mardi 4 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2202508 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BERNARD-CHATELOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 9 septembre 2022, 24 janvier 2023 et 14 mars 2023, M. A B et Mme C B, représentés par Me Rosé, demandent au Tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 mai 2022 par laquelle le maire de la commune de Draguignan a délivré à la SAS Urbis Realisation un permis de construire un immeuble de 46 logements sur R+3 avec stationnements en sous-sol sur un terrain situé Boulevard Léon Blum et cadastré section BE n° 283, 286, 287, 463, 464 et 465 et ensemble la décision du maire de la commune de Draguignan du 13 juillet 2022 de rejet de leur recours gracieux ;
2°) d'annuler la décision du 11 janvier 2023 par laquelle le maire de la commune de Draguignan a délivré à la SAS Urbis Realisation un permis de construire modificatif portant sur la modification de la hauteur du projet, sur le traitement paysager du toit terrasse et la superficie du terrain d'assiette ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Draguignan et de la SAS Urbis Realisations la somme de 2 000 euros chacune à leur verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
En ce qui concerne la recevabilité de la requête :
- ils disposent d'un intérêt à agir à l'encontre de la décision attaquée car ils sont propriétaires de maisons d'habitation sur des parcelles, cadastrées section BE n° 257 et 540 situées à proximité du terrain d'assiette du projet ; ce projet a pour conséquence de densifier l'urbanisation du secteur, et portera atteinte à l'environnement et à la qualité de vie du secteur ; l'accès à l'immeuble projeté se fait par un chemin sur lequel M. B dispose d'une servitude de passage ; un constat d'huissier a été fait le 22 août 2022, afin de confirmer les atteintes qu'ils subiront ; ils sont voisins immédiats et devront supporter la circulation de plusieurs dizaines de véhicules par jour, ainsi que des nuisances pendant la réalisation des travaux.
En ce qui concerne le permis de construire initial du 12 mai 2022 :
- le permis de construire litigieux méconnaît les dispositions de l'article UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme qui fixe à 50 % maximum l'emprise au sol des constructions ; la totalité de la superficie du terrain d'origine doit être prise en compte pour calculer les espaces libres ; la superficie à prendre en compte est donc de 4 963 mètres carrés ;
- le permis de construire aurait dû être précédé d'un permis d'aménager, conformément aux dispositions de l'article L. 441-2 et R. 441-1 du code de l'urbanisme ;
- la décision attaquée méconnaît l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme qui fixe à 20 % les espaces libres qui ne sont pas réservés par le projet ; il ne faut pas confondre espaces libres et espaces verts ; en outre, il ne peut être planté des arbres au-dessus d'un parking sous-terrain ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article UB 8 du règlement du plan local d'urbanisme, ainsi que les dispositions de l'article L. 302-5 du code de l'urbanisme qui prévoient une majoration de la hauteur des constructions de 33 % à condition que cette majoration ne soit pas supérieure au rapport entre le nombre de logements sociaux sur le nombre total de logements ; en l'espèce, la hauteur de l'immeuble aurait dû être limitée à 9 mètres, telle que le prévoit l'article UB 8 du règlement du plan local d'urbanisme ; la hauteur de l'immeuble par rapport au terrain naturel est de 13,54 mètres, car il est nécessaire d'ajouter 1,70 mètre en raison de la différence de hauteur entre le boulevard Léon Blum et le bâtiment projeté ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article UB 9 du règlement du plan local d'urbanisme ; la construction d'un immeuble de 13,54 mètres ne permet pas une bonne insertion architecturale avec les constructions avoisinantes ;
- la réalisation d'un sous-sol sur presque toute la superficie du terrain réduit la réalisation des espaces verts et va entraîner des terrassements importants ; en outre cela entraîne des risques collatéraux pour les constructions voisines ;
- les toitures en terrasse n'ont pas fait l'objet d'un traitement paysager, en méconnaissance des dispositions de l'article UB 9 du règlement du plan local d'urbanisme.
