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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2302314

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2302314

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2302314
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantHOUDART & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a rejeté la requête de la SAS clinique chirurgicale du golfe de Saint-Tropez, qui demandait l’annulation de huit titres exécutoires émis par le centre hospitalier de Saint-Tropez pour un montant total de 515 456 euros, correspondant à des redevances d’occupation du domaine public. Le tribunal a estimé que les titres comportaient suffisamment de précisions sur les bases de liquidation, en référence au contrat d’occupation du domaine public du 2 septembre 2013, et que la société, qui continuait à occuper les lieux sans titre régulier, était redevable d’une indemnité d’occupation fondée sur les articles L. 2125-1 et L. 2125-3 du code général de la propriété des personnes publiques. La demande de décharge et les conclusions accessoires ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistré les 18 juillet et 12 décembre 2023, la société par actions simplifiées (SAS) clinique chirurgicale du golfe de Saint-Tropez, représentée par Me Consalvi, demande au tribunal :

1°) d'annuler huit titres exécutoires émis les 1er décembre 2022 et 30 mars 2023 par le centre hospitalier de Saint-Tropez, correspondant à des redevances d'occupation du domaine public, pour un montant total de 515 456 euros ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de cette somme ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Saint-Tropez la somme de 4 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les titres ne comportent pas les bases de liquidation de la créance ainsi que ses modalités de calcul ;

- ils sont dépourvus de base légale.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 16 octobre 2023 et 7 février 2024, le pôle de santé du golfe de Saint-Tropez, représenté par Me Porte, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la clinique chirurgicale du golfe de Saint-Tropez, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Karbal, rapporteur,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un contrat d'occupation du domaine public signé le 2 septembre 2013, le centre hospitalier de Saint-Tropez a concédé à la clinique du golfe de Saint-Tropez un droit d'occupation des biens de son domaine public, en vue de l'exercice de l'activité de chirurgie et d'activités annexes et nécessaires. Le centre hospitalier a émis huit titres de recettes en décembre 2022 et mars 2023 pour un montant total de 515 456 euros, au titre de l'occupation de son domaine public et de provisions.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". En vertu de ces dispositions, la mise en recouvrement d'une créance doit comporter, soit dans le titre de perception lui-même, soit par la référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul ayant servi à déterminer le montant de la créance.

3. En l'espèce, les titres exécutoires contestés ont pour objet, d'une part, " redevance novembre 2022 ", " redevance décembre " " redevance clinique décembre 2022 " et, d'autre part, " provisions clinique décembre 2022 " et " provisions clinique ", enfin " redevance clinique janvier 2023 ". Ces objets font nécessairement référence, de manière précise, au contrat d'occupation du domaine public signé le 2 septembre 2013. Par ailleurs, en vertu de l'article 7 de ce contrat, relatif aux éléments de calcul de la redevance, celle-ci s'élève à un montant annuel de 865 000 euros et correspond au remboursement du montant de l'investissement réalisé par le centre hospitalier et imputable à la clinique, au prorata des mètres carrés occupés. Cet article précise que la redevance sera payée mensuellement. En outre, l'article 9 de la convention de fonctionnement signée par les mêmes parties détaille les charges générales (entretien, maintenance, exploitation, administration des zones à usage commun) et spéciales (découlant de la mise à disposition d'éléments d'équipement). Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que les titres exécutoires en litige ne comportent pas les bases de liquidation et éléments de calcul nécessaires. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

4. En second lieu, la société requérante se borne à soutenir qu'à la date à laquelle les titres exécutoires en litige ont été émis, il n'existait aucune convention la liant à l'ordonnateur.

5. Toutefois, en vertu de l'article 8 du contrat conclu le 2 septembre 2013, lequel a pris effet au 1er avril 2013, l'occupation du domaine public a été consentie pour une durée de neuf ans, renouvelable avec un préavis de quatre ans. Il ne résulte pas de l'instruction qu'un tel préavis aurait été adressé à la société requérante.

6. Toutefois, aux termes de l'article L. 2125-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Toute occupation ou utilisation du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 donne lieu au paiement d'une redevance () ". Aux termes de l'article L. 2125-3 du même code : " La redevance due pour l'occupation ou l'utilisation du domaine public tient compte des avantages de toute nature procurés au titulaire de l'autorisation ".

7. Le gestionnaire du domaine public est fondé à réclamer à l'occupant qui utilise de manière irrégulière le domaine une indemnité compensant les revenus qu'il aurait pu percevoir d'un occupant régulier pendant cette période.

8. En l'espèce, il n'est pas contesté que la requérante continue d'occuper le domaine public du centre hospitalier de Saint-Tropez. Cette seule circonstance permet donc à l'hôpital de réclamer le paiement d'une redevance. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que les titres en litige sont dépourvus de base légale. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la clinique chirurgicale du golfe de Saint-Tropez doit être rejetée.

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la clinique chirurgicale de Saint-Tropez une somme de 2 000 euros, au titre des frais exposés par le centre hospitalier de Saint-Tropez et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la clinique chirurgicale du golfe de Saint-Tropez est rejetée.

Article 2 : La clinique chirurgicale du golfe de Saint-Tropez versera au centre hospitalier de Saint-Tropez une somme de 2 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS clinique chirurgicale du golfe de Saint-Tropez et au centre hospitalier de Saint-Tropez.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

M. David Hélayel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

Z. KARBAL

Le président,

Signé

Ph. HARANG

La greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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