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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2300793

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2300793

mercredi 5 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2300793
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCHASSANY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 17 et 23 mars et 4 avril 2023 à 8 : 12, la société Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 20 décembre 2022 par lequel le maire de la commune de La Cadière-d'Azur s'est opposé à la déclaration préalable présentée par la société Free Mobile en vue de l'implantation d'une station relais de téléphonie mobile sur un terrain sis 1274, chemin des Belles Pierres, sur une parcelle cadastrée section G n°1109, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au maire, à titre principal de lui délivrer une décision de non opposition à déclaration préalable, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, subsidiairement d'avoir à ré-instruire sa déclaration préalable dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de la commune de La Cadière-d'Azur une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société Free Mobile soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il existe un intérêt public à ce que le territoire national soit couvert par le réseau de téléphonie mobile de tous les opérateurs et que le territoire de la commune de La Cadière d'Azur n'est à cet égard que partiellement couvert par le réseau Free Mobile, et notamment la partie du territoire sur laquelle la station relais en cause doit être implantée n'est pas couverte par ses réseaux, et alors que la société a pris des engagements envers l'Etat en termes de couverture et de qualité de service et se trouve de ce fait dans l'obligation de mettre en œuvre une gestion prévisionnelle à court ou très moyen terme de l'implantation de ses équipements;

- plusieurs moyens sont propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

. un vice d'incompétence ;

. elle est entachée d'erreur de droit tenant à l'application de l'article 5 du chapitre 2 du plan local d'urbanisme et du classement Abio du secteur, compte tenu de l'exception prévue pour les équipements d'intérêt général, prescrites par l'article 7 des dispositions générales ;

. le motif tiré de l'atteinte aux lieux avoisinants, à le supposer susceptible de trouver une base légale dans l'article 7 des dispositions générales, n'est pas fondé compte tenu : du défaut d'appréciation préalable de la qualité du paysage environnant, de l'absence de qualité particulière du milieu environnant, et de l'absence d'atteinte au caractère des lieux environnants par le nouveau projet ;

. la substitution de motifs sollicitée par la commune doit être écartée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2023, la commune de La Cadière d'Azur, représentée par Me Chassany, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge de la société Free Mobile au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- à titre principal, il n'existe aucun doute sérieux quant à la légalité de sa décision ;

- subsidiairement, la commune sollicite une substitution de motif en ce que la décision attaquée est justifiée par l'article 7 des dispositions générales du plan local d'urbanisme, et très subsidiairement par celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 17 février 2023 sous le numéro 2300512 par laquelle la société Free Mobile demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Sauton, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 4 avril 2023.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Picard, greffière d'audience, M. A a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Candelier pour la société Free Mobile,

- et celles de Me Kombila pour la commune de La Cadière d'Azur.

Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

2. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

En ce qui concerne l'urgence :

3. Eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile tant 3G que 4G, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

4. Pour prendre l'arrêté en litige, le maire de La Cadière d'Azur s'est fondé sur le motif suivant : le projet est classé dans une zone Abio du Plan Local d'Urbanisme correspondant aux espaces de la commune à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ; or le projet porte atteinte au caractère de la zone Abio ; l'impact de ce relais en bordure de l'espace boisé et en partie haute du relief ne garantit pas une bonne intégration au site ; en méconnaissance de l'article 5 du chapitre 2 du plan local d'urbanisme.

5. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'erreur de droit tenant à l'application de l'article 5 du chapitre 2 du plan local d'urbanisme et du classement Abio du secteur, compte tenu de l'exception prévue pour les équipements d'intérêt général, prescrites par l'article 7 des dispositions générales, est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

En ce qui concerna la substitution de motif sollicitée par la commune de La Cadière d'Azur :

6. Aux termes de l'article 7 des dispositions générales du plan local d'urbanisme de la commune de La Cadière d'Azur : " Les constructions, installations ou ouvrages nécessaires à des équipements d'intérêt collectif () sont autorisés dans chaque zone ; et peuvent être accordés nonobstant les règles applicables à chaque zone sur justification technique et fonctionnelle et sous réserve d'une bonne intégration dans le site. " Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : "Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".

7. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

8. Toutefois, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que le motif de la décision attaquée tiré de l'atteinte aux lieux avoisinants, à le supposer susceptible de trouver une base légale dans l'article 7 des dispositions générales du plan local d'urbanisme ou dans l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, n'est pas fondé compte tenu de l'absence d'atteinte au caractère des lieux environnants par le nouveau projet de station relais de téléphonie mobile, est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de ladite décision attaquée.

9. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, il n'y a pas lieu de retenir, en l'état du dossier, les autres moyens soulevés.

10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre la décision du 22 décembre 2022 par laquelle le maire de la commune de La Cadière d'Azur a fait opposition à la déclaration préalable pour la réalisation d'une station de téléphonie-mobile.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal () ".

15. Lorsque le juge suspend un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision ainsi suspendue interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date de l'ordonnance y fait obstacle. La décision de l'administration prise en exécution de cette injonction ne revêt toutefois qu'un caractère provisoire dans l'attente du jugement à intervenir sur la requête tendant à l'annulation de l'autorisation d'urbanisme ou de la déclaration préalable en cause.

16. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision suspendue interdiraient que la demande puisse être accueillie pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date de la présente ordonnance y ferait obstacle. Par suite, la présente ordonnance, qui suspend l'exécution de l'arrêté du maire de la commune de La Cadière d'Azur portant opposition à la déclaration préalable déposée par la société Free Mobile, implique nécessairement, par une décision qui revêtira un caractère provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la requête en annulation de la décision attaquée, de prendre une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée par la société Free Mobile, dans un délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

17. Ces dispositions font obstacle aux conclusions de la commune de La Cadière d'Azur dirigées contre la société Free Mobile qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de La Cadière d'Azur une somme en application desdites dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 20 décembre 2022 par lequel le maire de La Cadière-d'Azur s'est opposé à la déclaration préalable présentée par la société Free Mobile en vue de l'implantation d'une station relais de téléphonie mobile est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au maire de La Cadière d'Azur de prendre une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée par la société Free Mobile, dans un délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Free Mobile et à la commune de La Cadière d'Azur.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Var.

Fait à Toulon, le 5 avril 2023.

Le vice-président désigné,

Signé

JF. A

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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