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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2202855

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2202855

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2202855
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMOTHERE LUCREZIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 octobre 2022 et 2 janvier 2023,

M. E B, représenté par Me Mothère, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2022 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé son pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, un récépissé valant autorisation provisoire de séjour ;

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté attaqué est incompétent ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien ; le préfet ne démontre pas qu'il pourrait bénéficier d'un suivi médical approprié en Algérie ;

- il réside en France depuis plus de 10 ans.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est tardive et qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

Par une ordonnance du 18 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 décembre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité algérienne, né le 12 avril 1971, a déposé un dossier de demande de titre de séjour en qualité " d'étranger malade " le 12 mars 2021. Par un arrêté du

16 février 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé son pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée du 16 février 2022 a été signée par Mme A D, directrice de cabinet du préfet du Var. Par un arrêté en date du 7 janvier 2022, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture du même jour, Mme A D a reçu délégation à l'effet de signer durant " le service de permanence () tous arrêtés et toutes décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département notamment, () les mesures d'éloignement ". Cette délégation, qui est suffisamment précise, habilite ainsi Mme D à signer les arrêtés portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français, fixation du délai de départ volontaire et du pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français. En outre, il n'est pas soutenu et il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D n'aurait pas, en l'espèce, été de permanence à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et sera écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. En outre, cette même décision cite les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle rappelle ensuite que la situation de l'intéressé a été étudiée par un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui a rendu un avis, au regard duquel le préfet du Var a estimé que le requérant ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour temporaire. En outre, le préfet n'est pas tenu d'exposer l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, et il n'était pas dans l'obligation de préciser en quoi l'offre de soin serait suffisante au regard des pathologies du requérant. Ainsi, la décision attaquée fait apparaître les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait insuffisamment motivée. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ". Selon l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux demandes de certificat de résidence présentées par les ressortissants algériens : " () Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. /L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ".

5. D'une part, il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un certificat de résidence à un étranger qui en fait la demande sur le fondement des stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le certificat de résidence sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

6. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII allant dans le sens de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

7. En l'espèce, le requérant soutient dans sa requête, sans toutefois apporter aucune justification, qu'il souffre de psychoses paranoïaques. Le collège de médecins du service médical de l'OFII, saisi par le préfet du Var au cours de l'instruction de la demande de certificat de résidence formulée par le requérant, a considéré que l'état de santé de M. B " nécessite une prise en charge médicale dont le défaut de prise en charge peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il indique également qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier d'un traitement approprié ". En soutenant qu'il n'est pas démontré que M. B pourrait bénéficier d'un suivi médical approprié en Algérie, le requérant inverse la charge de la preuve sans contredire utilement l'avis du collège des médecins de l'OFII, qui indique que le requérant pouvait bénéficier d'un traitement adéquat et adapté à sa maladie dans son pays d'origine.

8. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet du Var a refusé au requérant la délivrance d'un certificat de résidence algérien en raison de son état de santé.

9. En quatrième et dernier lieu, si le requérant soutient qu'il vit en France depuis plus de dix ans, il n'apporte au soutien de ce moyen aucun élément permettant d'en apprécier le bien-fondé.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de répondre à la fin de non-recevoir soulevée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

Mme Faucher, première conseillère,

M. Qauglierini, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.

La rapporteure,

Signé

S. C

Le président,

Signé

J-F. SautonLa greffière,

Signé

B. Ballestracci

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

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