En ce qui concerne le permis de construire modificatif du 11 janvier 2023 :
- le permis de construire modificatif litigieux méconnaît les dispositions de l'article UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme qui fixe à 50 % maximum l'emprise au sol des constructions ; la totalité de la superficie du terrain d'origine doit être prise en compte pour calculer les espaces libres ; la superficie à prendre en compte est donc de 4 963 mètres carrés ;
- le permis de construire aurait dû être précédé d'un permis d'aménager, conformément aux dispositions de l'article L. 441-2 et R. 441-1 du code de l'urbanisme ;
- la décision attaquée méconnaît l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme qui fixe à 20 % les espaces libres qui ne sont pas réservés par le projet ; il ne faut pas confondre espaces libres et espaces verts ; en outre, il ne peut être planté des arbres au-dessus d'un parking sous-terrain ; il y a lieu de prendre en compte la totalité de la superficie de l'unité foncière, soit 4 963 mètres carrés, pour calculer le rapport des constructions existantes et celui des espaces libres non réservés ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article UB 8 du règlement du plan local d'urbanisme, ainsi que les dispositions de l'article L. 302-5 du code de l'urbanisme qui prévoient une majoration de la hauteur des constructions de 33 % à condition que cette majoration ne soit pas supérieure au rapport entre le nombre de logements sociaux sur le nombre total de logements ; en l'espèce, la hauteur de l'immeuble aurait dû être limitée à 9 mètres, telle que le prévoit l'article UB 8 du règlement du plan local d'urbanisme ; la hauteur de l'immeuble par rapport au terrain naturel est de 13,40 mètres, telle que modifiée dans le permis de construire modificatif, car il est nécessaire d'ajouter 1,70 mètre, en raison de la différence de hauteur entre le boulevard Léon Blum et le bâtiment projeté ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article UB 9 du règlement du plan local d'urbanisme ; la construction d'un immeuble de 13,54 mètres ne permet pas une bonne insertion architecturale avec les constructions avoisinantes ;
- la réalisation d'un sous-sol sur presque toute la superficie du terrain réduit la réalisation des espaces verts et va entraîner des terrassements importants ; en outre cela entraîne des risques collatéraux pour les constructions voisines ;
- les toitures en terrasse n'ont pas fait l'objet d'un traitement paysager, en méconnaissance des dispositions de l'article UB 9 du règlement du plan local d'urbanisme.
Par des mémoires en défense enregistrés les 24 novembre 2022 et 21 mars 2023, la commune de Draguignan, représentée par Me Bernard-Chatelot, conclut au rejet de la requête et demande à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable car les requérants ne démontrent pas qu'ils disposent d'un intérêt à agir au regard des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;
- les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense enregistrés les 25 octobre 2022, 2 février 2023, 6 février 2023 et 11 avril 2023, la SAS Urbis Realisations, représentée par Me Durand, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à l'application des dispositions des articles L. 600-5 et/ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et à surseoir à statuer dans l'attente d'un permis de construire modificatif et en tout état de cause à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 3 000 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable en raison du défaut d'intérêt à agir des requérants, au regard des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ; les requérants n'établissent pas que le projet porterait atteinte à leurs conditions d'occupation et de jouissance de leur bien ;
- aucun des moyens soulevés par les requérants n'est fondé.
Par une ordonnance en date du 30 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 25 avril 2023 à 12 heures.
Un mémoire reçu le 25 avril 2023 par Me Bernard-Chatelot pour la commune de Draguignan n'a pas été communiqué en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 mai 2023 :
- le rapport de M. Bailleux ;
- les conclusions de M. Cros, rapporteur public ;
- les observations de Me Rosé, représentant M. et Mme B ;
- et les observations de Me Pignet, représentant la SAS Urbis Realisations.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin d'annulation :
1. Aux termes de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme : " Constitue un lotissement la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière ou de plusieurs unités foncières contiguës ayant pour objet de créer un ou plusieurs lots destinés à être bâtis ". Aux termes de l'article R. 442-1 du même code : " Ne constituent pas des lotissements au sens du présent titre et ne sont soumis ni à déclaration préalable ni à permis d'aménager : / a) Les divisions en propriété ou en jouissance effectuées par un propriétaire au profit de personnes qui ont obtenu un permis de construire ou d'aménager portant sur la création d'un groupe de bâtiments ou d'un immeuble autre qu'une maison individuelle au sens de l'article L. 231-1 du code de la construction et de l'habitation ; () ". Enfin, aux termes de l'article R. 123-10-1, devenu R. 151-21, du code de l'urbanisme : " () Dans le cas d'un lotissement ou dans celui de la construction, sur une unité foncière ou sur plusieurs unités foncières contiguës, de plusieurs bâtiments dont le terrain d'assiette doit faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance, l'ensemble du projet est apprécié au regard de la totalité des règles édictées par le plan local d'urbanisme, sauf si le règlement de ce plan s'y oppose. ".
