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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2201864

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201864

vendredi 23 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201864
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLLC ET ASSOCIES - BUREAU DE TOULON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2022, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 3 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Vidauban a prononcé sa radiation des cadres ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Vidauban une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure en ce qu'il n'a pas pu accéder à son dossier administratif ;

- le courrier du 22 mars 2022 l'informant de la décision du maire prononçant sa radiation des cadres ne mentionne pas les voies et délais de recours ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle mentionne qu'il a volontairement dissimulé le jugement du tribunal correctionnel de Marseille lors de son entretien de recrutement ;

- le maire a commis une erreur manifeste d'appréciation en prononçant sa radiation alors qu'il s'était engagé à trouver une solution de reclassement en cas de retrait de l'agrément ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'elle se fonde sur le retrait d'agrément pour prononcer sa radiation alors qu'il aurait pu être reclassé et avait adressé des propositions de reclassements sur des postes vacants en ce sens.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 novembre 2022, la commune de Vidauban, représentée par Me Reghin, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 29 mars 2023 la clôture d'instruction a été fixée au 29 avril de la même année.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de sécurité intérieure ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Quaglierini, rapporteur ;

- les conclusions de Mme Helfter-Noah, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Marchesini, représentant la commune de Vidauban.

Considérant ce qui suit :

1. M. A était brigadier-chef principal affecté le 1er août 2021 à la commune de Vidauban en tant qu'adjoint à la directrice de la police municipale. Consécutivement à l'arrêté pris par le sous-préfet de Draguignan en date du 18 février 2022 portant retrait de son agrément, le maire de la commune de Vidauban a prononcé, par arrêté du 3 mai 2022, sa radiation des cadres. Par cette requête, M. A entend contester cette dernière décision du maire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'accès au dossier administratif :

2. Aux termes de l'article L. 311-9 du code des relations entre le public et l'administration : " L'accès aux documents administratifs s'exerce, au choix du demandeur et dans la limite des possibilités techniques de l'administration : 1° Par consultation gratuite sur place, sauf si la préservation du document ne le permet pas ; 2° Sous réserve que la reproduction ne nuise pas à la conservation du document, par la délivrance d'une copie sur un support identique à celui utilisé par l'administration ou compatible avec celui-ci et aux frais du demandeur, sans que ces frais puissent excéder le coût de cette reproduction, dans des conditions prévues par décret ; 3° Par courrier électronique et sans frais lorsque le document est disponible sous forme électronique ; 4° Par publication des informations en ligne, à moins que les documents ne soient communicables qu'à l'intéressé en application de l'article L. 311- 6 ".

3. Le requérant soutient ne pas avoir pu accéder à son dossier administratif en relevant avoir joint, en vain, la directrice générale des services ainsi que la directrice des ressources humaines. En outre, il expose qu'il lui a été demandé de prendre rendez-vous et que les copies de son dossier étaient payantes. Cependant, d'une part, les vaines tentatives évoquées par l'intéressé pour joindre les personnes chargées de l'accès à son dossier ne ressortent pas des pièces du dossier ; d'autre part, les circonstances qu'il expose pour démontrer les difficultés d'accéder à son dossier administratif ne sauraient, compte tenu des dispositions précédemment mentionnées, être de nature à établir un obstacle à l'exercice de ses droits. Par conséquent,

ce moyen doit être écarté comme étant non fondé.

En ce qui concerne l'absence des voies et délais de recours :

4. Aux termes de l'article R.412-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

5. Le requérant soutient que le courrier n°2022-53 de la commune de Vidauban ne comporte pas la mention des voies et délais de recours. Mais ce courrier, en ce qu'il informe l'intéressé que sa radiation ne sera prononcée que le 12 mai 2022 afin de tenir compte de son souhait d'accéder à sa mutation, constitue un acte préparatoire à la décision attaquée. Dès lors, le maire n'avait pas à y faire mentionner les voies et des délais de recours ; lesquels sont expressément mentionnés dans l'arrêté attaqué. Par ailleurs, en toute hypothèse, il résulte des dispositions précédemment citées que l'absence de ces mentions ne saurait avoir pour autre conséquence que de les rendre inopposables au requérant. Par conséquent, ce moyen doit être écarté comme étant inopérant.

En ce qui concerne l'erreur de fait :

6. Le requérant soutient qu'en se fondant sur le fait qu'il ait dissimulé volontairement son jugement portant condamnation du 7 juin 2021 du tribunal correctionnel de Marseille lors de son entretien de recrutement, la commune de Vidauban a entaché sa décision d'une erreur de fait.

7. S'il est vrai qu'il ne peut être établi que M. A aurait dissimulé un tel jugement, rendu postérieurement à son embauche, il ressort des pièces du dossier qu'il a toutefois continué à le dissimuler volontairement à la commune de Vidauban au cours de l'exercice de ses fonctions. Il apparaît que cette seule circonstance est suffisante pour caractériser la perte de confiance envers lui de la part de l'autorité territoriale qui lui a été opposée, de sorte que le maire de la commune de Vidauban aurait pris la même décision quand bien même l'intéressé aurait appris sa condamnation le 7 juin 2021 par le jugement du tribunal correctionnel de Marseille en ce sens.

En ce qui concerne l'erreur manifeste d'appréciation :

8. Aux termes de l'article L. 826-10 du code général de la fonction publique : " Lorsque l'agrément d'un agent de police municipale est retiré ou suspendu dans les conditions prévues au troisième alinéa de l'article L. 511-2 du code de la sécurité intérieure, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale peut proposer, un reclassement dans un autre cadre d'emplois dans les mêmes conditions que celles prévues à la section 1 et à la présente section du chapitre VI du présent titre, relatives au reclassement du fonctionnaire territorial reconnu inapte à l'exercice de ses fonctions. Par dérogation au troisième alinéa de l'article L. 826-3, cette proposition n'est pas subordonnée à une demande de l'intéressé ".

9. Il résulte de ces dispositions que si elles accordent au maire la faculté de rechercher les possibilités de reclassement dans un autre cadre d'emplois de l'agent de police municipale dont l'agrément a été retiré ou suspendu et qui n'a fait l'objet ni d'une mesure disciplinaire d'éviction du service, ni d'un licenciement pour insuffisance professionnelle, elles n'instituent pas pour autant au bénéfice des agents de police municipale un droit à être reclassés.

10. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'allègue le requérant, il n'est pas établi que le maire se soit engagé à le reclasser sur un autre poste. Et à supposer même cette circonstance établie, il ressort des pièces du dossier que la perte de confiance des services municipaux vis-à-vis de M. A faisait obstacle à ce qu'il occupe un poste d'assistant à la direction des élections tel qu'il le demandait, poste qui exigeait une technicité non attestée de la part de l'agent. Partant, il convient d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation comme n'étant pas fondé.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu de laisser les frais exposés dans la présente instance à la charge de chacune des parties.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Vidauban au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Vidauban.

Délibéré après l'audience du 12 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

Mme Faucher, première conseillère,

M. Quaglierini, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2023.

Le rapporteur,

signé

B. Quaglierini

Le président,

signé

JF. Sauton

Le greffier,

signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/ la greffière en chef,

Le greffier,

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