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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2300501

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2300501

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2300501
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationAide sociale
Avocat requérantANDREANI - HUMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 14 février 2023, enregistrée le 17 février 2023 au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Marseille a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme A C.

Par cette requête enregistrée le 10 février 2023 au greffe du tribunal administratif de Marseille et des mémoires, enregistrés les 29 septembre 2023 et 22 avril 2024, Mme A C, représentée par Me De Sousa, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 novembre 2022 par laquelle Pôle emploi, a refusé de faire droit à sa demande présentée le 14 novembre 2022 visant à percevoir le versement rétroactif de l'allocation de solidarité spécifique (ASS), pour la période comprise entre le 13 avril 2022 et le 13 octobre 2022 ;

2°) d'annuler la décision du 13 décembre 2022 du médiateur de Pôle emploi mettant fin à la médiation ;

3°) d'enjoindre à titre principal, à Pôle emploi de lui verser l'ASS concernant la période du 13 avril 2022 au 13 octobre 2022, dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir ;

4°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, à Pôle emploi de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de Pôle emploi une somme de 2 000 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 à verser directement à Me Mallory De Sousa.

Elle soutient que :

- En l'absence d'une délégation régulière, la décision du 18 novembre 2022 a été signée par une autorité incompétente ;

- la décision du 18 novembre 2022 est entachée d'un vice de forme car elle ne permet pas d'identifier la qualité de l'auteur de l'acte en méconnaissance des dispositions de l'article L212-1 et L212-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est insuffisamment motivée en droit et en fait, en méconnaissance des dispositions de l'article L211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle disposait d'un délai de deux ans, conformément à l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale, pour demander le versement de l'ASS pour la période comprise entre le 13 avril 2022 et le 13 octobre 2022, ce qu'elle a fait le 14 novembre 2022 ;

- sa demande visant à percevoir l'ASS sur la période comprise entre le 13 avril 2022 et le 13 octobre 2022 est fondée, elle remplissait toutes les conditions pour percevoir l'ASS dont celle relative au montant de ses ressources.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2024, France Travail Provence Alpes Côte d'Azur, représenté par Me Andreani, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- Les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 13 décembre 2022 du médiateur régional de France Travail PACA sont irrecevables, car ce courrier n'a pas de portée décisoire ;

- Les conclusions à fin d'annulation du courrier du 18 novembre 2022 sont irrecevables car ce courrier n'a pas de portée décisoire ; il a seulement pour objet d'informer sa destinataire des conséquences de la décision du 30 mai 2022, rejetant sa demande d'ASS, qui mentionnait les voies et délais de recours et que l'intéressée n'a pas contestée ; elle est donc devenue définitive ;

- À titre subsidiaire, les moyens invoqués sont infondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 13 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du travail ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente, juge statuant seule, a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me De Sousa, avocate, représentant Mme C, et de Me Sauret, avocate, substituant Me Andreani, représentant France travail PACA.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après les observations de Me De Sousa pour Mme C et de Me Sauret pour France Travail à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a été inscrite à plusieurs reprises sur la liste des demandeurs d'emploi depuis le 22 avril 2003 et en dernier lieu le 14 décembre 2021. Par courrier du 26 avril 2022, réitéré le 12 mai 2022, en vue de compléter sa demande de renouvellement d'allocation de solidarité spécifique, il lui a été demandé par le directeur de l'agence Pôle emploi de La Seyne-Sur-Mer de transmettre une copie de l'avis d'imposition 2021 sur ses revenus 2020. Par courrier du 29 avril 2022, le même directeur l'informe de ce qu'elle arrive au terme d'une période d'indemnisation de six mois à l'allocation de solidarité spécifique (ASS) et l'invite à renvoyer le questionnaire joint complété et signé. Par une décision du 30 mai 2022, sa demande de renouvellement de l'ASS a été rejetée faute d'avoir transmis les documents demandés nécessaires à la justification de ses ressources. Suite à une nouvelle demande, ses droits ont, ensuite, été renouvelés par une décision du 19 octobre 2022. Dans un courrier du 14 novembre 2022, Mme C a demandé le versement rétroactif de ses droits à compter du 13 avril 2022. Un refus lui a été opposé le 18 novembre 2022. Mme C a formé une demande de médiation clôturée le 13 décembre 2022 par le maintien de la position de Pôle emploi. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation d'une part de la décision du 18 novembre 2022 refusant le versement de l'ASS pour la période du 13 avril 2022 au 13 octobre 2022, d'autre part de la décision du médiateur de France travail du 13 décembre 2022. Enfin, elle demande le versement de l'ASS pour la période du 13 avril 2022 au 13 octobre 2022.

