vendredi 16 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2301833 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Juge des référés |
| Avocat requérant | CANDON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 14 juin 2023 et le 15 juin 2023, M. A B, représenté par Me Candon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2023 par lequel le préfet du Var a mis en demeure les occupants sans titre, appartenant à la communauté des gens du voyage, de quitter la zone du Plan, vieux chemin d'Hyères à La Garde, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de cet arrêté ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il est soutenu que :
-la décision attaquée est entachée d'incompétence en l'absence de délégation de signature régulièrement publiée ;
-la décision n'est pas suffisamment motivée ;
-la décision méconnaît les dispositions de l'article 9-II de la loi du 5 juillet 2000 et de l'article L. 5211-9-2-I du code général des collectivités territoriales dès lors que le maire de La Garde n'était pas compétent pour demander au préfet de mettre en œuvre la procédure d'expulsion ;
- la décision est dépourvue de base légale et méconnaît les dispositions de l'article 9-II de la loi du 5 juillet 2000 en ce qu'il se fonde sur les dispositions sur l'arrêté du maire de La Garde du 1er mars 2017 interdisant le stationnement des gens du voyage sur le territoire communal, lequel est lui-même illégal notamment parce que le maire de La Garde n'était pas compétent pour ce faire ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 en l'absence de toute atteinte à la salubrité, à la sécurité publique ou à la tranquillité publique ; les risques invoqués sont entachés d'erreur de fait ou sont exagérés ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation s'agissant du délai de 24 heures imparti pour quitter les lieux dès lors qu'il n'existe aucune urgence à voir partir le groupe, lequel ne dispose pas, par ailleurs, de meilleur endroit où aller dans un département sous-équipé en aires de grand passage ;
-la décision qui constitue une mesure de police n'est pas adaptée ni proportionnée à de supposés risques.
Par des mémoires en défense enregistrés le 14 juin 2023 et le 15 juin 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle la présidente du Tribunal a désigné M. Riffard, premier conseiller, pour statuer selon la procédure prévue aux articles R. 779-1 et suivants du code de justice administrative ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 ;
- le décret n°2019-171 du 5 mars 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique du 15 juin 2023 à 15 h 00 :
- le rapport de M. Riffard ;
- les observations de Me Candon, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ; il expose que l'aire de grand passage de La Crau dispose d'une superficie d'environ deux hectares pour environ 120 places et qu'elle n'est pas conforme aux prévisions du schéma départemental d'accueil et d'habitat des gens du voyage du département du Var 2012-2018, les aires de La Garde et de Six-Fours-les-Plages sont également trop petites, les caractéristiques fixées aux articles 1 et 2 du décret n°2019-171 du 5 mars 2019 relatif aux aires de grand passage ne sont pas respectées, alors que l'article 6 de ce décret prévoit que les aires de grand passage réalisées avant l'entrée en vigueur du décret doivent être mises en conformité au plus tard le 1er janvier 2022, sachant qu'aucune dérogation n'a été accordée par le préfet du Var et que le schéma départemental a expiré depuis 2018 ;
-les observations de Mme C, représentant le préfet du Var, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ; elle expose que le schéma départemental d'accueil et d'habitat des gens du voyage du département du Var est en cours de révision et qu'il a été présenté début mai 2023 devant la commission départementale consultative des gens du voyage, que dans le cadre de ce nouveau schéma une aire de grand passage supplémentaire doit être réalisée sur le territoire de la communauté d'agglomération Sud Sainte-Baume, le schéma départemental approuvé sur la période 2012-2018 n'est pas caduc et continue de s'appliquer ; conformément au II de l'article 9 de la loi n°2000-614 du 5 juillet 2020, le maire est compétent pour demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience en application des dispositions de l'article R. 779-5 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Le 12 juin 2023, les services de police municipale et les services de la police nationale ont constaté l'installation de 93 véhicules et de 95 caravanes appartenant à la communauté des gens du voyage, sur les parcelles cadastrées section AR n°181, n°182, n°185, n°425, n°435, n°439, n°441, n°442 et n°444, incluses dans l'espace nature départemental du Plan et situées sur le territoire de la commune de La Garde. Par une lettre en date du 12 juin 2023, le maire de cette commune a demandé au préfet du Var de mettre en œuvre la procédure d'expulsion prévue par le paragraphe II de l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage. Par un arrêté du 13 juin 2022, le préfet du Var a mis en demeure les occupants sans titre de quitter les lieux dans un délai de vingt-quatre heures. Par une requête enregistrée dans le délai de recours contentieux, M. B qui fait partie des occupants demande principalement au tribunal d'annuler décision de mise en demeure de quitter les lieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 5211-9-2 du code général des collectivités territoriales : " I. - A. - () Par dérogation à l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage, lorsqu'un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre est compétent en matière de réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage, les maires des communes membres de celui-ci transfèrent au président de cet établissement leurs attributions dans ce domaine de compétences. () ". D'autre part, l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 dispose que : " I.