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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2203364

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2203364

jeudi 12 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2203364
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre - Juge Unique
Avocat requérantLEBRETON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 02 décembre 2022, M. A se disant Ibrahima B ou Ibrahima Khalil Keita, représenté par Me Lebreton, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2022 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour pour une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

3°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Il soutient que :

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

- les informations du fichier Visabio sont inexactes dès lors qu'il est mineur et de nationalité malienne ; il a entrepris des démarches scolaires qui ne pourront aboutir du fait de cet arrêté ;

- il ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en tant que

mineur ;

Sur la décision portant interdiction de retour :

- il justifie d'une résidence effective et permanente par l'Aide sociale à l'enfance et aurait dû bénéficier du délai de départ volontaire de sorte qu'il n'aurait pas dû être interdit de retour ; il n'a fait l'objet d'aucune mesure d'éloignement et ne représente pas une menace à l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente du Tribunal a désigné M. Sauton, vice-président, pour statuer sur les requêtes présentées sur le fondement de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. C a présenté son rapport, en l'absence des parties.

Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience. Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 1er décembre 2022, le préfet du Var a obligé M. A se disant B

ou Khalil Keita, ressortissant malien né le 28 septembre 2006, ou M. E D selon le préfet, ressortissant sénégalais né le 21 décembre 2001, à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour pour une durée d'un an. Le préfet a fondé sa décision sur les dispositions, en particulier, du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'intéressé demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991: " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 susvisé pris pour l'application de cette loi : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué. ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A se disant B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

1.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

3. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : 1° L'étranger mineur de dix-huit ans ; () ". L'article L. 811-2 de ce code prévoit que:

" La vérification des actes d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ".

4. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

5. En l'espèce, M. B produit un acte de naissance établi le 04 novembre 2022 et un jugement supplétif du 2 novembre 2022 mentionnant une date de naissance au 28 septembre 2006 au Mali, une ordonnance de placement provisoire du 17 octobre 2022 du procureur de la République d'Avignon et une attestation de prise en charge par le conseil départemental du Vaucluse. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le fichier Visabio a révélé que M. A se disant B était en réalité M. D, né le 21 décembre 2001 au Sénégal et ayant auparavant bénéficié d'un visa de court séjour n° ITA042360281 demandé le 29 avril 2022 et délivré par les autorités italiennes le 23 juin 2022, correspondant à un passeport n° A03003915 valable du 24 janvier 2022 au 23 janvier 2027. Eu égard aux données à caractère personnel enregistrées dans le traitement automatisé dénommé Visabio, à savoir en particulier les empreintes digitales des dix doigts des demandeurs de visa, conformément aux dispositions de l'article R. 142-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les actes d'état civil produits par M. A se disant B doivent être regardés comme inexacts. Au surplus, l'absence de déplacement du requérant à l'audience n'a pas permis de le comparer à la photographie du fichier Viabio. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'erreur de droit doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente

1.

pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article

L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L.

751-5. ".

7. M. D excipe de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour en soutenant qu'il aurait dû bénéficier d'un délai de départ volontaire. Si M. D a simplement déclaré ne pas souhaiter aller en centre de rétention et rester au foyer pour mineur, il ne peut être regardé comme présentant des garanties de représentation suffisantes, dès lors qu'il a communiqué des renseignements inexacts quant à son identité et qu'il n'établit pas être entré régulièrement sur le territoire français, ni y avoir sollicité un titre de séjour. Le préfet aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur ces deux motifs. Par suite, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour doit être écarté.

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". En vertu de l'article

L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles

L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

9. M. D soutient qu'il n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et ne représente pas une menace pour l'ordre public. En dépit de ces éléments, relevés également dans la décision attaquée, eu égard à sa situation de célibataire sans enfants, en l'absence de liens particuliers avec la France et au regard de sa durée de présence déclarée très récente, à savoir deux mois au 1er décembre 2022, la durée d'un an d'interdiction de retour prononcée par le préfet n'est pas disproportionnée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens :

11. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à mettre à la charge de l'Etat les frais exposés et non compris dans les dépens, ne peuvent qu'être rejetées.

1.

D E C I D E:

Article 1er : M. D est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2: Le surplus de la requête de M. D est rejeté.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. D se disant M. B et au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2023.

Le magistrat désigné, Signé

JF. C

La greffière, Signé

I.REZOUG

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, La greffière en chef,

La greffière,

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