Sur les fins de non-recevoir opposées par France Travail :

Sur la fin de non- recevoir tirée de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision du médiateur de France travail du 13 décembre 2022 :

2. Aux termes de l'article L. 5312-12-1 du code du travail : " Il est créé, au sein de l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1, un médiateur national dont la mission est de recevoir et de traiter les réclamations individuelles relatives au fonctionnement de cette institution, sans préjudice des voies de recours existantes. Le médiateur national, placé auprès du directeur général, coordonne l'activité de médiateurs régionaux, placés auprès de chaque directeur régional, qui reçoivent et traitent les réclamations dans le ressort territorial de la direction régionale. Les réclamations doivent avoir été précédées de démarches auprès des services concernés (). ".

3. Il résulte de ces dispositions que les réponses adressées par le médiateur de Pôle emploi aux auteurs des réclamations qui le saisissent en vertu de l'article L. 5312-12-1 du code du travail après avoir effectué les démarches auprès des services concernés n'ont pas le caractère de décisions susceptibles de faire l'objet de recours contentieux. Par suite, les conclusions de Mme C dirigées contre la décision en date du 13 décembre 2022 par laquelle le médiateur de Pôle emploi l'a informé que sa saisine en médiation ne pouvait aboutir, sont irrecevables. La fin de non- recevoir opposée par France Travail doit être accueillie et les conclusions rejetées.

Sur la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision de France travail du 18 novembre 2022 :

4. Il résulte de l'instruction que Mme C s'est vu refuser le renouvellement de l'allocation de solidarité spécifique (ASS), au printemps 2022, faute d'avoir produit l'avis d'imposition 2021 sur ses revenus de 2020, qu'au demeurant elle n'avait pas en sa possession, en raison d'une déclaration tardive de ses revenus. Après plusieurs demandes aux services fiscaux, elle a obtenu l'avis d'imposition en cause en septembre 2022 et a demandé le versement de l'ASS à titre rétroactif à compter du 13 avril 2022. Eu égard aux changements des circonstances, résultant de la transmission des documents nécessaires à la justification de la condition de ressources de Mme C, la décision du 18 novembre 2022 ne revêt pas le caractère d'une décision confirmative de la décision du 30 mai 2022 notifiant à Mme C le non renouvellement de l'ASS pour absence de justificatif de ressources. Dès lors, la décision du 18 novembre 2022 revêt le caractère d'une décision faisant grief. Par suite, les conclusions dirigées contre cette décision sont recevables et la fin de non- recevoir opposée par France Travail doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 18 novembre 2022 :

5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur les droits au revenu de remplacement des travailleurs privés d'emploi, c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant au cours de la période en litige que le juge doit statuer.

6. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés du caractère irrégulier de la notification du 18 novembre 2022, du défaut de motivation de cette décision, et de l'impossibilité d'en identifier l'auteur sont inopérants et doivent être écartés.

