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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2300682

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2300682

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2300682
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre - Juge Unique
Avocat requérantMAILLOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 19 janvier 2023 et le 28 mars 2023, M. E B, représenté par Me Maillot, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

3°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. B soutient que :

L'arrêté pris dans son ensemble :

- est entaché d'incompétence ;

- est intervenu sans examen préalable de sa situation ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que la mesure en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale.

La décision fixant le pays de renvoi :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision de refus d'un délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français d'un an :

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que le requérant justifie de garanties de représentation suffisantes et d'un lieu de résidence effective ;

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente du Tribunal a désigné M. Sauton, vice-président, pour statuer sur les requêtes présentées sur le fondement de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les observations de Me Maillot, représentant M. B, assisté de Mme A C, interprète en langue arabe.

Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 17 janvier 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a obligé

M. E B, ressortissant tunisien né en 1998, à quitter le territoire sans délai, a fixé

le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un an.

Le préfet a fondé sa décision sur les dispositions, en particulier, du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'intéressé demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991: " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête du requérant, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B ne justifie pas être entré en France de façon régulière et reconnaît, dans sa requête, ne pas avoir à ce jour de titre de séjour valide. Par suite, il entrait dans le cas prévu par les dispositions précitées du 1° de l'article

L. 611-1 précité où le préfet peut faire obligation à un étranger de quitter le territoire français.

5. En deuxième lieu, par un arrêté n° 13-2022-09-30-00001 du 30 septembre 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, numéro n° 13-2022-285, le préfet des Bouches-du-Rhône a donné délégation à Mme Sarah Damèche, secrétaire administrative de classe normale, cheffe de la section éloignement, à l'effet de signer, entre autres, les obligations de quitter le territoire. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.

6. En troisième lieu, le requérant soutient que la décision attaquée est intervenue sans examen préalable de la situation, circonstance révélée par l'omission du préfet, dans sa décision, de prendre en considération que le requérant avait présenté un passeport tunisien valide lors du contrôle policier effectué à son égard et de sa rétention. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal dressé le 17 janvier 2023 relatif au contrôle d'identité du requérant, que ce dernier a bien présenté un passeport tunisien valide jusqu'au 28 octobre 2023, dont l'agent de police a inscrit le numéro dans le procès-verbal. Si le préfet a effectivement commis une erreur de fait quant à ce dernier point, l'exposé du reste de ses considérations démontre qu'il a examiné la situation personnelle du requérant de façon suffisamment circonstanciée et individuelle. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales: " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. B fait notamment valoir qu'il est entré en France en juin 2022, où il vit en concubinage avec une ressortissante française avec qui il déclare prévoir de se marier prochainement. Toutefois, la présence de l'intéressé, en couple depuis peu et sans enfants, sur le sol français est très récente. L'intéressé apporte des pièces, notamment des factures de téléphonie, des attestations d'assurance, de sa conjointe et de la mairie de Draguignan sur le mariage prévu le 15 avril 2023, qui, s'ils permettent d'établir un concubinage effectif, confirment le caractère récent des liens personnels et familiaux du requérant en France. Enfin, même si le père du requérant habite en France de façon régulière, comme l'atteste la carte de résident produite au dossier, M. B ne justifie pas être dépourvu de tout lien familial dans son pays d'origine, ni de l'impossibilité d'y mener une vie personnelle normale. Eu égard à la durée et aux conditions de séjour de l'intéressé en France, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que l'arrêté soit entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette mesure sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

9. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité relative à la décision fixant le pays de renvoi doit donc être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :

1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Et en vertu de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

11. Il est constant que le pays de destination est en principe l'Etat dont l'étranger a la nationalité lorsque le requérant n'établit pas la preuve qu'il risque des traitements contraires à l'article 3 précité. Par suite, la charge d'établir les risques encourus au titre des articles précités relève du requérant. Il ressort des pièces du dossier que M. B ne produit aucune pièce établissant un risque quant à son intégrité physique en cas de retour en Tunisie. En outre, lors de son audition par les services de police le 17 janvier 2023, il n'a formulé aucune observation en ce sens lorsque la question du renvoi en Tunisie a été abordée. Il n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait méconnu les dispositions précitées.

En ce qui concerne la décision de refus d'un délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français d'un an :

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; (). ". Aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. (). ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (). ".

13. Il ressort de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères, dont il n'est pas mentionné qu'ils doivent être cumulatifs, énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

14. Il ressort des termes mêmes de la décision litigieuse que le préfet a examiné la situation personnelle de M. B au regard de plusieurs des critères prévus à l'article L. 612-10. Il ressort des pièces du dossier que le requérant se maintient irrégulièrement sur le territoire français depuis juin 2022 et qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens en France, à l'exception d'une relation relativement récente avec une ressortissante française. M. B ne fait état d'aucune circonstance humanitaire qui ferait obstacle à cette mesure. Alors même que la présence de l'intéressé ne représenterait pas une menace à l'ordre public et qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées ni commis d'erreur d'appréciation en prenant à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, qui n'est pas disproportionnée au regard des conséquences sur sa situation personnelle. Par suite, le préfet n'a pas entaché, son refus de départ volontaire ainsi que l'interdiction de retour sur le territoire français d'un an, d'erreur manifeste d'appréciation.

15. En dernier lieu, l'obligation de quitter le territoire français sans délai n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité relative à l'interdiction de retour sur le territoire français d'un an doit donc être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que M. E B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.

Le magistrat désigné,

signé

JF. DLe greffier,

signé

P. BERENGER

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

O/la greffière en chef,

Le greffier.

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