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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2302738

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2302738

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2302738
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBAUDINO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 août et 24 novembre 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) ANDELIM PROMOTION, représentée par Me Fürstenheim, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 mars 2023 par lequel le maire de la commune de Saint-Raphaël a refusé de lui délivrer un permis de construire ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Raphaël de lui délivrer un permis de construire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Raphaël la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le dossier de permis de construire n'était pas incohérent ;

- le projet respecte les dispositions de l'article UA 5.3 du plan local d'urbanisme ;

- le projet respecte les dispositions de l'article UA 3.3 du plan local d'urbanisme ;

- le projet respecte les dispositions de l'article R. 111-27 du plan local d'urbanisme et DG 14.5 du plan local d'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 octobre 2023, la commune de Saint-Raphaël, représentée par Me Baudino, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge

de la société ANDELIM PROMOTION la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable à défaut pour M. A de justifier de sa qualité pour représenter la société en justice ;

- à titre subsidiaire, les moyens sont infondés.

Par courrier du 25 octobre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et de la date à partir de laquelle l'instruction était susceptible d'être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1.

Par une ordonnance du 11 avril 2024, la clôture de l'instruction a été prononcée à effet immédiat.

Vu les autres pièces du dossier. Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Martin, rapporteure,

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique,

- les observations de Me Baudino, représentant la commune de Saint-Raphaël,

- la société requérante n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Le 11 janvier 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) ANDELIM PROMOTION a déposé une demande de permis de construire en vue de la démolition d'une maison existante et de la construction d'un immeuble d'habitation collective de 8 logements et un bureau, sur la parcelle cadastrée section AV n° 45 située 388 boulevard Georges Clémenceau. Par arrêté du 13 mars 2023, le maire de la commune de Saint-Raphaël a refusé le permis de construire sollicité. Par sa requête, la société ANDELIM PROMOTION demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, pour refuser le permis de construire sollicité par la société ANDELIM PROMOTION, le maire de la commune de Saint-Raphaël s'est notamment fondé sur l' " incohérence quant à la bonne compréhension du projet " résultant d'une part, de l'absence de mention de la surface de plancher du bureau dans le formulaire Cerfa, et d'autre part, de l'absence de plan de niveau du bureau et du formulaire relatif aux établissements recevant du public, et donc à la méconnaissance des dispositions des articles R. 431-4 à R. 431-34-1 du code de l'urbanisme.

1.

3. D'une part, il est constant que le point 5.5 du formulaire Cerfa présentant un tableau récapitulatif de la destination des constructions et des surfaces ne mentionne pas la surface relative au bureau. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la notice architecturale mentionne le projet de créer, en rez-de-chaussée, un bureau de 114 ,75 m², lequel est également matérialisé, avec cette même surface, sur le plan relatif au rez-de-chaussée. Dans ces conditions, l'omission d'une telle mention sur le formulaire Cerfa n'a pas été de nature à fausser l'appréciation portée par le service instructeur sur la conformité du projet à la réglementaire applicable.

4. D'autre part, pour retenir l'incohérence du projet, la commune de Saint-Raphaël a retenu l'absence au dossier de plan relatif au bureau et l'absence de formulaire Cerfa relatif aux établissements recevant du public. Or, à supposer même que la production de tels documents ait été en l'espèce requise, il est constant que le maire n'a pas, durant l'instruction, demandé à la pétitionnaire de produire ces pièces. Il ne pouvait, dès lors, fonder sa décision sur cette incomplétude. Dans ces conditions, le maire de la commune de Saint-Raphaël ne pouvait opposer l'incohérence du projet à ce titre. Par suite, le moyen doit être accueilli.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article UA 3.3 du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Raphaël relatif à l'implantation des constructions par rapport aux voies publiques et privées et emprises publiques : " Les modalités d'application de la règle relative à l'implantation des constructions par rapport aux voies publiques et privées et emprises publiques sont définies dans les dispositions générales DG 14-3 du présent règlement d'urbanisme. / Pour les voies publiques ou privées ouvertes à la circulation publique existantes, à modifier ou à créer, toute construction, y compris les balcons doit être implantée à l'alignement, à l'exception de : / - à 2 mètres de l'alignement de la rue Curie, () ". Aux termes de l'article DG 14.3 du plan précité :

