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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2201741

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201741

lundi 22 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201741
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantDRAGONE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoire enregistrés les 4 juillet 2022, 15 février et 28 mars 2023, M. B F et M. C D, représentés par Me Hequet, demandent au tribunal :

1°) d'annuler le permis d'aménager tacite accordé le 28 mai 2020 par le maire de Rocbaron à M. E A, ensemble le certificat délivré le 31 mars 2021par le maire ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Rocbaron la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont intérêt à agir ; leurs propriétés jouxtent le terrain d'assiette du projet qui va créer un important voisinage, des vis-à-vis, accroître le passage sur l'impasse des Bartavelles qui présente une configuration insuffisante ; le caractère forestier du terrain voisin va disparaître et des boisements seront supprimés ;

- leur requête est recevable ; les recours gracieux des 3 et 20 mars 2022 ont été notifiés au pétitionnaire ; l'affichage du permis d'aménager n'a pas été réalisé en bordure de l'impasse des Bartavelles ni de la route départementale CD12 mais en retrait de 20 mètres le rendant invisible ; les voies et délais de recours n'ont pas pu courir ;

- le pétitionnaire n'a pas déposé ni obtenu une autorisation de défrichement ;

- le permis d'aménager tacite déposé le 28 février 2020 n'a pas pu naître le 28 mai 2020, les délais d'instruction ayant été suspendus par l'ordonnance n° 2020-306 ;

- le permis d'aménager méconnaît les dispositions de l'article R. 441-3 du code de l'urbanisme ; la notice " PA2 " ne dit rien au sujet des plantations qui vont être abattues ni des plantations à conserver ou à créer ; la notice n'indique pas les boisements qui seront supprimés en méconnaissance des dispositions de l'article R. 441-3 2°) a) ;

- la participation d'un architecte n'est pas démontrée en méconnaissance de l'article

L. 441-4 du code de l'urbanisme ;

- le permis d'aménager ne fait pas référence aux avis ni à l'obligation du pétitionnaire de se conformer à ces avis en méconnaissance des dispositions de l'article R. 424-3 du code de l'urbanisme ;

- l'accès et la desserte du projet méconnaissent les dispositions de l'article UC3 du PLU ; la largeur de la voie d'accès n'est pas suffisante ; la sécurité des piétons implique l'aménagement de trottoirs le long de la voie de desserte qui n'est pas visible sur les plans du projet ;

- la prise en compte de l'aléa de feu de forêt est insuffisante ; il n'est pas prévu de dispositif particulier pour assurer la défense extérieure contre l'incendie en méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme qui imposait au maire de fixer des prescriptions particulières voire de refuser le permis d'aménager ;

- le classement du terrain d'assiette du projet, cadastré en section C 461, en zone UC du PLU est illégal alors que ce terrain présente toutes les caractéristiques d'une zone naturelle ; le PADD insiste sur la préservation des espaces naturels ; le classement en zone UC ne prend pas en compte l'aléa de feu de forêt ; le classement en zone UC est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- le permis d'aménager ne prend pas en compte l'opération globale envisagée ; un autre permis d'aménager a été délivré à la SCI GAMAJAC sur une parcelle voisine et emprunte une partie de la voirie ; ces opérations distinctes présentent un lien fonctionnel et devaient être instruites en commun au regard notamment de la gestion des dessertes, des eaux usées et des eaux pluviales.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 21 octobre 2022 et 28 février 2023, la commune de Rocbaron, représentée par Me Lhotellier, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet au fond, à titre infiniment subsidiaire au prononcé d'un sursis à statuer ou d'une annulation partielle du permis d'aménager et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est tardive ;

- les requérants n'ont pas intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 20 octobre 2022 et 17 mars 2023, M. E A, représenté par Me Dragone, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet au fond et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- les requérants n'ont pas intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Une ordonnance a fixé une clôture d'instruction immédiate le 11 avril 2023, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

Une note en délibéré a été enregistrée le 7 mai 2023 pour les requérants.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- l'ordonnance n°2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Faucher,

- les conclusions de Mme Helfter-Noah, rapporteure publique,

- les observations de Me Hequet représentant les requérants, de Me Lhotellier représentant la commune de Rocbaron et les observations de Me Dragone représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un certificat du 31 mars 2021, le maire de la commune de Rocbaron a attesté avoir délivré à M. E A un permis d'aménager tacite valable depuis le 28 mai 2020 concernant la parcelle cadastrée en section C 461 portant sur la création de 12 lots au sein du lotissement " les Hauts de Bellevue ". Le 3 mars 2022, M. et Mme F ont adressé un recours gracieux au maire à l'encontre de ce permis d'aménager, qui a été rejeté tacitement. Le 20 mars 2022, M. F et M. D ont adressé un recours gracieux au maire à l'encontre de ce permis d'aménager, qui a été rejeté tacitement. Le certificat se bornant à attester de l'existence du permis d'aménager, par la présente requête M. F et M. D doivent être regardés comme demandant au tribunal l'annulation du permis d'aménager tacite du 28 mai 2020.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de la tardiveté de la requête :

