Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 septembre 2022, la société Domaine des Treilles de la Moutte, représentée par Me Consalvi, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du maire de Saint-Tropez du 1er avril 2022 portant ordre d’interruption des travaux 97 chemin des Treilles de la Moutte sur le territoire communal, ensemble la décision implicite portant rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Tropez une somme de 4 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société requérante soutient que :
- l’arrêté est insuffisamment motivé ;
- elle n’a pas eu connaissance du procès-verbal d’infraction dressé le 7 octobre 2021 ;
- l’arrêté attaqué est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation en ce qu’il estime que la construction en cours de réalisation est une construction sans permis de construire ; la partie déjà édifiée correspond aux dimensions de ce qui a été autorisé, seule l’implantation a été légèrement décalée pour une meilleure intégration dans l’environnement existant ; cette seule modification ne permet pas de considérer que les travaux sont réalisés sans autorisation ; les modifications opérées répondent à une demande de l’architecte des bâtiments de France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2022, la commune de Saint-Tropez, représentée par Me Antoine, conclut au rejet de la requête.
La commune de Saint-Tropez fait valoir que :
- le maire étant en situation de compétence liée pour adopter l’arrêté critiqué, les moyens soulevés au titre de la légalité externe sont inopérants ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Le préfet du Var fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 29 février 2024 la clôture d'instruction a été fixée au 2 avril 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 3 mars 2026 :
- le rapport de Mme Chaumont, première conseillère,
- les conclusions de M. Bailleux, rapporteur public,
- et les observations de Me Consalvi, représentant la société Domaine des Treilles de la Moutte, et de Me Boiron-Bertrand, représentant la commune de Saint-Tropez.
Considérant ce qui suit :
1. La société Domaine des Treilles de la Moutte a sollicité la délivrance d’un permis de construire pour l’édification de deux gites ruraux sur un terrain cadastré section AW n° 143, situé 96 chemin des treilles de la Moutte à Saint-Tropez. Le permis de construire sollicité lui a été délivré le 13 décembre 2007. Par un arrêté du 1er avril 2022, le maire de la commune de Saint-Tropez, estimant que les travaux entrepris étaient irréguliers, a ordonné l’arrêt des travaux. Par la présente requête, la société Domaine des Treilles de la Moutte demande au tribunal d’annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
S’agissant de l’existence d’une situation de compétence liée :
2. Aux termes de l’article L. 480-1 du code de l’urbanisme : « Les infractions aux dispositions des titres Ier, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'Etat et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés. Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. (…) Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 480-4 et L. 610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès-verbal ». En outre, aux termes de l’article L. 480-2 du code de l'urbanisme : « L'interruption des travaux peut être ordonnée soit sur réquisition du ministère public agissant à la requête du maire, du fonctionnaire compétent ou de l'une des associations visées à l'article L. 480-1, soit, même d'office, par le juge d'instruction saisi des poursuites ou par le tribunal correctionnel. L'interruption des travaux peut être ordonnée, dans les mêmes conditions, sur saisine du représentant de l'Etat dans la région (…). / Dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480-4 du présent code a été dressé, le maire peut également, si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux. Copie de cet arrêté est transmise sans délai au ministère public. Pour les infractions aux prescriptions établies en application des articles
L. 522-1 à L. 522-4 du code du patrimoine, le représentant de l'Etat dans la région ou le ministre chargé de la culture peut, dans les mêmes conditions, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux ou des fouilles. (…).Dans le cas de constructions sans permis de construire ou d'aménagement sans permis d'aménager, ou de constructions ou d'aménagement poursuivis malgré une décision de la juridiction administrative suspendant le permis de construire ou le permis d'aménager, le maire prescrira par arrêté l'interruption des travaux ainsi que, le cas échéant, l'exécution, aux frais du constructeur, des mesures nécessaires à la sécurité des personnes ou des biens ; copie de l'arrêté du maire est transmise sans délai au ministère public. / Dans tous les cas où il n'y serait pas pourvu par le maire et après une mise en demeure adressée à celui-ci et restée sans résultat à l'expiration d'un délai de vingt-quatre heures, le représentant de l'Etat dans le département prescrira ces mesures et l'interruption des travaux par un arrêté dont copie sera transmise sans délai au ministère public. ».
3. Il résulte de ces dispositions que le maire est tenu de dresser un procès-verbal en application de l’article L. 480-1 du code de l’urbanisme lorsqu’il a connaissance d’une infraction mentionnée à l’article L. 480-4, résultant soit de l’exécution de travaux sans les autorisations prescrites par le livre IV du code, soit de la méconnaissance des autorisations délivrées. Si, après établissement d’un tel procès-verbal, le maire peut, dans le second cas, prescrire par arrêté l’interruption des travaux, il est tenu de le faire dans le premier cas.
