lundi 22 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2301290 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | TAJ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 avril 2023, l'Eurl Adam Group International, représentée par la Selarl D4 Avocats Associes agissant par Me Aurélien Burel, demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 551-1 et suivants du code de justice administrative de :
- annuler la procédure de passation du marché lancé par la ville de Saint-Raphaël
portant sur l'" Assistance à Maîtrise d'Ouvrage administrative et technique portant sur les travaux à réaliser sur le Golf de l'Estérel (18 trous) et le Golf Académie (9 trous) sis à Saint-Raphaël. (Suivi de la procédure de consultation des entreprises et suivi de l'exécution des travaux). "
- annuler la décision du pouvoir adjudicateur de rejeter son offre et d'attribuer le marché à la société Turfgrass Agronomy et Services (TAS)
- condamner la commune de Saint-Raphaël au paiement de la somme de 3.000 euros au titre de l'article L 761-1 du Code de justice administrative.
Elle soutient que :
- Si la composition de l'équipe par TAS semble venir satisfaire pleinement les attentes de la ville, alors que ladite équipe ne répond pas au besoin exprimé dans le RC, c'est parce que la société TAS intervient de longue date au bénéfice de la ville de Saint Raphaël et a ainsi bénéficié d'informations qui n'ont pas été communiquées à la requérante. TAS s'est vu attribuer un marché de " assistance à maîtrise d'ouvrage concernant l'audit, l'estimation des travaux à réaliser, suivi des travaux et vérification qualité de l'entretien des golfs 9 et 18 trous de l'Estérel Saint-Raphaël " le 20 janvier 2022. De la même façon, le 3 juin 2022, la même TAS s'est vu attribuer le marché de " mission d'évaluation de la végétation créant un dysfonctionnement sur la gestion du golf de l'Estérel 18 trous et du golf Académie 9 trous ". La société TAS a ainsi bénéficié d'informations importantes lui permettant d'identifier les réels besoins de la ville et, partant, de composer son équipe non pas principalement d'architectes, mais d'agronomes. En ne joignant pas au DCE les résultats des deux marchés précédents, et en n'informant pas les candidats des liens anciens unissant la Ville à l'un des candidats, la société TAS, la ville de Saint-Raphaël a commis une irrégularité portant sur la nécessaire égalité de traitement des candidats. Rien ne permettait ainsi à la société Adam Group International, de connaître la nécessité d'intégrer à son équipe un ou des agronomes. Et ce d'autant plus que l'article 7.2 du RC listait précisément les compétences attendues sans jamais viser la compétence agronomique.
- Le Rapport d'analyse des offres explique l'écart de notation des deux candidats par le fait qu'Adam Group International de présente pas d'économiste dans son équipe. Retenir ainsi l'absence d'économiste constitue une mauvaise lecture de l'offre
et de la précision apportée et constitue, de ce fait, une dénaturation fautive.
- En ne vérifiant pas la réalité des références qui lui ont été soumises, et en omettant
sciemment les références avantageuses de la requérante, la ville a commis une
faute qui entache la régularité de la procédure de passation.
- Concernant le critère n°2 la société TAS a reçu une demande de précisions complémentaires " sur la méthodologie retenue ". Ladite demande sera utilement produite aux débats afin de pouvoir vérifier qu'il ne s'agit pas là d'un moyen pour la ville de négocier ou de régulariser une offre qui aurait, en réalité, dû être écartée. Si la méthodologie présentée par Adam Group International est qualifiée de " classique " par le pouvoir adjudicateur, celle présentée par TAS semble être d'une précision étonnante lui permettant d'obtenir une note très au-delà de celle obtenue par la requérante. Cela s'explique, là encore, pas les informations que détenait la société TAS et qui n'ont jamais été communiquées aux autres candidats par le pouvoir adjudicateur.
- Concernant le critère n°3, Le Rapport d'analyse des offres indique que l'offre de TAS est très précise et détaillée, tandis que celle d'Adam Group International est " très généraliste ". Auteur de l'audit préalable, TAS avait nécessairement un avantage que la ville de Saint-Raphaël n'a pas considéré utile de supprimer en communiquant les audits réalisés par TAS.