- Le maire d'une commune membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er peut, par arrêté, interdire en dehors de ces aires et terrains le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées au même article 1er, dès lors que l'une des conditions suivantes est remplie : () 6° La commune est dotée d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage conformes aux prescriptions du schéma départemental, bien que l'établissement public de coopération intercommunale auquel elle appartient n'ait pas satisfait à l'ensemble de ses obligations. () / II.- En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I ou au I bis, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. / La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. / La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. ". Enfin, aux termes de l'article L. 5217-2 du même code : " I. - La métropole exerce de plein droit, en lieu et place des communes membres, les compétences suivantes : () 3o En matière de politique locale de l'habitat : () d) Création, aménagement, entretien et gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1o à 3o du II de l'article 1er de la loi no 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage " ; () ".
3. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que lorsqu'une commune inscrite au schéma départemental est dotée d'une aire d'accueil ou est membre d'un groupement de commune compétent pour la mise en œuvre du schéma départemental, le préfet ne peut mettre en œuvre la procédure prévue à l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 que si un arrêté interdisant le stationnement des résidences mobiles a auparavant été pris par le maire. Si les obligations d'une commune en matière de réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage ont été transférées à un établissement public de coopération intercommunal à fiscalité propre, il appartient alors soit au président de cet établissement public, soit au maire de la commune en cause lorsqu'il s'est opposé au transfert de ses pouvoirs de police en la matière, de prendre l'arrêté interdisant le stationnement des résidences mobiles et de saisir le préfet d'une demande tendant à ce qu'il mette en demeure les intéressés d'évacuer les lieux.
4. La légalité de l'arrêté de mise en demeure du 13 juin 2022, pris par le préfet du Var sur le fondement du II de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000, est subordonnée à celle de l'arrêté n°2017/0143 du maire de La Garde, en date du 1er mars 2017, interdisant le stationnement des résidences mobiles des gens du voyage sur l'ensemble du territoire communal, sur le fondement des dispositions du I de l'article 9 de la même loi. Ce dernier arrêté ayant un caractère réglementaire, sa légalité s'apprécie à la date de l'édiction de la mise en demeure.
5. Il est constant que la commune de La Garde est membre de la métropole Toulon Provence Méditerranée, établissement public de coopération intercommunal à fiscalité propre, compétente notamment en matière d'accueil des gens du voyage, comme cela ressort d'ailleurs de la lettre du président de cette métropole en date du 2 mars 2020, versée à l'instance, sollicitant une dérogation à l'application du décret du 5 mars 2019 relatif aux aires de grand passage. Il en résulte que le président de cet établissement public est, notamment pour interdire le stationnement des caravanes et autres résidences mobiles des gens du voyage, substitué de plein droit au maire de La Garde, en l'absence d'opposition de ce dernier. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le maire de La Garde se serait opposé au transfert de ses pouvoirs de police en la matière ni que le président de la métropole Toulon Provence Méditerranée aurait interdit le stationnement des caravanes et autres résidences mobiles des gens du voyage sur le territoire communal. Par suite, l'arrêté n°2017/0143 du maire de La Garde, en date du 1er mars 2017, interdisant le stationnement des résidences mobiles des gens du voyage sur l'ensemble du territoire communal, est entaché d'incompétence et ne peut légalement fonder la décision de mise en demeure de quitter les lieux.
6. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que le requérant est fondé à demander l'annulation de l'arrêté litigeux.
Sur les frais du litige :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet du Var du 13 juin 2023 portant mise en demeure de quitter les lieux est annulé.
Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Var.
La présente décision a été rendue publique par mise à la disposition du greffe du tribunal le 16 juin 2023.
Le magistrat désigné, La greffière,
SignéSigné
D. RIFFARD L. APARICIO
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui les concernent et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026