) s'est substitué à l'assureur, en vertu de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique, et a versé à M. A une somme totale de 81 348,77 euros, en application de deux protocoles transactionnels. Par voie de conséquence, le directeur de l'ONIAM a émis, les 31 mars 2022, 26 juillet 2022 et 6 avril 2023 des titres exécutoires, afin de recouvrer cette somme ainsi que les frais de l'expertise amiable.

2. Les requêtes n° 2201627, n° 2202637 et n° 2303140, présentées pour la société AGRM, ont le même objet et on fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

3. Aux termes de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique : " En cas de silence ou de refus explicite de la part de l'assureur de faire une offre, ou lorsque le responsable des dommages n'est pas assuré ou la couverture d'assurance prévue à l'article L. 1142-2 est épuisée ou expirée, l'office institué à l'article L. 1142-22 est substitué à l'assureur. / () L'office est subrogé, à concurrence des sommes versées, dans les droits de la victime contre la personne responsable du dommage ou, le cas échéant, son assureur ou le fonds institué à l'article L. 426-1 du même code. Il peut en outre obtenir remboursement des frais d'expertise. () ".

4. Pour contester le bien-fondé de l'ensemble des sommes mises à sa charge, la société requérante se prévaut du rapport des experts désignés par la présidente de la CCI, déposé le

17 décembre 2018, lesquels ont considéré que le déficit fonctionnel permanent de M. A s'élevait à 28% (raideurs articulaires), circonstance de nature à faire supporter son indemnisation par la solidarité nationale. Toutefois, aux termes d'un avis circonstancié du 15 février 2019, la commission de la CCI a abaissé le taux du déficit fonctionnel permanent à 20%, compte tenu notamment de l'état antérieur du patient, marqué par une tendinopathie avec arthrose. Dans ces conditions, la société AGRM n'est pas fondée à soutenir que l'indemnisation de M. A incombe à l'ONIAM.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge doivent être rejetées.

Sur les conclusions reconventionnelles de l'ONIAM :

En ce qui concerne la pénalité :

6. Aux termes du 5ème alinéa de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique : " En cas de silence ou de refus explicite de la part de l'assureur de faire une offre, ou lorsque le responsable des dommages n'est pas assuré, le juge, saisi dans le cadre de la subrogation, condamne, le cas échéant, l'assureur ou le responsable à verser à l'office une somme au plus égale à 15 % de l'indemnité qu'il alloue. "

7. Compte tenu de la contradiction entre le rapport d'expertise déposé par les experts devant la CCI et l'avis de la commission, la société AGRM doit être regardée comme justifiant d'un motif légitime, de nature à faire obstacle à ce que la pénalité de 15% précitée lui soit infligée.

8. Il résulte de ce qui précède que la demande de l'ONIAM doit être rejetée sur ce point.

En ce qui concerne les intérêts moratoires :

9. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ".

10. Il résulte de ces dispositions que, d'une part, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité, et, d'autre part, que la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.

11. Il résulte de ce qui précède que l'ONIAM a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 12 756 euros, à compter du 21 avril 2022, aux intérêts au taux légal sur la somme de 68 592,77 euros, à compter du 23 septembre 2022 ainsi qu'aux intérêts au taux légal sur la somme de 1 873,89 euros, à compter du 31 juillet 2023, date à laquelle la société AGRM a reçu, au plus tard, les titres en litige. Ces intérêts seront capitalisés à compter du 21 avril 2023, du 23 septembre 2023 et du 31 juillet 2024, dates auxquelles étaient dues une année entière d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de celles-ci.

Sur les frais du litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'ONIAM, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société AGRM demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société AGRM une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par l'ONIAM et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Les conclusions aux fins de décharge présentées par la SAS AGRM, ainsi que celles tendant au rejet des conclusions reconventionnelles aux fins de condamnation aux intérêts moratoires et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 2 : La SAS AGRM est condamnée à verser à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales les intérêts au taux légal de la somme de 12 756 euros, dus à compter du 21 avril 2022, de la somme de 68 592,77 euros, dus à compter du 23 septembre 2022 et de la somme de 1 873,89 euros, dus à compter du 31 juillet 2023. Les intérêts échus à la date du 21 avril 2023, du 23 septembre 2023 et du 31 juillet 2024, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 3 : Les conclusions de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, présentées au titre du 5ème alinéa de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique sont rejetées.

Article 4 : La SAS AGRM versera à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales une somme de 2 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SAS AGRM et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Copie en sera adressée au centre hospitalier de la Dracénie.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

M. David Hélayel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

D. HELAYEL Le président,

Signé

Ph. HARANG La greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

Nos 2201627, 2202637, 2303140

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