- Concernant le critère n°4, la ville de Saint-Raphaël, en page 6 du rapport d'analyse
des offres retient le prix de 178 680 + 22 000 + 45 000, soit un total de 245 680 euros HT pour la société Adam Group International. La ville de Saint-Raphaël explique cette somme de 45.000 euros HT en se référant à la réponse apportée par la requérante. Interprétant les attentes de la ville, la société requérante considérait que les plans d'exécution des ouvrages n'étaient pas inclus dans les missions confiées au futur titulaire. Et la requérante précisait alors " Cependant à titre indicatif, le montant d'honoraires pour cette phase ne serait supérieur à 45 000 € H.T. ". Non seulement cette somme de 45.000 euros HT est précisée à titre indicatif, mais en outre il s'agit d'un maximum. Dénaturant ainsi l'offre de la société requérante, la ville a retenu ladite somme de 45.000 euros HT, revenant ainsi à renchérir l'offre globale et à impacter nécessairement la note attribuée à TAS.
Par un mémoire, enregistré le 10 mai 2023, la commune de Saint-Raphaël représentée par la société d'avocats Deloitte agissant par Me Eric de Fenoyl et Me Mariline Kessler, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de l'Eurl Adam Group International à lui verser la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Harang, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 16 mai à 13h45, en présence de Mme Picard, greffière d'audience, M. A a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Burel pour l'Eurl Adam Group International ;
- les observations de Me de Fenoyl pour la commune de Saint-Raphaël.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un avis d'appel public à concurrence transmis à la publication le 26 janvier 2023, la Commune de Saint-Raphaël a engagé une procédure de consultation en vue de la passation d'un marché d'assistance à maîtrise d'ouvrage administrative et technique portant sur les travaux à réaliser sur le Golf de l'Estérel (18 trous) et le Golf Académie (9 trous) à Saint Raphaël. L'article 1.1 du règlement de la consultation précisait que l'attributaire serait notamment chargé d'assurer le montage et l'analyse des marchés, de donner son avis technique sur le choix des entreprises, d'assurer le suivi des travaux et la vérification de la qualité des travaux effectués, ainsi que le contrôle, durant une année après leur réception totale et sans réserve, de l'entretien et du fonctionnement des deux golfs. Seuls deux candidats, l'Eurl Adam Group International et la société Turfgrass Agronomy et Services (TAS), ont transmis une offre dans le délai imparti. Par courrier daté du 19 avril 2023, transmis par voie électronique le 20 avril 2023, la Commune a informé la société ADAM du rejet de son offre et de l'attribution du marché à la société TAS.
2. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. () Le juge est saisi avant la conclusion du contrat. ".
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction
3. En premier lieu, aux termes de l'article 7.2 du règlement de la consultation, le critère n°1, pondéré à 25%, retenu pour le jugement des offres portait sur les " compétences professionnelles de l'équipe en charge de la mission (transmission de CV) et références sur la réalisation de missions identiques au présent marché ".
4. La société requérante expose que l'égalité entre les candidats aurait été rompue dès lors que la société TAS, aurait été avantagée par des informations complémentaires obtenues grâce à deux précédents marchés dont elle était titulaire et relatifs, d'une part, à une mission d'assistance à maîtrise d'ouvrage concernant l'audit et l'estimation des travaux à réaliser sur les golfs de l'Estérel et, d'autre part, à une mission d'évaluation de la végétation créant un dysfonctionnement sur la gestion du golf de l'Estérel (18 trous et du Golf Académie (9 trous). Selon la requérante, la participation à ces deux missions aurait permis à la société TAS de connaitre la nécessité d'intégrer des agronomes à l'équipe dédiée, compétence qui n'était pas expressément requise dans les documents de la consultation.
5. D'une part, il résulte de l'instruction que ces deux marchés visaient à obtenir des études classiques permettant à la collectivité de choisir le futur mode de gestion des golfs et de faire le bilan de la gestion des golfs par l'actuel preneur à bail dans le cadre des opérations relatives à la fin dudit bail. Toutefois, La société ADAM, qui n'a au demeurant pas jugé nécessaire de demander la communication des études réalisées en amont dans le cadre de ces deux marchés, ne démontre pas en quoi ces deux marchés auraient permis à la société TAS de disposer d'informations déterminantes relatives au besoin de la Commune dans le cadre du marché d'assistance à maîtrise d'ouvrage administrative et technique portant sur les travaux à réaliser sur le Golf de l'Estérel et le Golf Académie.
