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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2301632

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2301632

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2301632
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantLAGARDERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 mai 2023, M. C D, représenté par Me Lagardère, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 25 mai 2023 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français et l'a assigné à résidence ;

2°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai de 15 jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 300 euros qui sera versée à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

4°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. D soutient que :

L'arrêté pris dans son ensemble est entaché d'incompétence ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est insuffisamment motivée ;

- procède d'une erreur de droit ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision d'interdiction de retour :

- est insuffisamment motivée ;

- procède d'une erreur de droit ;

- méconnaît le droit d'être entendu ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision d'assignation à résidence :

- procède de décisions illégales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- aucune décision d'interdiction de retour sur le territoire français n'a été prononcée à l'encontre du requérant ;

- les autres moyens soulevés sont infondés.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente du Tribunal a désigné M. Quaglierini, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes présentées sur le fondement de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Quaglierini, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties régulièrement convoquées n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant tunisien né le 7 octobre 1987 en Tunisie, déclare être entré sur le territoire national le 13 janvier 2019 via un visa court séjour de trois mois et s'y être maintenu irrégulièrement. Le 25 mai 2023, faisant suite à une interpellation, il a été placé en retenue pour vérification de son droit au séjour. Par un premier arrêté du 25 mai 2023, le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire sans délai et a fixé le pays de destination. Par un second arrêté du même jour, le préfet l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours. Le requérant demande l'annulation de ces arrêtés.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

3. Par un arrêté n°2023/17/MCI du 22 mars 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, numéro n° 055, le préfet du Var a donné délégation à M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département du Var, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions en litige. L'article 3 de cet arrêté dispose également qu'en cas d'absence ou d'empêchement de M. F, la délégation précitée est exercée par Mme A E. Il convient ainsi d'écarter le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure des décisions attaquées comme manquant en fait.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".

5. Le requérant soutient que la décision attaquée est insuffisamment motivée en ce qu'elle mentionne peu de circonstances factuelles sur sa situation personnelle, familiale et administrative et que les éléments mentionnés sont faux. Néanmoins, il ressort de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français qu'il est fait expressément mention de l'entrée irrégulière de l'intéressé en 2019, de son mariage avec Mme B, de l'absence de toute tentative de régulariser sa situation en France ou dans les pays de l'espace Schengen dans lesquels il a déclaré avoir séjourné, de son interpellation en situation de travail sur un chantier à Carqueiranne sans pour autant disposer des documents nécessaires ainsi que de son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français. Il ressort des pièces du dossier que ces circonstances factuelles sont concordantes de sorte que M. D n'établit pas que la motivation est insuffisante ou qu'elle procède de circonstances erronés. Par suite, il convient d'écarter ce moyen comme n'étant pas fondé.

6. En second lieu, aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1/ L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 2/ L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () ".

7. Le requérant soutient que le préfet a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation en l'obligeant à quitter le territoire français sans faire mention des circonstances démontrant pourtant l'ancienneté de son séjour, des relations qu'il entretient avec son épouse, de son travail et son insertion sociale. Mais, en ne démontrant pas non plus de telles circonstances au soutien des moyens qu'il invoque et en n'exposant pas clairement quelles erreur de droit et erreur manifeste d'appréciation entachent d'illégalité la décision contestée, M. D ne permet pas au Tribunal d'apprécier le bien-fondé des moyens qu'il soutient. Par suite, il convient de les écarter comme manquant en fait.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

8. Il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement du mémoire en défense produit par le préfet du Var, que la mention " assortie d'une interdiction de retour " procède d'une erreur matérielle de sorte qu'aucune interdiction de retour sur le territoire français n'est opposée à M. D. Partant, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur l'assignation à résidence :

9. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré de d'illégalité de la décision d'assignation à résidence par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté comme n'étant pas fondé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles tendant à mettre à la charge de l'État les frais exposés et non compris dans les dépens, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français.

Article 3 : Le surplus de la requête de M. D est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Lagardère et au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

B. QUAGLIERINILa greffière,

Signé

L. APARICIO

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

La greffière.

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