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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2301213

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2301213

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2301213
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantROURE MARION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 avril et 26 avril 2023, M. B C, représenté par Me Roure, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n°83-2023-0611 du 21avril 2023 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un an et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.

2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ; à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

Il soutient que :

L'arrêté pris dans son ensemble est entaché d'incompétence ;

L'obligation de quitter le territoire français :

- méconnaît les dispositions de l'article L.511- 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît également les stipulations de l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

L'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente du Tribunal a désigné M. Quaglierini, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes présentées sur le fondement de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me Roure, représentant M. C, qui reconnaît avoir bénéficié d'un temps suffisant pour prendre connaissance du mémoire en défense du préfet et qui n'a pas sollicité de report de l'audience, assistée de Mme A, interprète en langue arabe.

Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 21 avril 2023, le préfet du Var a obligé M. C, ressortissant Tunisien né le 21 août 1987 en Tunisie, à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours. Le préfet a fondé sa décision sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1, de l'article L.612-6 et du 1° de l'article L.731-1 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

En ce qui concerne la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué :

2. Par un arrêté n°2022/65/MCI du 26 décembre 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, numéro n° 239, le préfet du Var a donné délégation à M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département du Var, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions en litige. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient M. C, il appartient à la partie contestant la qualité du signataire pour signer l'arrêté litigieux d'établir que la personne délégante n'était ni absente ni empêchée lors de la signature de cet arrêté. Faute pour le requérant de rapporter cette preuve, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". Selon l'article L.612-1 de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Cependant, l'article L.612-2 du même code (anciennement article L.511-1 II) dispose que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3/ Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L.612-3 du même code précise que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1/ L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4/ L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré irrégulièrement sur le territoire français durant l'été 2020 et s'y est maintenu sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour afin de régulariser sa situation. En revanche, s'il apparaît que lors de son audition, l'intéressé ait déclaré qu'il n'envisage pas un retour en Tunisie et vouloir rester en France pour vivre avec sa femme et travailler, cette circonstance ne saurait établir qu'il ait explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français. À l'inverse si, durant l'audience publique, le requérant a expliqué n'avoir engagé aucune démarche visant à régulariser sa situation sur le territoire français en raison de l'état de santé de son épouse, pour regrettable que soit cette circonstance, elle ne saurait légitimer une telle omission depuis son entrée sur le territoire français jusqu'à son interpellation le 21 avril 2023 aux fins de vérification de droit de séjour. Par suite, c'est sans commettre une erreur d'appréciation que le préfet du Var a décidé de prononcer une obligation de quitter le territoire français sans délai.

5. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que, d'une part, M. C ait établi des liens forts avec la France compte tenu de la durée limitée de sa présence sur le territoire national et, d'autre part, qu'il n'apparaît pas qu'il soit dépourvu de liens avec son pays d'origine où il a vécu la majorité de sa vie, y réside une bonne partie de sa famille, dont ses parents ainsi que ses frère et sœur et où il pourrait s'établir avec son épouse, également ressortissante tunisienne. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est écarté comme n'étant pas fondé.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

6. Aux termes de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". L'article L.612-10 du même code précise que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

7. Il ressort des pièces du dossier qu'en relevant, d'une part, que M. C est entré irrégulièrement sur le territoire français, n'ayant jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour, justifiant qu'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai soit prononcée et, d'autre part, que pour autant, l'intéressé ne représente pas un trouble à l'ordre public, le préfet du Var a clairement motivé en fait et en droit sa décision d'interdiction de retour en France pour une durée d'un an. Partant, le moyen tiré du défaut de motivation est écarté comme étant infondé.

8. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

9. Sur les conclusions aux fins d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles tendant à mettre à la charge de l'État les frais exposés et non compris dans les dépens, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. C, à Me Roure et au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

B. DLa greffière,

Signé

C. PICARD

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

La greffière

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