2. Il résulte de ces dispositions que, par exception à la procédure de lotissement, la division d'une unité foncière prévue au a) de l'article R. 442-1 du code de l'urbanisme, dite " division primaire ", permet à un pétitionnaire de demander et d'obtenir un permis de construire sur une partie de l'unité foncière existante alors que la division du terrain n'est juridiquement pas réalisée, celle-ci étant destinée à être accomplie après l'obtention du permis de construire. Eu égard à l'objet de ce procédé permettant de combiner, pour les projets portant sur un groupe de bâtiments ou un immeuble autre qu'une maison individuelle destinés à occuper une partie de l'unité foncière existante, l'obtention de l'autorisation d'urbanisme nécessaire au projet et la division de l'unité foncière existante, le respect des règles d'urbanisme doit être apprécié au regard de l'ensemble de l'unité foncière existant à la date à laquelle l'administration statue sur la demande, bien que cette dernière soit informée de la division à venir.
3. En premier lieu, aux termes de l'article UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme : " Dans les secteurs UBb et UBc, l'emprise au sol maximale des constructions est fixée à 50% de la totalité de l'unité foncière ". Le lexique figurant dans les dispositions générales du règlement définit l'unité foncière comme " un ensemble de parcelles contiguës appartenant à un même propriétaire, non séparé par une voie ".
4. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du document intitulé " relevé de géomètre de l'unité foncière avec projet de division " que le terrain initial dispose d'une superficie de 4 963 mètres carrés et que le lot A, sur lequel le projet va venir s'implanter, dispose quant à lui d'une superficie de 1 791 mètres carrés. Ce document indique également que le lot B dispose d'une superficie de 3 172 mètres carrés. La notice descriptive du permis de construire initial indique sur ce point que : " L'implantation et la composition du projet. Le projet est situé en zone UBc. Le règlement d'urbanisme impose les dispositions d'implantation suivantes : Une emprise au sol de 50 % de l'unité foncière. La parcelle mesure 1 791 mètres carrés, l'EAS autorisée est de 1791*0,50 = 895,50m². L'EAS du projet est de 890m² ".
5. Les requérants soutiennent à juste titre d'une part, ainsi qu'il a été rappelé précédemment, qu'il est nécessaire de prendre en compte la totalité de la superficie de l'unité foncière (les lots A et B) pour calculer l'emprise au sol maximale des constructions, et donc le respect par le projet des dispositions de l'article UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme, et d'autre part que la notice est erronée car il n'est pas tenu compte de la réalisation des constructions sur le lot B.
6. Toutefois, d'une part la notice du permis de construire modificatif délivré le 11 janvier 2023 indique sur ce point : " Le projet est situé en zone UBc. Le règlement d'urbanisme impose les dispositions d'implantation suivantes sur l'ensemble du terrain (4 963 m²). Une emprise au sol de 50 % de l'unité foncière. Le terrain mesure 4 963 m² soit 2 482 m² autorisés. Après la future division, le lot A mesure 1 791 m² soit 895 m² autorisés. L'EAS du projet est de 890 m² ", rectifiant ainsi la notice du permis de construire initial, qui était erronée. D'autre part, les requérants ne démontrent pas que l'emprise au sol des constructions projetées (en l'espèce 890 mètres carrés), ajoutée à celle des constructions déjà existantes sur le lot B dépasserait le chiffre de 2 482 mètres carrés, qui correspond à l'emprise maximale autorisée par les dispositions précitées de l'article UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme.
7. Il ressort donc des pièces du dossier que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article UB 8 du règlement du plan local d'urbanisme : " 1. Conditions de mesure. La hauteur de toute construction est mesurée au niveau moyen du sol définitif au pied de ladite façade et l'égout du toit ou le niveau de la terrasse proprement dite (hors acrotère). 2. Hauteur absolue : La hauteur maximale des constructions est fixée : () - dans le secteur UBc : à 9 m. () Dispositions particulières : () En application des dispositions de l'article L.151-28 du Code de l'Urbanisme, les programmes de logements comportant des logements locatifs sociaux au sens de l'article L.302-5 du Code de la Construction et de l'Habitation peuvent bénéficier dans la zone UBc d'une majoration de hauteur dans une limite de 33% sous réserve que cette majoration ne soit pas supérieure au rapport entre le nombre de logements locatifs sociaux et le nombre total de logements de l'opération ".
