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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2300215

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2300215

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2300215
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre - Juge Unique
Avocat requérantCHOUMAN FRANCK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 décembre 2022, M. D E, représenté par Me Chouman, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé son admission au séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. E soutient que l'arrêté pris dans son ensemble :

- est entaché d'incompétence ;

- est insuffisamment motivé ;

- méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Aucun mémoire en défense n'a été produit par le préfet des Alpes-Maritimes.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente du Tribunal a désigné M. Sauton, vice-président, pour statuer sur les requêtes présentées sur le fondement de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. B a présenté son rapport, en l'absence des parties.

Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 2 décembre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé l'admission au séjour au titre de l'asile et a obligé M. E, ressortissant péruvien né en 1980, à quitter le territoire dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Le préfet a fondé sa décision sur les dispositions, en particulier, des articles L. 542-2 et L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'intéressé demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991: " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. E, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué, en date du 2 Décembre 2022, a été signé par Mme A C, adjointe au chef du bureau des examens spécialisés. Par un arrêté

n° 2022-731 du 1er septembre 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°197-2022 de la préfecture des Alpes-Maritimes, Mme C a reçu délégation de signature à l'effet de signer, au nom du préfet des Alpes-Maritimes, " les refus de séjour et obligation de quitter le territoire français au titre de l'asile en vertu des décisions défavorables de l'OFRPA et de la CNDA ". Par conséquent, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté litigieux doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué expose les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. S'il ne fait pas mention de la famille du requérant présente en France, le préfet du Var n'est pas tenu de faire état de l'ensemble de la situation de la personne concernée. Le moyen sera donc écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales: " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Le requérant fait notamment valoir qu'il est entré en France en 2021, où il habite chez sa mère, de nationalité française. Il fait aussi état de la présence de sa sœur et de ses enfants et de l'état de santé de sa mère. Toutefois, il ne ressort pas du dossier que la présence de l'intéressé aux côtés de sa mère soit indispensable. L'entrée du requérant, dont la femme et les enfants vivent au Pérou, sur le sol français est récente. Sa demande d'asile a été rejetée, par deux fois, par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile. Le requérant ne justifie pas de l'impossibilité de mener une vie personnelle normale dans son pays d'origine. Eu égard à la durée et aux conditions de séjour de l'intéressé en France, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que l'arrêté soit entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette mesure sur sa situation personnelle.

8. Enfin, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". En vertu de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

9. Si le requérant se prévaut d'un risque de mauvais traitement en cas de retour au Pérou en raison des menaces dont lui et sa famille feraient l'objet, il n'établit pas le bienfondé de ses craintes à la date de l'arrêté attaqué. Sa demande tendant à se voir reconnaitre le statut de réfugié a d'ailleurs été rejetée par deux fois par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. L'intéressé n'est, dès lors, par fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes aurait méconnu les dispositions précitées.

D E C I D E:

Article 1er : M. E est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2: Le surplus de la requête de M. E est rejeté.

Article 3: Le présent jugement sera notifié M. D E, à Me Chouman et au préfet des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

JF. B

La greffière,

Signé I.REZOUG

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, La greffière en chef,

La greffière

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