" Dans toutes les zones, les articles 3-3, relatifs à "l'implantation des constructions par rapport aux voies publiques ou privées et emprises publiques" concernent les limites qui séparent un terrain d'une voie automobile (publique ou privée ouverte à la circulation) ou d'une emprise publique. / Ils ne s'appliquent pas : / - aux limites qui séparent l'unité foncière d'un terrain public qui a une fonction autre que la circulation (exemples : école, mairie, parc ou square, cimetière, domaine public maritime, chemins piétonniers). Dans ce cas, ce sont les dispositions de l'article 4-4 "Implantation des constructions par rapport aux limites séparatives de propriété" qui s'appliquent, / - aux dessertes internes des constructions sur le terrain de l'opération sauf aux opérations visées à l'article DG 13, / - aux débords de toiture d'une longueur inférieure ou égale à 30 cm, / - aux clôtures et aux murs de soutènement, / - aux rampes d'accès aux sous-sols, / - aux rampes d'accès pour personnes handicapées, / - aux escaliers de secours nécessaires aux Etablissements Recevant du Public (ERP), / - aux ouvrages techniques nécessaires au fonctionnement des services publics ou répondant à un intérêt collectif ".

6. Pour refuser le permis de construire sollicité par la société ANDELIM PROMOTION, le maire de la commune de Saint-Raphaël s'est notamment fondé sur la méconnaissance des dispositions de l'article 3.3 du plan local d'urbanisme.

7. Pour justifier du respect de ces dispositions, la société ANDELIM PROMOTION soutient que les dispositions de l'article UA 3.3 du plan local d'urbanisme doivent faire l'objet d'une interprétation particulière eu égard à la configuration du terrain en angle, que le parti pris a été de maintenir le jardin existant sur le côté ouest, ce qui aurait été recommandé par le service instructeur de la commune, et qu'une telle dérogation devrait être permise au titre d'une adaptation mineure. Toutefois, d'une part, les dispositions de l'article DG 14.5 du plan local d'urbanisme, qui définissent les modalités d'application des articles 3.3, énumèrent les exceptions à l'application de ces derniers, parmi lesquelles ne figurent pas les angles entre deux voies publiques. D'autre part,

1.

les circonstances selon lesquelles la société pétitionnaire aurait conservé une " ambiance naturelle " et suivi les indications du service instructeur sont incidences sur le respect des dispositions de l'article UA 3.3 du plan local d'urbanisme. Enfin, la société ANDELIM PROMOTION ne démontre pas, en se bornant à soutenir que la configuration de sa parcelle est en angle, la nécessité pour sa construction, d'une adaptation au regard de la règle posée à l'article UA

3.3 du plan local d'urbanisme. Ainsi, et alors qu'il est constant que la façade ouest, constituée de balcons en arc de cercle, lesquels doivent être regardés comme des constructions au sens de l'article UA 3.3 du plan local d'urbanisme, qui sont à moins de 2 mètres de la rue Marie Curie pour leur versant sud, et ne sont pas en alignement du Boulevard Georges Clémenceau pour leur versant nord, le projet méconnaît ces dispositions. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article UA 5.3 du plan local d'urbanisme précité relatif aux mesures prises pour le verdissement : " Les espaces laissés libres de toute construction, à l'exclusion des surfaces affectées aux accès, desserte et stationnement doivent être aménagés en espaces verts et comporter au moins un arbre pour 50 m². / Les arbres qui seront plantés doivent avoir un tronc présentant, à un mètre du sol, un diamètre de 10 centimètres minimum ".

9. Saisie d'un projet de construction, l'autorité compétente peut, au lieu de la refuser, décider, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, entraînant des modifications sur des points précis et limités, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont elle est chargée d'assurer le respect. Ce pouvoir ne constituant, en dehors des dispositions légales et réglementaires qui en disposent autrement, telles que celles de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, pas une obligation mais une faculté laissée à la discrétion de l'administration, le juge n'en contrôle, lorsqu'il est saisi d'un moyen tiré de ce qu'un motif de refus aurait pu faire l'objet d'une prescription spéciale, que l'erreur manifeste d'appréciation dans sa mise en œuvre.

10. Pour refuser le permis de construire sollicité par la société ANDELIM PROMOTION, le maire de la commune de Saint-Raphaël s'est notamment fondé sur la méconnaissance des dispositions de l'article U1 5.3 du plan local d'urbanisme, à défaut de préciser le diamètre des arbres à planter.

