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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2201801

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201801

mercredi 3 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201801
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge des référés
Avocat requérantDURAND-STEPHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 5 juillet 2022 et 1er août 2022,

M. E D, représenté par Me Durand-Stéphan, demande au Tribunal : 1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 juillet 2022 par lequel le préfet du Var lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et l'a interdit de retour pour une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige a été édicté par une autorité incompétente ;

- la procédure contradictoire prévue par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration a été méconnue ;

- il a toujours respecté ses obligations de ressortissant géorgien et il peut séjourner librement en France jusqu'à 90 jours sur une période de 180 jours ;

- il est entré régulièrement en France ; dès lors, les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui étaient pas applicables ;

- il a en France trois enfants de 10, 14 et 16 ans avec lesquels il souhaite conserver des rapports et contribuer à leur éducation et à leur entretien ; dès lors, l'arrêté en litige méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il justifie d'un domicile stable, par ailleurs, son ex-épouse se trouve en situation régulière et il a tenté de régulariser sa situation à plusieurs reprises ; dès lors, un délai de départ volontaire

-

aurait dû lui être accordé et le préfet n'aurait pas dû prononcer une interdiction de retour ; ainsi, l'arrêté du 3 juillet 2022 est entaché d'erreurs de fait et d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 juillet 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés. Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. C pour statuer selon la procédure prévue aux articles L. 614-5 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- et les observations de Me Durand-Stephan, pour M. D, ainsi que de

M. D, en présence d'un interprète.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique. Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. D, de nationalité géorgienne, né le 6 juillet 1979, demande au Tribunal d'annuler l'arrêté du 3 juillet 2022 par lequel le préfet du Var lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français sur le fondement du 1° et du 4° de l'article

L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'a interdit de retour pour une durée de deux ans.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

1.

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Mme A B, sous-préfète, chargée de mission auprès du préfet du Var, qui bénéficiait d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet du Var en date du 5 octobre 2020, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture n° 106 du même jour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté préfectoral contesté doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". En application du 3° de l'article L. 121-2 du même code, ces dispositions ne sont pas applicables aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière.

6. Il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution de la décision par laquelle l'autorité administrative signifie à un étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, les articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ne peuvent être utilement invoqués à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. En tout état de cause, il résulte notamment du procès-verbal du 3 juillet 2022 que M. D a eu l'occasion de faire valoir ses observations préalablement à l'édiction de l'arrêté en litige.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".

8. Le 11 décembre 2019, M. D a fait l'objet d'un refus de tire de séjour et d'une mesure d'éloignement suite au rejet définitif de sa demande d'asile qu'il ne justifie pas avoir exécuté. Le 3 juillet 2022, il a été interpellé pour des faits de vol. D'une part, l'arrêté en litige n'est pas fondé sur le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant.

1.

D'autre part, le requérant, qui s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, n'est pas fondé à soutenir qu'il se trouve en situation régulière. En outre, la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire lui a été définitivement refusé. Par suite, le préfet du Var pouvait à bon droit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. Si le requérant soutient qu'il dispose en France de son ex-conjointe et de trois de ses enfants, outre une attestation stéréotypée et non détaillée de cette dernière, il ne produit aucun élément de nature à justifier qu'il entretiendrait des relations suivies avec ses enfants dont il n'a pas la garde et participerait à leur entretien. Il ne témoigne d'aucune insertion particulière dans la société française mais a au contraire déclaré qu'il travaillait de façon non déclarée et il a été interpellé pour des faits de vol. Au surplus, son ex-épouse disposant de la même nationalité il ne résulte pas des pièces du dossier qu'elle ne pourrait pas rendre visite avec ses enfants à

M. D dans leur pays d'origine ou même y reconstituer la cellule familiale. Enfin, les éléments produits par le requérant contiennent de nombreuses incohérences. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

12. Ainsi, qu'il a été dit précédemment, le requérant ne justifie pas entretenir des liens avec ses enfants présents en France ou même participer, selon ses facultés, à leur entretien et à leur éducation. Au surplus, son ex-épouse disposant de la même nationalité il ne résulte pas des pièces du dossier qu'elle ne pourrait pas rendre visite avec ses enfants à M. D dans leur pays d'origine ou même y reconstituer la cellule familiale. Par suite, la décision en litige ne méconnait pas l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

1.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".

14. D'une part, M. D a été interpellé pour des faits de vol, ce qui constitue une menace pour l'ordre public. D'autre part, il a clairement déclaré qu'il comptait se soustraire à la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, c'est à bon droit que le préfet du Var n'a pas accordé de délai de départ volontaire à M. D.

15. En septième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

16. Ainsi qu'il a été dit au point 14, c'est à bon droit qu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à M. D. En l'espèce, il résulte par ailleurs notamment de ce qui a été dit au point 10 qu'aucune circonstance humanitaire ne justifie que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.

17. En huitième lieu, compte-tenu notamment de tout ce qui précède, les circonstances que l'ex-conjointe de M. D ne serait pas en situation irrégulière et que M. D serait entré en 2016 sur le territoire français muni d'un passeport et d'un visa en cours de validité et résiderait chez son ex-conjointe sont sans influence sur le bien-fondé de l'arrêté en litige.

18. Enfin, si le requérant produit un formulaire pré-rempli sur lequel il a coché des lignes qui paraissent correspondre à des moyens sous l'intitulé " motifs d'annulation ", ces derniers ne sont, à l'exception de ceux auxquels il a été répondu ci-dessus, assortis d'aucune argumentation. Par suite, ils sont dépourvus des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

19. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 juillet 2022 par lequel le préfet du Var lui a fait obligation de quitter le territoire français et l'a interdit de retour pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme demandée à ce titre par M. D.

1.

DECIDE

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 août 2022.

Le magistrat désigné Signé :

T. C

La greffière Signé :

K. BAILET

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, Pour la greffière en chef, Et par délégation,

La greffière.

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