6. D'autre part, aux termes de l'article 7.2 du règlement de la consultation : " Concernant le critère n°1, celui-ci sera jugé comme suit : -Selon les références en matière juridique et financière, d'architectes golfiques, d'un ingénieur hydraulique, d'un économiste, ainsi que d'un ingénieur ou technicien de suivi des travaux, d'un spécialiste de l'environnement -selon le nombre et la nature des références nationales, européennes et internationales ". Le dossier de la consultation contenait par ailleurs une annexe intitulée " Les attentes en matière de biodiversité " détaillant les exigences applicables au délégataire en lien avec la mise en place du plan Golf Biodiversité, un cahier des clauses techniques particulières indiquant, que le titulaire sera notamment chargé de rédiger " () les Dossiers de Consultation des Entreprises, en tenant compte de l'aspect environnemental fort du projet, à partir des documents fournis par le Maître d'Ouvrage en tenant compte des différentes phases et du planning prévisionnel ; () ". Il ressort ainsi du dossier de consultation transmis aux candidats que l'aspect environnemental du projet était essentiel pour satisfaire les besoins du pouvoir adjudicateur, d'où l'exigence d'un " spécialiste de l'environnement " prévu à l'article 7.2 du règlement de la consultation. Dans ces conditions, tous les candidats étaient en mesure, sur la base des informations transmises dans le dossier de consultation, d'identifier avec précision le besoin de la Commune.
7. Enfin, il n'appartient pas au juge du référé précontractuel de se prononcer sur l'appréciation portée sur la valeur d'une offre ou les mérites respectifs des différentes offres. Il lui appartient, en revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le pouvoir adjudicateur n'a pas dénaturé le contenu d'une offre en en méconnaissant ou en en altérant manifestement les termes et procédé ainsi à la sélection de l'attributaire du contrat en méconnaissance du principe fondamental d'égalité de traitement des candidats. Il ne résulte pas de l'instruction que le pouvoir adjudicateur n'aurait pas vérifié la réalité des références qui lui ont été soumises, aurait omis sciemment les références avantageuses de la requérante ou aurait dénaturé l'offre de cette dernière.
8. En deuxième lieu, si conformément aux dispositions de l'article R. 2161-5 du code de la commande publique, la Commune a sollicité auprès de la société TAS des précisions sur le contenu de son offre, la réponse à cette demande excluait expressément toute modification de son offre initiale Par ailleurs, il ne ressort pas de l'instruction que la société TAS aurait bénéficié d'informations qui n'auraient pas été communiquées à l'autre candidat par le pouvoir adjudicateur, informations qui lui auraient permis de fournir une méthodologie plus précise et d'obtenir ainsi une meilleure note sur le critère n°2.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 7.2 du règlement de la consultation, le critère n°3 retenu pour le jugement des offres portait sur la " pertinence des travaux et des aménagements préconisés par le candidat par rapport au programme Golf pour la Biodiversité porté par la Fédération Française de Golf, ainsi que les améliorations proposées pour la gestion de l'eau (consommation, qualité) ". Là encore, la société requérante n'apporte aucun élément de nature à démontrer que les deux marchés dont la société TAS était par ailleurs titulaire, concernant les golfs de Saint-Raphaël, contiendraient des informations substantielles sur la définition du besoin de la Commune qui n'auraient pas été fournies aux autres candidats dans le cadre de la présente procédure de passation.
10. En quatrième et dernier lieu, si , l'Eurl Adam Group International prétend que la Commune aurait dénaturé son offre en intégrant de sa propre initiative au prix initial total de 200 680 € HT proposé par la requérante, la somme de 45 000 € HT correspondant au montant estimatif maximal d'honoraires proposés pour la phase relative aux Plans d'Exécution des Ouvrages ( PEO), il résulte de l'instruction que ce montant de 45 000 € HT est indiqué par la requérante dans son courrier en date du 20 mars répondant à la demande de la Commune de justifier son prix, son offre étant suspectée d'être anormalement basse. En tout état de cause, il résulte de l'instruction qu'avec ou sans la prise en compte du montant estimatif de 45 000 € pour la phase PEO, l'offre de la société ADAM aurait eu, dans les deux cas, la note de 20/20, soit une note pondérée de 6 pour le critère n°4. La note totale obtenue par l'offre de l'Eurl Adam Group International aurait donc été dans tous les cas de 15.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais d'instance :
12. Il y a lieu, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Eurl Adam Group International une somme de 2 000 euros au bénéfice de la commune de Saint-Raphaël.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de l'Eurl Adam Group International est rejetée.
Article 2 : L'Eurl Adam Group International versera la somme de 2 000 euros à la commune de Saint-Raphaël, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l'Eurl Adam Group International, à la commune de Saint-Raphaël et à la société Turfgrass Agronomy et Services.
Fait à Toulon, le 22 mai 2023.
Le Vice-président
Juge des référés,
Signé
Ph. A
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui la concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Le greffier
N°2301290
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026