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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2202586

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2202586

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2202586
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantLLC ET ASSOCIES - BUREAU DE TOULON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et trois mémoires enregistrés le 19 septembre 2022, les 9 et 21 mars 2023 et enfin le 29 mai 2023, la société par action simplifiée (SAS) Sophinvest, représentée par son président en exercice, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Brignoles a refusé de lui délivrer un permis de construire pour la rénovation d'un immeuble d'habitation sur la parcelle cadastrée AV 391 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Brignoles de lui délivrer le permis de construire sollicité ou subsidiairement de procéder à un nouvel examen de sa demande et ce, dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Brignoles la somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il est soutenu que :

- sa requête est recevable, le dirigeant de la société a qualité pour la représenter en justice et sa requête n'est pas tardive ;

- la décision attaquée émane d'une autorité incompétente faute de justification de la délégation accordée, de sa teneur et de sa publication ;

- le motif de refus opposé à sa demande est infondé, l'architecte des bâtiments de France (ABF) ne pouvait conditionner l'émission de son avis à la production d'autres pièces que celles exigées par le code de l'urbanisme, aucune visite préalable du bâtiment à rénover n'était nécessaire, l'ABF ne disposait d'aucun délai propre pour exiger des documents pour compléter le dossier de demande de permis de construire autre que le délai d'un mois fixé par l'article R. 423-38 du code de l'urbanisme ;

- c'est au pris d'une erreur de droit et d'une méconnaissance du principe de sécurité juridique que ce délai n'a pas été respecté ;

- en l'absence même des éléments demandés par ledit architecte, l'impact du projet pouvait être apprécié, et l'article R. 431-14 du code de l'urbanisme n'a en rien été méconnu, l'administration s'est crue à tort liée par l'avis de l'ABF précité ;

- le préfet de région ne pouvait dans le cadre du recours exercé contre le refus de délivrance de permis de construire, estimer que l'avis de l'ABF était motivé, alors que ce dernier n'a pas émis d'avis ;

- l'atteinte à la sauvegarde et à la mise en valeur du site patrimonial remarquable de la commune de Brignoles n'est pas caractérisée et ne peut découler de la seule existence de l'approbation du périmètre de sauvegarde au sein duquel se trouve l'immeuble objet du projet, qui n'a pas pour effet de rendre inapplicables les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme ;

- le projet envisagé ne modifie en rien l'aspect extérieur ou les volumes du bâtiment concerné qui est des plus ordinaires ;

- la décision attaquée est de fait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et par ailleurs dépourvue de motivation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense enregistrés le 25 novembre 2022 et le 15 mai 2023, la commune de Brignoles représentée par Me Reghin, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SAS Sophinvest la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable et que ses moyens ne sont pas fondés.

Par un courrier en date du 3 novembre 2023 les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de soulever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité de la requête de la société Sophinvest, en l'absence de recours administratif préalable obligatoire exercé par le demandeur de l'autorisation d'urbanisme à l'encontre de l'avis de l'architecte des bâtiments de France.

Par un mémoire enregistré le 6 novembre 2023, M. A B architecte en charge des travaux objets de la décision attaquée a présenté des observations à la suite de la communication de ce courrier.

Par une ordonnance du 20 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 27 octobre 2023 à 12 heures.

Un mémoire présenté le 19 juin 2023 par Me Reghin pour la commune de Brignoles n'a pas été communiqué en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 novembre 2023 :

- le rapport de M. Angéniol ;

- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;

- et les observations de Me Coin, représentant la commune de Brignoles.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Sophinvest, dont le gérant est M. C, a déposé le 24 janvier 2022, une demande de permis de construire à fin de rénovation et de réaménagement de 4 logements d'un immeuble d'habitation édifié sur la parcelle cadastrée AV 391, sis rue de l'Hôpital à Brignoles, au sein du périmètre du site patrimonial remarquable de la commune de Brignoles dont le classement a été opéré par un arrêté du 15 juin 2020 du ministre de la culture. Cette demande de permis a été rejetée par un arrêté du maire de Brignoles du 27 mai 2022, dont la société pétitionnaire demande l'annulation au tribunal.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Aux termes de l'article L. 313-2 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au litige : " A compter de la publication de la décision administrative créant le secteur sauvegardé, tout travail ayant pour effet de modifier l'état des immeubles est soumis à permis de construire () après accord de l'architecte des Bâtiments de France. () / () En cas de désaccord entre, d'une part, l'architecte des Bâtiments de France et, d'autre part, soit le maire ou l'autorité compétente pour délivrer l'autorisation, soit le pétitionnaire, sur la compatibilité des travaux avec le plan de sauvegarde et de mise en valeur ou sur les prescriptions imposées au propriétaire, le représentant de l'Etat dans la région émet, après consultation de la section de la commission régionale du patrimoine et des sites, un avis qui se substitue à celui de l'architecte des Bâtiments de France. Le recours du pétitionnaire s'exerce à l'occasion du refus d'autorisation de travaux () " ; que les dispositions de l'article L. 621-31 du code du patrimoine, dans leur rédaction applicable au litige, instaurent un dispositif d'autorisation préalable de l'architecte des Bâtiments de France pour toute demande de permis de construire portant sur un immeuble situé dans le champ de visibilité d'un édifice classé ou inscrit au titre des monuments historiques et de saisine, en cas de désaccord, du représentant de l'Etat dans la région ; qu'aux termes de l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction alors applicable : " En cas de refus de permis ou d'opposition à une déclaration préalable fondés sur une opposition de l'architecte des Bâtiments de France, le demandeur peut, en application du troisième alinéa de l'article L. 313-2 du présent code, du cinquième alinéa de l'article L. 621-31 ou du deuxième alinéa de l'article L. 642-3 du code du patrimoine, dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision, saisir le préfet de région, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, d'un recours contre cette décision ".

3. Il résulte de ces dispositions que, quels que soient les moyens sur lesquels le recours est fondé, le pétitionnaire n'est pas recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre la décision de refus de permis de construire portant sur un immeuble situé dans un secteur sauvegardé ou dans le champ de visibilité d'un édifice classé ou inscrit au titre des monuments historiques faisant suite à un avis négatif de l'architecte des Bâtiments de France s'il n'a pas, préalablement, saisi le préfet de région, selon la procédure spécifique définie à l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, si tant est qu'un courrier adressé non au préfet de région mais au maire de la commune le 16 juin 2022 puisse être regardé comme le recours administratif préalable obligatoire susmentionné, ce recours a été exercé, non pas par la SAS Sophinvest pétitionnaire, mais par l'architecte en charge des travaux au nom de cette dernière, en l'absence d'un quelconque mandat pour se faire. Par suite, la société pétitionnaire ne pouvant être regardée comme ayant exercé de recours administratif préalable obligatoire, sa requête aux fins d'annulation de la décision du 27 mai 2022 par laquelle le maire de la commune de Brignoles lui a refusé la délivrance d'un permis de construire est irrecevable et ne peut qu'être rejetée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Brignoles, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que la SAS Sophinvest demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de ladite société la somme demandée par la commune au titre des mêmes dispositions.

DECIDE

Article 1er : La requête de la SAS Sophinvest est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Brignoles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Sophinvest et à la commune de Brignoles.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Angéniol, premier conseiller,

M. Bailleux, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé :

P. ANGENIOL

Le président,

Signé :

J.-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

K. BAILET

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation, la greffière.

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