Sur le bien-fondé de la décision :

7. Aux termes de l'article L. 5423-1 du code du travail : " Ont droit à une allocation de solidarité spécifique les travailleurs privés d'emploi qui ont épuisé leurs droits à l'allocation d'assurance, qui ne satisfont pas aux conditions pour bénéficier de l'allocation des travailleurs indépendants prévue à l'article L. 5424-25 et qui satisfont à des conditions d'activité antérieure et de ressources ". Aux termes de l'article L. 5411-2 du code du travail : " Les demandeurs d'emploi renouvellent périodiquement leur inscription selon des modalités fixées par arrêté du ministre chargé de l'emploi et la catégorie dans laquelle ils ont été inscrits. Ils portent également à la connaissance de Pôle emploi les changements affectant leur situation, susceptibles d'avoir une incidence sur leur inscription comme demandeurs d'emploi ". Aux termes de l'article R.5423-1 du code du travail : " Pour bénéficier de l'allocation de solidarité spécifique, les personnes mentionnées à l'article L. 5423-1 :1° Justifient de cinq ans d'activité salariée dans les dix ans précédant la fin du contrat de travail à partir de laquelle ont été ouverts leurs droits aux allocations d'assurance. En ce qui concerne les personnes ayant interrompu leur activité salariée pour élever un enfant, cette durée est réduite, dans la limite de trois ans, d'un an par enfant à charge ou élevé dans les conditions fixées à l'article R. 342-2 du code de la sécurité sociale ; 2° Sont effectivement à la recherche d'un emploi au sens de l'article L. 5421-3, sous réserve des dispositions de l'article R. 5421-1 ; 3° Justifient, à la date de la demande, de ressources mensuelles inférieures à un plafond correspondant à 70 fois le montant journalier de l'allocation pour une personne seule et 110 fois le même montant pour un couple ".

8. Si les dispositions précitées du code du travail prévoient que, pour bénéficier de l'allocation de solidarité spécifique, le demandeur doit justifier de conditions de ressources à la date de sa demande et lors de son renouvellement, il ne résulte pas de ces dispositions que le droit à l'allocation ne lui serait ouvert qu'à compter de la date de cette demande ou de son renouvellement. Ainsi le droit à l'allocation de solidarité spécifique prend effet à la date à laquelle l'allocataire remplit les conditions prescrites par le code du travail et non à la date à laquelle il présente ou renouvelle sa demande et justifie remplir ces conditions, sans que ces dispositions puissent être regardées comme entachées de rétroactivité illégale.

9. Ainsi qu'il a été dit au point 4, Mme C a vu sa demande de renouvellement de l'allocation de solidarité spécifique rejetée le 30 mai 2022 faute d'avoir fourni les justificatifs de ses ressources, et précisément l'avis d'imposition 2021 sur les revenus de 2020. Dès qu'elle a obtenu le document en cause, elle l'a transmis à Pôle emploi en demandant l'ASS à partir du 13 avril 2022. Il n'est pas contesté par France Travail que Mme C remplissait les critères et en particulier les critères de ressources pour percevoir l'allocation de solidarité spécifique demandée. Dès lors, c'est à tort que France travail a refusé de lui accorder, à titre rétroactif, pour la période du 13 avril au 13 octobre 2022, l'allocation de solidarité spécifique, qui est versée aux demandeurs d'emploi qui remplissent les conditions pour son obtention.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du 18 novembre 2022 par laquelle Pôle emploi, a refusé de faire droit à sa demande présentée le 14 novembre 2022 visant à percevoir le versement rétroactif de l'allocation de solidarité spécifique pour la période comprise entre le 13 avril 2022 et le 13 octobre 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. L'annulation de la décision du 18 novembre 2022 implique nécessairement, eu égard à ses motifs, qu'il soit enjoint à France travail de verser à Mme C, dans un délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement, le rappel de l'allocation de solidarité spécifique due pour la période comprise entre le 13 avril 2022 et le 13 octobre 2022.

Sur les frais liés au litige :

12. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me De Sousa, avocate de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de France Travail, le versement à Me De Sousa de la somme de 1500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de Pôle emploi du 18 novembre 2022 est annulée.

Article 2: Il est enjoint à France Travail de verser à Mme C, dans un délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement, le rappel de l'allocation de solidarité spécifique pour la période comprise entre le 13 avril 2022 et le 13 octobre 2022.

Article 3: France Travail versera à Me De Sousa une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me De Sousa renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me De Sousa et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Copie de la présente décision sera adressée à France travail PACA .

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

Mme. B La greffière,

Signé

G. BODIGER

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/ le greffier en chef,

La greffière,

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