9. Il est constant que le programme prévoit la construction de 14 logements sociaux sur un total de 46 logements, ainsi que l'indique le dossier de demande de permis de construire, en particulier le document PC17-2 intitulé tableau indiquant le nombre de logements sociaux. Ainsi que le font valoir les défendeurs, le ratio nombre de logements sociaux sur nombre de total de logements est donc de 30.43 %. Il résulte donc directement de l'application des dispositions précitées de l'article UB 8 du règlement du plan local d'urbanisme que la hauteur maximale autorisée pour le projet, en prenant en compte la majoration due à la réalisation des logements sociaux, est de 11,74 mètres.
10. Il ressort des plans du dossier de demande de permis de construire initial que la hauteur du projet à l'égout du toit est de 11,75 mètres et est donc supérieure à la hauteur maximale autorisée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le permis de construire modificatif a modifié la hauteur de la construction à l'égout du toit, pour la ramener à 11,70 mètres au lieu de 11,75 mètres. Ainsi, le permis de construire modificatif respecte la hauteur maximale du projet, et a régularisé le permis de construire initial sur ce point.
11. Les requérants soutiennent ensuite qu'il est nécessaire d'ajouter une hauteur de 1,70 mètre aux hauteurs indiquées sur les différents plans, ces hauteurs ne prenant pas en compte le fait que le terrain serait situé en surplomb, pour 1,70 mètre, par rapport au boulevard Léon Blum. Toutefois, il ressort des dispositions précitées de l'article UB 8 du règlement du plan local d'urbanisme que la hauteur absolue de la façade se mesure au pied de la façade. Il ne résulte pas en outre des différents plans du dossier de demande de permis de construire que cette mesure de la hauteur, indiquée à son maximum à 11,75 mètres dans le permis de construire initial, et 11,70 mètres dans le permis de construire modificatif, sur la façade Est et sur la façade Nord, serait erronée.
12. Il ressort donc de l'ensemble des pièces du dossier que les requérants ne peuvent utilement soutenir que le permis de construire initial méconnaitrait les dispositions de l'article UB 8 du règlement du plan local d'urbanisme. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UB 8 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté, à la fois à l'encontre du permis de construire initial mais aussi à l'encontre du permis de construire modificatif.
13. En troisième lieu, aux termes de l'article UB 9 du règlement du plan local d'urbanisme : " Dispositions générales : Les constructions doivent présenter une simplicité de volume, une unité d'aspect et de matériaux en harmonie avec les constructions avoisinantes et compatibles avec la bonne économie de la construction, la tenue générale de l'agglomération et l'harmonie du paysage sans exclure l'architecture contemporaine. L'implantation, la volumétrie et l'aspect architectural devront être conçus de manière à respecter les caractéristiques naturelles du terrain (topographie, végétation) et du paysage. En particulier, les terrassements seront réduits au strict minimum et les restanques ou murs de soutènements devront s'intégrer dans le paysage. 1.1 Les toitures : () Dans le cas de toitures terrasses : Les toitures terrasses doivent être traitées comme une cinquième façade et feront l'objet d'un traitement paysager. Quand elles sont accessibles, elles devront être traitées comme telles (dallage, protection lourde, jardinières) ou végétalisées ".
14. Si les constructions projetées portent atteinte aux paysages naturels ou urbains avoisinants, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
15. Lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.
16. Premièrement, la société pétitionnaire, ainsi que la commune de Draguignan, produisent à l'instance des photographies des constructions du quartier, montrant que celui-ci ne revêt aucun aspect particulier et est marqué par son caractère hétérogène. Les requérants ne contestent pas utilement que lesdites constructions ne seraient pas situées dans l'environnement proche du terrain d'assiette du projet. En outre, les défendeurs font valoir, toujours sans être contestés sur ce point, que les photographies de l'environnement proche du projet qui figurent au sein du constat d'huissier produit par les requérants eux-mêmes ne revêtent pas un aspect particulier.
17. Il ressort en effet du procès-verbal de constat réalisé par le commissaire de justice le 22 août 2022 que l'environnement proche du projet côté Sud du boulevard Léon Blum est composé pour l'essentiel de maisons individuelles, mais que toutefois, côté Nord de ce boulevard, dans un environnement qui peut également être qualifié de proche, se trouvent aussi les bâtiments et équipements publics du lycée Léon Blum et du complexe sportif des Colettes, ainsi que des bâtiments collectifs d'habitation en R+2 et R+3 à environ 150 mètres du projet. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cet environnement présenterait un intérêt, une qualité ou une homogénéité architecturale particulière.
