vendredi 23 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2301390 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre - Juge Unique |
| Avocat requérant | LAGARDERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 11 mai 2023, le 24 mai 2023 et
le 16 juin 2023, M. B, représenté par Me Farhat-Vayssiere, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2023 par lequel le préfet du Var a refusé son admission au séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 8 jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, de prononcer la suspension de l'obligation de quitter le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur le rejet par l'OFPRA de sa demande de réexamen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
5°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
M. A soutient que l'arrêté pris dans son ensemble :
- est entaché d'incompétence tant qu'elle n'a pas été établie par la défense ;
- est insuffisamment motivé dès lors que la décision attaquée ne mentionne ni ses liens personnels sur le territoire, ni les menaces de mort dont il fait l'objet ;
- est intervenu sans examen préalable de sa situation, et est entaché d'erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée ;
- est entaché d'erreur de fait dès lors qu'il n'est pas polygame, qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public et qu'il bénéficiait, à la date de l'arrêté attaqué, du droit au maintien ;
- méconnaît les articles L. 542-1, L. 542-2 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il bénéficie à la date de la décision attaquée du droit de se maintenir en France, et l'article 33 de la convention de Genève et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 16 juin 2023 et le 21 juin 2023 à 09 : 06,
le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.
Vu :
- la décision par laquelle la présidente du Tribunal a désigné M. Sauton, vice-président, pour statuer sur les requêtes présentées sur le fondement de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Sauton,
- et les observations de Me Farhat-Vayssiere, représentant M. A, absent lors de l'audience.
Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience.
Vu la note en délibéré présentée pour M. A, enregistrée le 22 juin 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 19 avril 2023, le préfet du Var a obligé M. A, ressortissant afghan né en 1997, à quitter le territoire dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Le préfet a fondé sa décision sur les dispositions, en particulier, du 4° de l'article
L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'intéressé demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991: " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2023/17/MCI du 22 mars 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, numéro n° 55, le préfet du Var a donné délégation à M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Var, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie la décision en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision contestée que le préfet du Var a relevé que M. A soutenait être entré en France le 6 juillet 2021 et y résider habituellement, qu'il ne justifiait pas d'attaches familiales sur le territoire français mais disposait de fortes attaches dans son pays d'origine, et qu'il avait procédé à une demande d'asile auprès de l'OFPRA et de la CNDA à deux reprises. Ainsi l'arrêté en litige, qui énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé et, notamment, les éléments propres à la situation de
M. A, ce qui permet d'en comprendre le sens et de les contester utilement, est suffisamment motivé.
5. En troisième lieu, l'exposé de ces considérations démontre que le préfet du Var a examiné la situation personnelle de M. A. Par ailleurs, il ne ressort pas du dossier que le représentant de l'Etat se soit crû en situation de compétence liée pour prendre l'arrêté attaqué. Par suite les moyens tirés du défaut d'examen préalable et de l'erreur de droit doivent être écartés.
6. En quatrième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet du Var n'a pas fondé la décision attaquée sur la circonstance que M. A serait polygame, ou représenterait une menace à l'ordre public. En outre, si, dans l'arrêté attaqué, le préfet du Var n'a pas fait état du recours formé le 3 avril 2023 auprès de la CNDA par le requérant contre la décision de rejet de sa demande de réexamen par l'OFPRA, cette circonstance n'a pas eu d'influence sur la décision attaquée dès lors que le préfet a bien relevé que l'OFPRA a jugé irrecevable la demande de réexamen de l'intéressé, seule circonstance de fait susceptible d'impacter le droit au maintien du requérant. Par suite, en omettant des faits sans influence sur l'arrêté attaqué, le préfet du Var n'a pas entaché sa décision d'erreurs de fait.
7. En dernier lieu, d'une part aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () ; b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; (). /Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. ". Aux termes de l'article L. 531-32 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : () ; 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article. ".
8. D'autre part, aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : (). / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Et aux termes de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés : " 1. Aucun des Etats contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. (). " . Enfin aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
9. D'abord, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la fiche telemofpra et
de la décision de rejet de la demande de réexamen émise par l'OFPRA le 10 janvier 2023, notifiée le 7 février 2023, que l'Office a rejeté la demande de réexamen de M. A pour irrecevabilité. Ainsi, l'intéressé entrait dans les dispositions du 3° de l'article L. 531-32 susvisées, et donc, par voie de conséquence, il entrait également dans les dispositions du b) du 1° de l'article L. 542-2 précitées qui mettent fin au droit au maintien du demandeur d'asile dès la notification de la décision de rejet pour irrecevabilité d'une demande de réexamen par l'OFPRA, soit, en l'espèce, le 7 février 2023. Par suite, à la date de l'arrêté attaqué soit le 19 avril 2023 et alors même que son recours était toujours pendant devant la CNDA, M. A ne bénéficiait plus du droit au maintien et pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.
10. Ensuite, si M. A verse au dossier des documents afghans traduits faisant état de la disparition de son père et de son frère, et d'un mandat d'arrêt qui le concernerait, ces derniers, n'étant que peu probants, et la demande d'asile du requérant ayant, au demeurant, été rejetée par l'OFPRA et la CNDA à deux reprises, les pièces du dossier ne sont pas de nature à établir qu'il serait exposé personnellement à un risque actuel de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles susvisés et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner au préfet de communiquer le dossier du requérant et alors qu'un interprète était disponible à l'audience pour traduire par voie téléphonique les échanges avec le requérant, qui ne s'est pas déplacé, que
M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur la demande de suspension de la mesure d'éloignement au titre de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
12. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la fiche telemofpra et de l'ordonnance rendue par la CNDA le 22 mai 2023, que la CNDA a rejeté le recours formé par M. A à l'encontre de la décision de rejet rendue par l'OFPRA pour irrecevabilité de sa demande de réexamen. Ainsi, à la date du présent jugement, la CNDA a statué de façon définitive sur la demande de réexamen du requérant. Par suite, la demande de suspension doit être rejetée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles tendant à mettre à la charge de l'Etat les frais exposés et non compris dans les dépens, ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à Me Farhat-Vayssiere et au préfet du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2023.
Le magistrat désigné,
signé
J-F. SAUTONLe greffier,
signé
P. BERENGER
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026