4. Ainsi qu’il a été rappelé au point 1, la société Domaine des Treilles de la Moutte avait déposé une demande de permis de construire portant sur l’édification de deux gites ruraux et disposait, à la date de l’arrêté en litige, un permis de construire délivré par le maire de la commune de Saint-Tropez le 13 décembre 2007. S’il est constant que les travaux réalisés par la société requérante n’étaient pas conformes à ceux qui avaient été autorisés par cet arrêté, en raison notamment de l’implantation d’un des bâtiments, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de constat d’infraction au code de l’urbanisme dressé le 7 octobre 2021, que les travaux ainsi exécutés n’étaient pas étrangers au projet approuvé par le permis de construire mentionné ci-dessus. Il suit de là que la société pétitionnaire ne pouvait, en présence d’un permis de construire, être regardée comme étant dépourvue de toute autorisation de construire. Dans ces conditions, le maire de la commune de Saint-Tropez ne se trouvait pas en situation de compétence liée.
S’agissant de la légalité de l’arrêté attaqué :
5. En premier lieu, aux termes de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l’article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d’une procédure contradictoire préalable ». Aux termes de l’article L. 121-2 du même code : « Les dispositions de l’article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d’urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l’ordre public ou la conduite des relations internationales ; / 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ; /
4° Aux décisions prises par les organismes de sécurité sociale et par l’institution visée à l’article L. 5312-1 du code du travail, sauf lorsqu’ils prennent des mesures à caractère de sanction. ».
6. Il résulte de ces dispositions que la décision par laquelle le maire ordonne l’interruption des travaux au motif qu’ils ne sont pas autorisés par une autorisation d’urbanisme précédemment délivrée est au nombre des mesures de police qui doivent être motivées.
7. L’arrêté attaqué vise les dispositions du code général des collectivités territoriales et du code de l'urbanisme dont il fait application ainsi que le plan local d'urbanisme du 8 juillet 2021 et le procès-verbal d’infraction du 7 octobre 2021. Il indique également que les travaux réalisés sur la parcelle située 97 chemin des Treilles de la Moutte consiste en l’édification d’une construction de 6,30 m sur 10,30 m élevée d’un étage, présentant une emprise au sol de 64,89 m² et une hauteur à l’égout de toiture de 6,03 m² et que cette construction se situe à plus de 70 m de l’habitation principale. Il indique par ailleurs que les travaux ont été entrepris en non-respect de l’autorisation délivrée et en violation de la zone A du plan local d'urbanisme de la ville de Saint-Tropez et qu’ils sont de nature à porter une atteinte grave au caractère historique et esthétique des lieux. L’arrêté attaqué contient ainsi l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
8. En second lieu, s’il résulte des dispositions du troisième alinéa de l’article L. 480-2 du code de l’urbanisme précité, que l’arrêté du maire doit être motivé en fait et en droit, les mêmes dispositions n’imposent pas qu’y soit annexé le procès-verbal de constatation des infractions reprochées. En tout état de cause, il ressort du procès-verbal d’infraction du 7 octobre 2021 que celui-ci a été transmis à la société Domaine des Treilles de la Moutte et à son représentant. Par suite, le moyen tiré de ce que la société requérante n’a pas eu connaissance du procès-verbal d’infraction doit être écarté.
9. En troisième lieu, il est constant que la construction réalisée n’est pas implantée à l’emplacement initialement prévu par l’autorisation d’urbanisme délivrée le 13 décembre 2007. La circonstance, au demeurant non établie, que l’implantation différente résulte d’une demande de l’architecte des bâtiments de France est sans incidence dès lors qu’il appartenait, dans ces conditions, à la société requérante de solliciter la délivrance d’un permis de construire modificatif. En outre, il ressort également du procès-verbal d’infraction du 7 octobre 2021, qui fait foi jusqu’à preuve du contraire, que la construction réalisée est sans commune mesure avec celle autorisée par le permis de construire délivré le 13 décembre 2007. A cet égard, si le permis de construire délivré autorisait la réalisation de deux gites ruraux, il ressort des pièces du dossier qu’un seul était en cours de construction et que son architecture et ses dimensions ne correspondent pas aux plans du dossier de permis de construire. L’ensemble de ces travaux caractérise des infractions aux règles d’urbanisme au sens et pour l’application de l’article L. 480-2 du code de l’urbanisme. Par suite, le moyen tiré de ce que l’arrêté attaqué est entaché d’une erreur d’appréciation ne peut qu’être écarté.
10. Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que la société Domaine des Treilles de la Moutte n’est pas fondée à demander l’annulation de l’arrêté du 1er avril 2022 par lequel le maire de la commune de Saint-Tropez a prononcé l’interruption des travaux entrepris sur la parcelle situé
97 chemin des Treilles de la Moutte.
Sur les frais de procédure :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Saint-Tropez, qui n'est pas la partie perdante, une quelconque somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Domaine des Treilles de la Moutte est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Domaine des Treilles de la Moutte, au préfet du Var et à la commune de Saint-Tropez.
Délibéré après l'audience du 3 mars 2026, à laquelle siégeaient :
M. Privat, président,
Mme Chaumont, première conseillère,
Mme Le Gars, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2026.
La rapporteure,
Signé :
A-C. CHAUMONT
Le président,
Signé :
J-M. PRIVAT
La greffière,
Signé :
K. BAILET
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière.