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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2300740

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2300740

lundi 3 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2300740
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMAUDUIT LOPASSO GOIRAND ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 et 29 mars 2023, M. et Mme A, représentés par Me Taupenas, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative et dans leurs dernières écritures, de :

1°) suspendre l'exécution des articles 1 et 2 de l'arrêté de l'arrêté n°2023/100 édicté le 28 février 2023 par le maire de la commune de Pignans ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Pignans la somme de deux mille euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- La suspension des articles 1 et 2 de l'arrêté de mise en sécurité 2023/100 enjoignant de réaliser des mesures conservatoires présente un caractère d'urgence car L'immeuble sis 11 rue de l'enfer menace de s'effondrer, le bureau d'étude mandaté par la commune a conclu à la nécessaire démolition du bien sis 11 rue de l'enfer et l'arrêté de mise en sécurité leur laisse un délai de quinze jours pour s'exécuter ;

- Les articles 1 et 2 de l'arrêté querellé sont entachés d'inexactitude matérielle des faits : l'expert judiciaire a précisé les mesures provisoires qui devront être mises en place de nature à faire cesser le péril 11 rue de l'Enfer sans provoquer " de désordres supplémentaires à la maison de Monsieur et Madame A " ; il est prévu par le rapport que la maîtrise d'œuvre chargée de la démolition de l'immeuble sis 11 rue de l'Enfer par la commune devra " impérativement prendre les mesures nécessaires pour garantir l'étanchéité de la pièce ", et pour cause, " le procédé de démolition et la toiture n'étant pas encore connus à ce jour ". Contre toute attente, et plus de 45 jours après la remise de son rapport par l'expert judiciaire, la commune a notifié l'arrêté querellé en imposant la réalisation de la mesure conservatoire liée à l'étanchéité aux époux A.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 mars 2023, la commune de Pignans représentée par Me Lopasso, conclut au rejet de la requête et à la condamnation des requérants à lui verser la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- La condition d'urgence n'est pas remplie ;

- Elle a bien compris que les époux A n'entendent pas financer ou réaliser les travaux utiles. La commune va donc nécessairement, grâce au titre que constitue l'arrêté, pouvoir se substituer à eux. Elle réclamera ensuite répétition des sommes exposés pour le compte des propriétaires et ceux-ci pourront alors engager toutes actions qu'ils souhaitent. Par conséquent, l'arrêté critiqué ne compromet pas de manière grave et immédiate la situation des requérants ou les intérêts qu'ils entendent défendre ; au jour de l'audience le délai de réalisation de quinze jours aura expiré ; si les époux A n'ont pas réaliser les mesures conservatoires, la commune pourra se substituer à ces derniers à leurs frais avancés.

- Elle n'avait pas d'autres choix que d'édicter des arrêtés de mise en sécurité notifiés à tous les propriétaires concernés afin de garantir la sécurité des habitants et des riverains.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 230738 par laquelle les époux A demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- Le code de la construction et de l'habitation ;

- Le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Philippe Harang, Vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 mars 2023 à 14h30 :

- le rapport de M. Harang, juge des référés ;

- les observations de Me Taupenas, représentant M. et Mme A et celles de Me Disperati, représentant la commune de Pignans.

Le juge des référés a prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A sont propriétaires d'une habitation sis 8 rue des quatre coins à Pignans. Le bien qui jouxte leur habitation, sis au 11 rue de l'Enfer, est à l'abandon depuis de nombreuses années, et fait l'objet d'une succession complexe en l'absence d'ayants-droits connus. Ce bien, a fait l'objet d'une procédure de péril imminent après dénonce par les requérants des conséquences des inondations du 24 août 2021. Par ordonnance n°2200062 du 14 janvier 2022, le tribunal administratif de Toulon a ordonné que soit diligentée une expertise judiciaire visant à donner son avis sur l'état du péril et proposer les mesures provisoires de nature à faire cesser le péril. Le maire de la commune a édicté un arrêté municipal le 25 janvier 2022 par lequel il met en demeure le notaire en charge de la succession des propriétaires du bien menaçant de faire réaliser l'intégralité des mesures conservatoires prescrites par l'expert-judiciaire et dans lequel il précise qu'en l'absence de réalisation desdits travaux conservatoires sous huit jours, la commune se substituera aux propriétaires du bien pour réaliser lesdits travaux. Par ordonnance n°2202805du 5 novembre 2022, le juge des référés a enjoint sous astreinte de 300 euros par jour de retard à la commune de Pignans, d'exécuter l'intégralité des mesures conservatoires sur l'immeuble sis 11 rue de l'Enfer, visées par l'article 1 de l'arrêté de péril imminent n°25/2022 du 25 janvier 2022, dans un délai de 20 jours. Par arrêté de mise en sécurité n° 2023/100 du 28 février 2023 notifié le 9 mars 2023, la commune a enjoint à Monsieur et Madame A de " - Mettre en place une mesure conservatoire afin de garantir l'étanchéité de la chambre de la maison de Monsieur, et Madame A dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent arrêté ; - Recouvrir d'un enduit étanche, en tenant compte de toutes les sujétions nécessaires pour assurer l'étanchéité entre les différents points critiques de la construction, l'ensemble des murs mitoyens ou de refend, séparant les deux habitations et laissés à l'air libre du fait de la démolition de l'habitation sis 11 rue de l'enfer dans un délai de quinze jours à compter de la mise à air libre des murs ; ". Par le même arrêté, l'immeuble a été interdit temporairement à l'habitation, à toute visite ou activité et organise le relogement des époux A par la commune dans l'attente de la réalisation des travaux.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent la possibilité pour le juge des référés de suspendre l'exécution d'une décision administrative à deux conditions distinctes et cumulatives, relatives l'une, à l'existence d'une situation d'urgence, et l'autre, à la présentation de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

4. Aucun des moyens invoqués par les époux A, tels qu'analysés ci-dessus, n'apparaît, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige. Par suite et sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition d'urgence est satisfaite, leur requête doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige

5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de laisser aux parties la charge des frais qu'elles ont exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

ORDONNE

Article 1er : La requête des époux A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Pignans sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme A et à la commune de Pignans.

Fait à Toulon, le 3 avril 2023.

Le Vice-président

Juge des référés,

Signé

Ph. Harang

La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Le greffier

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