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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2203394

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2203394

jeudi 12 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2203394
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre - Juge Unique
Avocat requérantLAGARDERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 07 décembre 2022, M. A C, représenté par Me Lagardère, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2022 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

3°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Il soutient que :

Sur la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait son droit d'être entendu ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

-

Sur la décision accordant un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnait le droit d'être entendu prévu par l'article 7 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le délai accordé est insuffisant eu égard à la durée de son séjour et à son état de santé ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente du Tribunal a désigné M. Sauton, vice-président, pour statuer sur les requêtes présentées sur le fondement de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. B a présenté son rapport, en l'absence des parties.

Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 17 novembre 2022, le préfet du Var a obligé M. C, ressortissant moldave né le 9 mai 1981, à quitter le territoire dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Le préfet a fondé sa décision sur les dispositions, en particulier, du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'intéressé demande l'annulation de cet arrêté.

1.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991: " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 susvisé pris pour l'application de cette loi : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué. ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne une décision portant refus de séjour :

3. Même s'il mentionne, en son article 1er, que " Le droit au séjour au titre de l'asile de M. A C est refusé ", l'arrêté attaqué ne peut être regardé ni comme statuant sur la demande d'asile de l'intéressé, le rejet de cette demande procédant de la décision prise par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 8 juillet 2022, ni même comme lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'intéressé n'ayant au demeurant présenté aucune demande distincte sur un autre fondement que l'asile. Aussi, cette mention étant superfétatoire, en application des dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les moyens du requérant soulevés contre le dispositif de l'article 1er de l'arrêté attaqué doivent être écartés comme inopérants.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. L'arrêté attaqué vise notamment les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Il fait également état de la décision de rejet par l'OFPRA de la demande d'asile de M. C et relate des éléments personnels, familiaux, ainsi que relatifs à sa situation administrative de manière suffisante. L'arrêté attaqué comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est donc inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie

1.

intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il n'implique toutefois pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, l'étranger soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales. En principe, il se trouve ainsi en mesure de présenter à l'administration, à tout moment de la procédure, des observations et éléments de nature à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement. Enfin, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision faisant grief que si la procédure administrative aurait pu, en fonction des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, aboutir à un résultat différent du fait des observations et éléments que l'étranger a été privé de faire valoir.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C avait bénéficié d'un entretien individuel le 4 juillet 2022 devant l'OFPRA dans le cadre de sa demande d'asile. Il ne soutient, ni même n'allègue, qu'il aurait vainement sollicité un entretien devant les services préfectoraux. Enfin, M. C ne fait état d'aucun élément qu'il aurait été privé de communiquer au préfet et qui aurait pu conduire ce dernier à prendre une décision différente. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, partie intégrante des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne, doit être écarté.

7. L'arrêté attaqué ne comportant aucune décision de refus de séjour en dépit de la rédaction de son article 1er, comme indiqué au point 3 du présent jugement, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité d'une décision portant refus de séjour. Par suite, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire :

8. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. ". Selon l'article L. 613-2 de ce code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles

L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". L'autorité administrative, lorsqu'elle accorde ce délai de trente jours, n'est pas tenue de motiver sa décision sur ce point si l'étranger, comme en l'espèce, n'a présenté aucune demande en ce sens. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

9. M. C ne peut se prévaloir directement de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier dès lors que ce texte a été régulièrement transposé en droit interne par la loi du 16 juin 2011 relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité, à l'ancien article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions ont été

1.

reprises, notamment, à l'article L. 612-1 du même code suite à l'entrée en vigueur de l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020, le 1er mai 2021. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu prévu par l'article 7 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier doit être écarté. En toute hypothèse, M. C a été mis en mesure de présenter ses observations ainsi qu'il a été exposé aux points 5 et 6.

10. Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. ". Si M. C se prévaut de la durée de son séjour et de son état de santé, celui-ci a déclaré être entré en France le 6 mars 2022, soit de manière très récente et il ne produit aucune pièce ni ne donne de précisions relatives à d'éventuelles pathologies. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

11. Aucune décision de refus de séjour n'étant intervenue et l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas établie, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision relative au délai de départ volontaire doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. ". En l'espèce, l'arrêté attaqué mentionne en l'article 3 de son dispositif que

M. C pourra être reconduit d'office vers son pays d'origine ou dans tout pays dans lequel il est légalement admissible. En outre, ainsi qu'il a été indiqué au point 4 du présent jugement, il comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il examine, en particulier, expressément la situation de M. C eu égard à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

13. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas établie, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens :

15. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à mettre à la charge de l'Etat les frais exposés et non compris dans les dépens, ne peuvent qu'être rejetées.

1.

D E C I D E:

Article 1er : M. C est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2: Le surplus de la requête de M. C est rejeté.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2023.

Le magistrat désigné, Signé

JF. B

La greffière, Signé

I.REZOUG

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, La greffière en chef,

La greffière

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