18. Par ailleurs, la société pétitionnaire fait valoir, sans être utilement contestée sur ce point, que la hauteur de la construction projetée est équivalente à celle des constructions situées à proximité du terrain d'assiette du projet, de l'autre côté du boulevard Léon Blum. La société pétitionnaire fait valoir enfin que le projet prévoit une toiture à quatre pans, à l'instar des constructions avoisinantes au projet.
19. La commune quant à elle fait valoir que la notice descriptive du projet précise que : " L'écriture architecturale est contemporaine avec des références à l'architecturale provençale : toiture en tuiles canal à faible pente, fenêtres verticales, volets bois. Le volume simple est découpé visuellement avec un effet de socle obtenu par une teinte contrastée et un rainurage, ainsi que des loggias verticales. Le corps de bâtiment donnant sur l'espace public est coiffé d'une toiture en tuiles canal aspect vieilli soulignée d'une corniche. () La restanque existante le long du boulevard est intégrée à la conception générale d'ensemble et sera adaptée aux contraintes du projet afin de restituer son esthétique ". Il ressort donc des pièces du dossier que cette première branche du moyen tirée de l'absence d'intégration au paysage environnant du fait de la hauteur importante du bâtiment doit être écartée comme infondée.
20. Deuxièmement, les requérants soutiennent que la réalisation de sous-sol sur presque la totalité de la superficie du terrain va réduire les espaces verts et entrainer des terrassements importants, ainsi que des risques collatéraux pour les constructions voisines.
21. Toutefois, d'une part, ainsi que le fait valoir la commune, la réalisation du parking en sous-sol permet au contraire d'augmenter les espaces verts puisque la dalle est reconstituée avec au moins 50 centimètres de terre pour créer des espaces verts. Au demeurant, cette branche du moyen est inopérante car les dispositions de l'article UB 9 du règlement du plan local d'urbanisme n'ont pas pour objet de réglementer les espaces verts.
22. D'autre part, les requérants ne peuvent utilement invoquer les risques collatéraux car ces risques ne sont pas réglementés par les dispositions de l'article UB 9 du règlement du plan local d'urbanisme. Au demeurant, les autorisations d'urbanisme étant délivrées sous réserve du droit des tiers, en application des dispositions de l'article A. 424-8 du code de l'urbanisme, cette branche du moyen est inopérante. Enfin, en tout état de cause, les requérants ne démontrent pas l'existence de tels risques sur les constructions avoisinantes. Il ressort donc des pièces du dossier que les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article UB 9 du règlement du plan local d'urbanisme sur ces différents points.
23. Troisièmement et dernièrement, si les requérants soutiennent que la toiture terrasse n'a pas fait l'objet d'un traitement paysager, il ressort toutefois de la notice descriptive du dossier de demande de permis de construire modificatif que " la toiture terrasse inaccessible sera végétalisée avec un complexe de type SOPRANATURE ". Ainsi, le permis de construire modificatif respecte les dispositions spécifiques de l'article UB 9 du règlement du plan local d'urbanisme relatives aux toitures terrasses inaccessibles. Ainsi, les requérants ne peuvent utilement soutenir que le permis de construire initial méconnaît les dispositions de l'article UB 9 du règlement du plan local d'urbanisme sur ce point car le permis de construire initial a été régularisé par le permis de construire modificatif délivré le 11 janvier 2023.
24. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UB 9 du règlement du plan local d'urbanisme peut être écarté en l'ensemble de ses branches, d'une part en ce qui concerne le permis de construire initial et aussi en ce qui concerne le permis de construire modificatif.
25. En quatrième lieu, aux termes de l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme : " A l'exception des terrains supportant ou devant supporter des constructions et installations nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif, les surfaces à réaliser sont les suivantes : Les espaces libres de toute construction et de tout aménagement générant une imperméabilisation (voie d'accès, aires de stationnement, ) doivent couvrir un minimum de 20% de l'unité foncière ". En outre, le lexique du règlement du plan local d'urbanisme définit les espaces libres comme suit : " Les espaces libres s'entendent comme les parties du terrain libres de toute construction (habitation, annexes fermées, etc ) ou de tout aménagement (voie d'accès, aire de stationnement, terrasse, piscine, etc) et laissées à l'état naturel ou traitées et plantées en espaces verts pleine terre. Le calcul du coefficient d'espace libre se fait donc par la déduction, à l'échelle du terrain de référence, de l'emprise au sol des constructions et de l'emprise au sol de ces divers aménagements, selon le schéma de principe présenté ci-après ". Le même lexique du plan local d'urbanisme précise que : " Les dalles de couverture des constructions situées en sous-sol recouvertes de terre végétale sur une épaisseur minimale de 50 cm et les noues paysagères peuvent être incluses dans le coefficient d'espace libre ".