11. Pour justifier du respect de ces dispositions, la société ANDELIM PROMOTION soutient que si une telle donnée était manquante, il appartenait au service instructeur de lui demander des pièces complémentaires, que rien au dossier ne permet de s'assurer de la méconnaissance de cette obligation, que le maire aurait pu lui délivrer une autorisation assortie de prescription et qu'il lui appartiendra, dans le cadre de son contrôle de conformité des travaux réalisés, de constater le respect de cette disposition. Ce faisant, elle n'établit pas que les arbres prévus dans le jardin situé sur le coin nord-ouest du terrain d'assiette auraient, à un mètre du sol, un diamètre de 10 centimètres minimum, et donc que sa demande respecte des dispositions de l'article UA 5.3 du plan local d'urbanisme. Toutefois, eu égard au caractère précis et limité de cette modification, la conformité du projet aux dispositions de l'article UA 5.3 du plan précité aurait manifestement pu faire l'objet d'une prescription spéciale. Dans ces conditions, le moyen doit être accueilli.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article DG 14.5 du plan local d'urbanisme :

" Les constructions nouvelles, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, ne doivent pas porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi

qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

13. D'une part, dès lors que les dispositions du règlement d'un plan d'occupation des sols invoquées par le requérant ont le même objet que celles, également invoquées, d'un article du code de l'urbanisme posant les règles nationales d'urbanisme et prévoient des exigences qui ne sont pas moindres, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan d'occupation des sols que doit être appréciée la légalité de la décision attaquée.

14. D'autre part, il résulte des dispositions précitées que, si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou encore à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé, dans le second temps du raisonnement, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux mentionnés par cet article et, le cas échéant, par le plan local d'urbanisme de la commune.

15. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet se situe à l'angle du boulevard Georges Clémenceau sur son versant nord, ouvrant sur un secteur, classé en zone UAb dans lequel le terrain se situe, qui accueille principalement des immeubles d'habitations collectives dont la hauteur varie du R+2 au R+4, et de la rue Pierre Curie sur son versant sud, passant à un secteur classé en zone UCc qui, caractérisé par des quartiers résidentiels présentant un caractère paysager et remarquable est principalement pavillonnaire. Le projet s'insère donc dans un site aux caractéristiques qui diffèrent du nord au sud, mais pour lequel une cohérence se dessine par des lignes architecturales droites et des teintes claires de façades. Or, le projet, compte tenu tant de ses caractéristiques architecturales, tenant notamment à l'alternance de plein et de vide sur la façade nord et aux larges balcons arrondis sur la façade ouest, mais également aux teintes et matériaux choisis, notamment à l'aluminium des garde-corps et aux teintes des façades et à la pluralité de celles-ci, est de nature à porter atteinte à l'intérêt des lieux avoisinants. Dans ces conditions, et alors que la forte imperméabilisation du terrain n'est pas, à elle seule, de nature à avoir une incidence sur l'insertion du projet dans les lieux avoisinants, le maire de la commune de Saint-Raphaël n'a pas commis d'erreur d'appréciation en refusant le permis de construire en méconnaissance des dispositions de l'article DG 14.5 du plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen doit être écarté.

16. Les motifs tirés de l'incohérence du dossier de permis de construire et de la méconnaissance de l'article UA 5.3 du plan local d'urbanisme ne sont pas au nombre de ceux qui peuvent légalement justifier le refus de permis de construire sollicité par la société ANDELIM PROMOTION. Toutefois, le maire de la commune de Saint-Raphaël aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur la méconnaissance des dispositions des articles UA 3.3 et DG 14.5 du plan local d'urbanisme.

1.

17. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 13 mars 2023 doivent être rejetées, et par voie de conséquence, celles à fin d'injonction.

Sur les frais liés à l'instance :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la société ANDELIM PROMOTION au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune de Saint-Raphaël qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la société ANDELIM PROMOTION la somme demandée par la commune de Saint-Raphaël au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société ANDELIM PROMOTION est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint-Raphaël présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée ANDELIM PROMOTION et à la commune de Saint-Raphaël.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2024 à laquelle siégeaient : Mme Doumergue, présidente,

M. Quaglierini, premier conseiller, Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

La rapporteure, signé

K. Martin

La présidente, signé

M. Doumergue

Le greffier, signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, P/ la greffière en chef,

Le greffier.

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