2. Aux termes de l'article R. 424-15 du code de l'urbanisme dans sa rédaction applicable au litige : " Mention du permis explicite ou tacite ou de la déclaration préalable doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté ou dès la date à laquelle le permis tacite ou la décision de non-opposition à la déclaration préalable est acquis et pendant toute la durée du chantier ". Aux termes de l'article R. 600-2 de ce code : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ". Enfin, aux termes de l'article A. 424-18 du même code : " Le panneau d'affichage doit être installé de telle sorte que les renseignements qu'il contient demeurent lisibles de la voie publique ou des espaces ouverts au public pendant toute la durée du chantier. "

3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'affichage du permis de construire sur le terrain d'assiette de la construction autorisée doit être effectué de telle façon que les mentions qu'il comporte soient lisibles de la voie publique ou, lorsque le terrain n'est pas desservi par une voie publique, d'une voie privée ouverte à la circulation du public. Lorsque le terrain d'assiette n'est pas desservi par une telle voie et que l'affichage sur le terrain ne pourrait, dès lors, satisfaire à cette exigence, seul un affichage sur un panneau placé en bordure de la voie publique ou de la voie privée ouverte à la circulation du public la plus proche du terrain fait courir le délai de recours contentieux à l'égard des tiers autres que les voisins qui empruntent la voie desservant le terrain pour leurs besoins propres.

4. En l'espèce, il est constant que le terrain d'assiette du projet concerne la parcelle cadastrée en section C 461, enclavée et par conséquent non desservie par une voie publique ni par une voie privée ouverte à la circulation du public. Le pétitionnaire a fait le choix d'accrocher le panneau au portail de la parcelle cadastrée section AW 40, mitoyenne de la parcelle cadastrée section C 461, terrain d'assiette du projet. En l'occurrence, cette parcelle appartient également au pétitionnaire, ce qui explique le choix d'affichage retenu. Les requérants soutiennent que la localisation du panneau n'était pas la plus proche du terrain d'assiette du projet et qu'il pouvait être affiché à un emplacement plus proche sur l'impasse des Bartavelles alors qu'il a été affiché à environ 100 mètres de distance à vol d'oiseau. Il ressort cependant des photographies jointes au procès-verbal effectué par un huissier de justice les 16 juillet, 25 août et 17 septembre 2021 que le panneau d'affichage est visible depuis la voie publique, en l'occurrence la route départementale 12, et que cette contre-allée à la RD 12 est accessible et ne comporte ni chaîne ni portail ni aucun élément permettant de matérialiser l'opposition des propriétaires à la circulation publique. Si la parcelle AW 40 n'a pas vocation à supporter le projet en litige, l'accès au lotissement sera créé en partie au Nord-Est de cette parcelle. Enfin, la circonstance, à la supposée avérée, que le panneau serait plus visible de l'impasse des Bartavelles, ne permet en aucun cas de considérer que l'affichage serait irrégulier. Ainsi, en présence de plusieurs possibilités de lieu d'affichage du panneau, le pétitionnaire n'a pas commis de manœuvre frauduleuse en choisissant une localisation sur une parcelle lui appartenant, accessible à tous et visible depuis la route départementale, située au Sud du projet. Par ailleurs, la circonstance que le pétitionnaire a choisi un emplacement dans l'impasse des bartavelles pour afficher son permis modificatif obtenu ultérieurement est sans influence sur la régularité de l'affichage du permis initial. Dans ces conditions, l'affichage effectué par le pétitionnaire a pu faire courir le délai de recours contentieux. En l'espèce, dès lors que l'affichage régulier a été constaté par huissier de justice les 16 juillet, 25 août et 17 septembre 2021, le délai de recours contentieux a expiré le 17 septembre 2021. Par suite, les recours gracieux effectués les 3 et 20 mars 2022 sont sans effet sur une éventuelle propagation du délai de recours contentieux. Il résulte de ce qui précède que la fin de non-recevoir opposée en défense peut être accueillie. La requête, tardive, est donc irrecevable.

Sur les frais du litige :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de ne faire droit à aucune des conclusions fondées sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F et de M. D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Rocbaron et de M. E A fondées sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B F, à M. C D, à la commune de Rocbaron et à M. E A.

Délibéré après l'audience du 5 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sauton président,

Mme Faucher, première conseillère,

M. Quaglierini, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2023.

La rapporteure,

signé

S. Faucher

Le président,

signé

JF. SautonLa greffière,

signé

B. Ballestracci

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Ou par délégation le greffier,

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