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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2301397

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2301397

lundi 17 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2301397
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantVAISSIERE AUDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 mai 2023 et le 5 juin 2023, M. C A B, représenté par Me Vaissière, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2023 par lequel le préfet du Var a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " activité non salariée " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ; à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation administrative et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A B soutient que :

- Sa requête n'est pas tardive ;

-La décision de refus de titre de séjour est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des stipulations de l'article 5 et du c) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dès lors que l'effectivité de son activité de commerçant est établie ;

- L'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que réunissant les conditions pour bénéficier du titre de séjour sollicité, il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2023, le préfet du Var, à titre principal, oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardivité de la requête et, à titre subsidiaire, conclut au rejet au fond de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable comme tardive ;

- l'activité professionnelle de M. A B n'est pas effective et n'est pas en lien direct avec le diplôme obtenu :

- M. A B ne peut démarrer son activité avant l'obtention de son certificat de résidence.

Un mémoire complémentaire adressé par M. A B, représenté par Me Vaissière, enregistré le 3 juillet 2023, n'a pas été communiqué en application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative ;

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sauton,

- et les observations de Me Vaissière, représentant M. A B.

Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né en 1991, est entré en France le 29 septembre 2017 muni d'un visa court séjour valable du 20 septembre 2019 au 29 octobre 2021. Il a ensuite bénéficié de certificats de résidence algériens successifs portant la mention " étudiant ", du

25 octobre 2017 au 29 octobre 2021. Le 21 septembre 2021, M. A B a déposé une demande de renouvellement de titre de séjour avec changement de statut en sollicitant le statut " commerçant/artisan ". Par un arrêté du 31 mars 2023, le préfet du Var a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. L'intéressé demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requêté :

2. Le préfet du Var oppose une fin de non-recevoir aux conclusions de M. A B tirée de la tardivité de sa requête. Dans le cas où le pli contenant une décision, envoyé en recommandé à l'adresse indiquée par le requérant, a été retourné à l'administration avec la mention "pli avisé et non réclamé", le délai mentionné ci-dessus court de la date à laquelle l'intéressé doit être regardé comme ayant été régulièrement avisé que ce pli était à sa disposition au bureau de poste dont il relève. Cette date résulte des mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe et l'avis de réception retournés à l'expéditeur ou, à défaut, des attestations de l'administration postale ou de tout autre élément de preuve.

3. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'enveloppe du courrier recommandé et du courriel envoyé par le requérant à la préfecture, que M. A B a changé d'adresse pendant l'examen de sa demande de renouvellement de titre de séjour, et qu'il en a informé la préfecture par courriel du 28 mars 2023 dont la préfecture a accusé réception le jour-même, soit trois jours avant la date de l'arrêté attaqué. Néanmoins, l'arrêté attaqué a été adressé à son ancienne adresse. Dès lors, la régularité de la notification n'est pas établie et, par suite, la fin de non-recevoir doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis. ". Et aux termes de l'article 7 du même accord : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau [l'article 6] , ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord : () ; c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité ; (). ".

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A B a adressé au préfet une demande tendant à un renouvellement de certificat de résidence algérien avec un changement de statut pour exercer une activité de nettoyage courant des bâtiments en qualité d'auto-entrepreneur. Pour refuser de lui délivrer ce certificat de résidence pour l'exercice d'une activité professionnelle non salariée, le préfet s'est fondé sur la circonstance que cette activité ne pouvait pas être regardée comme effective, dès lors que le dossier de l'intéressé ne comporte que trois factures de clients de février à avril 2022 toutes facturées au nom de l'entreprise " ASEPT 13 ". Il ressort toutefois des pièces produites par le requérant, notamment des relevés bancaires du compte de l'entreprise, du contrat de prestations de service avec l'entreprise " ASEPT 13 ", et des déclarations auprès de l'Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d'allocations familiales (URSSAF) couvrant la période de janvier 2022 à avril 2023 attestant d'un chiffre d'affaire d'environ

1 000 euros par mois et de cotisations URSSAF à jour, que son activité est effective, au minimum depuis janvier 2022 et l'était donc à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le préfet du Var a entaché la décision attaquée d'erreur manifeste d'appréciation.

6. D'autre part, le préfet oppose dans ses écritures en défense que M. A B, qui a créé son entreprise le 1er juillet 2021, comme l'atteste le certificat d'inscription du répertoire des entreprises et des établissements (SIRENE) joint au dossier, n'avait pas l'autorisation à cette date de créer son entreprise dès lors qu'il bénéficiait d'un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant ". Toutefois, dès lors que le certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " autorise à travailler à hauteur de 60 % de la durée de travail annuelle, et que le critère de la nature de l'activité professionnelle pouvant être occupée par un étudiant n'est pas précisé,

M. A B a pu légalement, sous couvert d'un statut " étudiant ", créer son entreprise en tant qu'auto-entrepreneur. Par suite, à supposer soulevée une substitution de motif, ledit motif soulevé en défense est inopérant et ne peut être qu'écarté.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que M. A B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. D'une part, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

9. D'autre part, aux termes de l'article L.614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

10. Il y a lieu, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l'intéressé, et dès lors que M. A B a procédé à l'enregistrement de son entreprise au répertoire des métiers comme l'exige l'article 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, par application de ces dispositions, d'enjoindre au préfet du Var de délivrer au requérant un certificat de résidence algérien portant la mention " commerçant/artisan " dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire au séjour dans un délai de quinze jours. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 31 mars 2023 par lequel le préfet du Var a rejeté la demande de renouvellement de certificat de résidence algérien de M. A B, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de délivrer au requérant un certificat de résidence algérien portant la mention " commerçant/artisan " dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire au séjour dans un délai de quinze jours.

Article 3 : L'Etat versera à M. A B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4: Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 7 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

Mme Faucher, première conseillère,

M. Quaglierini, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2023.

Le président, rapporteur,

Signé

J-F SAUTON

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

S. FAUCHER

La greffière,

Signé

B. BALLESTRACCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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