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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2202915

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2202915

lundi 14 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2202915
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCHASSANY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 octobre 2022 et le 9 novembre 2022, la société Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 12 juillet 2022 par laquelle le maire de la commune de La Cadière d'Azur s'est opposé à la déclaration préalable en vue de l'implantation d'une station relais de téléphonie mobile sur un terrain sis 3593 chemin de Cuges, au lieudit Les Luquettes, sur une parcelle cadastrée section OG n°103, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au maire, à titre principal de lui délivrer une décision de non opposition à déclaration préalable, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard, subsidiairement d'avoir à ré-instruire sa déclaration préalable dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de la commune de La Cadière d'Azur une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société Free Mobile soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il existe un intérêt public à ce que le territoire national soit couvert par le réseau de téléphonie mobile de tous les opérateurs et que le territoire de la commune de La Cadière d'Azur n'est à cet égard que partiellement couvert par le réseau Free Mobile, et notamment la partie du territoire sur laquelle la station relais en cause doit être implantée n'est pas couverte par ses réseaux, et alors que la société a pris des engagements envers l'Etat en termes de couverture et de qualité de service et se trouve de ce fait dans l'obligation de mettre en œuvre une gestion prévisionnelle à court ou très moyen terme de l'implantation de ses équipements ;

- plusieurs moyens sont propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

-) elle est entachée d'erreur de droit tenant à l'application de l'article 5 du chapitre 2 du plan local d'urbanisme compte tenu de l'article 7 des dispositions générales qui excluent l'application des premières aux équipements publics, dont font partie les stations de téléphonie mobile ;

-) le motif tiré de la méconnaissance de l'article 5 du chapitre 2 du plan local d'urbanisme relatif à l'atteinte aux lieux avoisinants, qui connait une exception pour les équipements d'intérêt général, n'est pas fondé ; la commune n'a pas, en outre, préalablement apprécié la qualité du site ;

-) le motif tiré du défaut de justification du choix de l'emplacement est matériellement inexact et méconnait les articles R. 431-35 et -36 du code de l'urbanisme relatifs à la composition de la déclaration préalable ;

-) la substitution de motif demandée par la commune de La Cadière d'Azur au profit de l'article 7 des dispositions générales du plan local d'urbanisme n'est pas fondée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2022, la commune de la Cadière d'Azur, représentée par Me Chassany, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge de la société Free Mobile au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- à titre principal, il n'existe aucun doute sérieux quant à la légalité de sa décision ;

- subsidiairement, la commune sollicite une substitution de motif en ce que les dispositions de l'article 7 des dispositions générales du PLU soient substituées à celles de l'article 5 du chapitre 2 appliquées.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 6 septembre 2022 sous le numéro 2202431 par laquelle la société Free Mobile demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Sauton, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 10 novembre 2022.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Picard, greffière d'audience, M. A a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Martin pour la société Free Mobile,

- et celles de Me Kombila pour la commune de la Cadière d'Azur.

Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

2. Pour prendre l'arrêté en litige, le maire de la commune de La Cadière d'Azur s'est fondé sur les motifs suivants : le projet est classé dans une zone Abio du Plan Local d'Urbanisme correspondant aux espaces de la commune à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ; le projet ne respecte pas l'article 5 du chapitre 2 du plan local d'urbanisme relatif à l'intégration au site.

3. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'erreur de droit tenant à l'application de l'article 5 du chapitre 2 du plan local d'urbanisme est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

4. Toutefois, d'une part, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

5. Aux termes de l'article 7 des dispositions générales du plan local d'urbanisme de la commune de La Cadière d'Azur : " Les constructions, installations ou ouvrages nécessaires à des équipements d'intérêt collectif () sont autorisés dans chaque zone ; et peuvent être accordés nonobstant les règles applicables à chaque zone sur justification technique et fonctionnelle et sous réserve d'une bonne intégration dans le site. ". Ces dispositions sont applicables aux stations relais de téléphonie mobile, quel que soit leur lieu d'implantation et nonobstant les dispositions de l'alinéa suivant dudit article 7 qui ne créent pas une exception aux précédentes.

6. Si, compte tenu de l'existence dans le règlement du plan local d'urbanisme de la commune, dont le caractère équivoque nécessite une interprétation, des dispositions spéciales précitées de l'article 7 des dispositions générales, les dispositions plus générales de l'article 5 du chapitre 2 dudit règlement ne trouvaient pas à s'appliquer au projet de la société Free Mobile, il apparait, en l'état de l'instruction, que le maire de la commune de La Cadière d'Azur aurait pu légalement prendre la décision attaquée, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement des dispositions de l'article 7 des dispositions générales. Les garanties dont sont assorties ces dispositions étant similaires et les parties ayant été en mesure de présenter leurs observations sur ce point, suite à la demande de substitution de motif présentée par la commune et qui s'analyse en réalité en une demande de substitution de base légale, il y a lieu de substituer les dispositions de l'article 7 des dispositions générales précitées à celles de l'article 5 du chapitre 2 ayant été appliquées.

7. D'autre part, il résulte de l'instruction que le maire de la commune de La Cadière d'Azur aurait pris la même décision en ne retenant que le seul motif de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 7 des dispositions générales du plan local d'urbanisme.

8. Par suite, en l'état de l'instruction et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'urgence, aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Dès lors, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée doivent être rejetées.

9. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être également rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Ces dispositions font obstacle aux conclusions de la société Free Mobile dirigées contre la commune de La Cadière d'Azur qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Free Mobile une somme en application desdites dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Free Mobile est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de La Cadière d'Azur tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Free Mobile et à la commune de La Cadière d'Azur.

Fait à Toulon, le 14 novembre 2022.

Le vice-président désigné,

Signé

JF. A

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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