26. A l'instar de ce qui a été dit pour l'article UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme, il y a lieu, pour apprécier le respect des dispositions de l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme, de se placer au niveau de l'unité foncière prise dans son ensemble, dans le cadre d'une division primaire. En l'espèce, et ainsi que rappelé précédemment, la superficie de l'unité foncière, incluant les lots A et B, est de 4 963 mètres carrés. Les dispositions de l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme imposent donc une superficie de 992,60 mètres carrés d'espaces libres, correspondant à 20 % de la superficie de l'unité foncière.
27. La notice descriptive du permis de construire modificatif indique sur ce point : " Le projet compte 3 603,15 m² d'espaces libres. Dans le cadre de la future division, le lot A d'une surface de 1 791 m² devra libérer 358,20 m² d'espaces libres. Le projet prévoit 435,15 m² d'espaces libres aménagés en espaces verts après division ". Il ressort donc des pièces du dossier que le projet respecte le pourcentage d'espaces libres, que ce soit au niveau de l'unité foncière dans son entier ou au niveau de la simple parcelle constituée par le lot A.
28. Par ailleurs, si les requérants soutiennent simplement " qu'il n'est pas sérieux de vouloir planter au-dessus d'un parking ", ils n'assortissent pas ce moyen des précisions suffisantes pour permettre au juge d'en apprécier le bien-fondé. En effet, ils ne démontrent pas que les espaces verts plantés au-dessus du parking ne seraient pas formés d'au-moins 50 centimètres de pleine terre, comme le prévoient les dispositions générales du plan local d'urbanisme. Par suite, il n'est pas démontré que la société pétitionnaire n'aurait pas été en mesure d'inclure les espaces verts créés au-dessus du parking en sous-sol dans les espaces libres. Au demeurant, ainsi que le font valoir les défendeurs, à supposer même que les dalles du parking souterrain ne puissent pas être prises en compte dans le calcul des espaces libres car elles ne seraient pas recouvertes d'une épaisseur de terre naturelle de 50 centimètres, les requérants ne démontrent pas que dans ces conditions la superficie des espaces libres ne serait pas respectée, au niveau de l'unité foncière.
29. Il ressort donc des pièces du dossier que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme. Il suit de là qu'il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme.
30. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, ou d'une demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative () ".
31. Les requérants soutiennent que le projet aurait dû être précédé ou accompagné d'un permis d'aménager sur l'ensemble de l'unité foncière, tel que prévu par les articles L. 441-2 et R. 441-1 du code de l'urbanisme. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, ce moyen est un moyen nouveau et ne peut être regardé simplement comme une partie du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme.
32. En l'espèce, il n'est pas contesté que le premier mémoire en défense, dans la présente instance, a été communiqué le 9 novembre 2022, et le délai de deux mois fixé à l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme a expiré au 9 janvier 2023. Ainsi, le moyen tiré de la nécessité de l'obtention en amont ou en parallèle d'un permis d'aménager, soulevé la première fois par les requérants dans leur mémoire du 24 janvier 2023, est intervenu après l'expiration de ce délai, et est par suite irrecevable.
33. Il ressort donc des pièces du dossier que les requérants ne pouvaient utilement soulever le moyen tiré du fait qu'un permis d'aménager était nécessaire avant l'obtention du permis de construire litigieux. Dès lors, il y a lieu d'écarter ce moyen comme étant irrecevable.
34. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'aucun moyen soulevé par les requérants n'étant fondé à annuler d'une part le permis de construire initial délivré le 12 mai 2022 et d'autre part le permis de construire modificatif délivré le 11 janvier 2023 à la société Urbis Realisations, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de la requête, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par les deux défendeurs tirée de l'absence d'intérêt à agir des requérants, au regard des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
35. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à chaque partie la charge de ces frais.
DECIDE
Article 1er : La requête des consorts B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Draguignan et de la SAS Urbis Realisations formulées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. A B, à Mme C B, à la commune de Draguignan et à la SAS Urbis Realisations.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Privat, président,
M. Bailleux, premier conseiller,
Mme Faucher, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 4 juillet 2023.
Le rapporteur,
Signé :
F. BAILLEUX
Le président,
Signé :
J-M. PRIVAT La greffière,
Signé :
G. RICCI
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026